lundi 8 avril 2013

SOFINS 2013: Interview du général Gomart, chef des opérations spéciales - Le Point.fr



Le chef des opérations spéciales françaises, le général Gomart, nous parle de la manifestation SOFINS et des opérations en cours au Mali. Entretien.

Le COS (Commandement des opérations spéciales) fête cette année le vingtième anniversaire de sa création. À sa tête depuis l'été 2011, le général de division Christophe Gomart, 52 ans, organise la semaine prochaine à Souge (Gironde) une manifestation inédite, le SOFINS (Special Operation Forces Innovations Network Seminary). Ce sera le premier rassemblement en Europe de dizaines de responsables de forces spéciales et de représentants d'unités venus pour l'occasion du monde entier. Tous pourront assister à des présentations de matériels exclusifs produits par une centaine de PME françaises, à des démonstrations dynamiques sur le terrain de manoeuvre du 13e régiment de dragons parachutistes et à des conférences. Le général Gomart a accepté de répondre aux questions du Point et d'évoquer les raisons pour lesquelles il a souhaité que cette manifestation se tienne. Il évoque aussi, pour la première fois, les opérations en cours au Mali.

Le Point : Vous commandez le COS (Commandement des opérations spéciales), qui organise du 9 au 11 avril le premier SOFINS au camp militaire de Souge, non loin de Bordeaux. Pourquoi cette initiative ?

Général Christophe Gomart : Parce qu'elle n'existait pas ! Les forces spéciales se retrouvaient jusqu'à maintenant lors de deux manifestations autour du thème spécifique des équipements. L'une aux États-Unis, le SOFIC (Special Operations Forces Industry Conference) ; l'autre en Jordanie, le SOFEX (Special Operations Forces Exhibition). Or, dans le cadre du 20e anniversaire du COS, il nous a semblé utile de rassembler pour une exposition et un cycle de conférences à la fois les 104 entreprises françaises, principalement des PME, qui nous accompagnent au quotidien, des centres de recherche et universitaires, et nos camarades des unités de forces spéciales étrangères. Nous avons invité près de cinquante pays. Trente-trois ont répondu présents et enverront des délégations qui pourront notamment assister à une série de démonstrations. Nous avons été très soutenus dans ce projet par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, et par l'amiral Édouard Guillaud, chef d'état-major des armées.

Les forces spéciales sont par définition des troupes peu nombreuses, dont les équipements très particuliers n'ont pas vocation à équiper toutes les unités. En quoi est-il intéressant pour vous de les rassembler ?

Dans chaque unité des forces spéciales, il existe une petite cellule de recherche et de développement qui met au point des équipements très spécifiques, et parfois même des modes d'action originaux. Ces cellules travaillent avec des PME qui affinent ou réalisent leurs idées en matière d'armement, de tenues de combat, d'équipements variés. Ces entreprises, mais aussi des universités ou des centres de recherche étaient très demandeurs d'une présentation de leurs savoir-faire à la communauté des forces spéciales françaises et étrangères, mais aussi à leurs concitoyens à travers la presse invitée à cette manifestation. Je précise que ce sont les exposants qui financent l'essentiel de cette manifestation, en payant un droit d'entrée.

Cette manifestation se tient au camp de Souge, le grand terrain d'entraînement du 13e régiment de dragons parachutistes. Pourquoi ?

La région Aquitaine est très marquée par la présence de plusieurs unités du COS sur son territoire. Nous sommes très soutenus par son président Alain Rousset et par Marie Récalde, députée de la Gironde et membre de la commission de la Défense. Plusieurs entreprises de ce bassin économique gravitent autour des équipements aéronautiques ou assimilés (la "troisième dimension") et se sont montrées particulièrement intéressées. Quant au ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, il viendra inaugurer SOFINS le 9 avril. Cette manifestation s'intègre parfaitement à son initiative de pacte Défense-PME.

Pourriez-vous donner quelques exemples de ces équipements nouveaux que le COS utilise ?

Engagé dans une réelle démarche prospective, le travail d'évaluation réalisé par nos cellules études, en partenariat avec des entreprises, permet de répondre à des besoins opérationnels précis et exigeants. Il s'agit à chaque fois de déterminer l'intérêt et l'efficacité opérationnelle d'équipements nouveaux. Plusieurs exemples illustrent la pertinence de cette démarche. C'est ainsi le cas de systèmes permettant d'améliorer les capacités de tir de précision à partir d'un hélicoptère, ou encore l'efficacité ponctuelle du largage dans le domaine de la livraison par air. Autres exemples, les équipements permettant d'accroître la furtivité des embarcations aux ondes électromagnétiques, mais aussi la retransmission des images captées par les drones tactiques déployés au profit du renseignement des groupes au sol.

Le COS est actuellement très engagé au Mali. Quelles sont les premières leçons que vous tirez de cette guerre ?

Je ne serai pas très disert sur les opérations en cours ! Mais je peux vous dire que si le COS n'avait pas existé, avec ses hommes, ses moyens dédiés, en particulier aériens et aéromobiles, et ses modes d'action spécifiques, la guerre au Mali aurait été différente. Du 11 janvier, date du premier engagement de nos forces, marqué par la mort du commandant Damien Boiteux, au 8 février, date de la prise de Tessalit, le rôle du COS a été déterminant. Il a en effet été un des acteurs majeurs de la libération du territoire malien, reprenant nombre de villes jusqu'à l'Adrar des Ifoghas. La prise de Gao par exemple a été conduite lors d'une opération combinée entre nos éléments arrivés par la route pour prendre le pont sur le Niger et nos opérateurs mis en place par air pour préparer les posés d'assaut des avions qui ont suivi. En moins d'une heure, une centaine de commandos étaient sur place et ont tenu trois jours avant l'arrivée de forces plus nombreuses. Grâce à sa souplesse, à sa réactivité et à ses capacités à agir, soit de manière autonome, soit en coordination avec les forces conventionnelles, le COS a été un véritable démultiplicateur d'efficacité. Il a permis à la force Serval de prendre l'initiative, d'imposer une manoeuvre très rapide à notre ennemi et de lui infliger des pertes conséquentes, là même où il pensait pouvoir nous défaire.

Le COS est une petite unité aux moyens variés et puissants, mais tout de même modestes. Ne court-il pas un risque de surchauffe ? Êtes-vous assez nombreux ?

Je ne vais pas vous dire que les matériels du COS ne ressentent aucune fatigue ! Le désert est usant... Mais les hommes et les femmes du COS sont en excellente condition, et poursuivent sans faiblir une mission intense. Au risque de vous étonner, je pense que notre dimension est la bonne. Si tous mes voeux étaient réalisés, le COS compterait peut-être une centaine d'hommes supplémentaires, notamment pour renforcer l'état-major. Avec 3 400 personnels, nous sommes contraints de garder la tête froide, de savoir que nous ne pouvons pas tout faire, tout le temps et partout. Ce qui compte à mes yeux, c'est que je puisse garantir au chef d'état-major des armées de disposer en permanence d'un outil parfaitement au point, interarmées (terre-air-mer), capable de mener des opérations spéciales, lui assurant ainsi une vraie liberté d'action stratégique. Peu de pays possèdent une telle capacité.

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