mardi 23 juillet 2013

Le secteur aéronautique-défense, 20ème puissance mondiale - Par Vincent Lamigeon, Challenges.fr

Aéronautique, défense, Airbus, EADS, Dassault, Boeing
(Photo de ravitaillement d'un F-35, US Air Force / Master Sgt. John Nimmo)

692 milliards de dollars : le chiffre a de quoi donner le vertige. C’est le chiffre d’affaires cumulé des 105 plus gros groupes d’aéronautique et de défense, selon l’étude de Deloitte publiée aujourd’hui. En jouant au jeu des comparaisons – qui ne figurent pas dans le document - on s’aperçoit que cette performance place le secteur « A&D » à la vingtième place des puissances mondiales, entre l’Arabie Saoudite (727 milliards de dollars de PIB, selon le FMI) et la Suisse (632 milliards). Que retenir de l’étude Deloitte ? Résumé en trois points.

 - Le commercial rattrape le militaire
Avec 275,1 milliards de dollars en 2012 (+16,2% par rapport à 2011), le chiffre d’affaires de l’aéronautique civile rattrape rapidement le secteur défense (324 milliards de dollars, -1,3%). Parmi les causes, Deloitte cite notamment les coupes de 487 milliards de dollars dans le budget militaire américain, et les 42 milliards de coupes supplémentaires dues à la « séquestration ». « Les ventes sur les marchés export offre un potentiel de hausse sur certaines zones géographiques qui font face à des menaces croissantes, cela ne devrait pas combler l’écart », assure Deloitte.
A l’inverse, le secteur commercial est en pleine explosion, avec 35 280 appareils à livrer sur les vingt prochaines années selon Boeing et une augmentation des ventes de 38,4 milliards de dollars. La seule augmentation de chiffre d’affaires des divisions commerciales d’Airbus et Boeing en 2012  (+20,5 milliards de dollars) équivaut au chiffre d’affaires du 10ème groupe mondial d’aéronautique-défense ! La marge opérationnelle de l’aéronautique civile a même dépassé celle du segment militaire, pourtant historiquement plus élevée, avec 9,1% contre 8,7%.


Des groupes américains toujours dominants
Sur le secteur A&D, l’Oncle Sam reste largement dominant : les groupes américains représentent 60,4% des ventes mondiales, contre 32,9% aux sociétés européennes. Certes, ces dernières ont connu une croissance supérieure en 2012 (7,9% contre 5,1%). Mais les champions américains trustent toujours le top 10 mondial en termes de chiffre d’affaires (7 sociétés contre trois européennes, EADS, BAE Systems et Finmeccanica). Ils sont aussi structurellement plus rentables de 35% (10% de marge opérationnelle contre 6,5%), et leur main d’œuvre est plus productive : le profit par employé est de 33.067 dollars dans les groupes américains, et de 22.608 dollars chez leurs homologues européennes.
Les Européens sont-ils totalement largués pour autant ? Pas sûr : leur résultat opérationnel a augmenté de près de 50% en 2012, quand celui des sociétés américaines perdait 1,4%. La plus forte croissance du secteur est à mettre à l’actif du français Lisi Aerospace, avec 45,2% de croissance en 2012. Zodiac Aerospace (+25,8%), Dassault Aviation (+19,2%) et Safran (+16,8%) figurent aussi dans le top 20 de la croissance. Les entreprises européennes embauchent aussi plus : EADS est le premier recruteur mondial (7.290 en 2012), Zodiac Aerospace est deuxième (3.513) et Safran quatrième (2.753).

Les sous-traitants plus rentables que les gros bras
On connaissait déjà la tendance des gros fournisseurs à être plus rentables que leurs donneurs d’ordre. L’étude Deloitte en apporte une nouvelle démonstration : les OEM type Airbus ou Boeing affichent une marge opérationnelle moyenne de 6,4%, soit deux fois moins que leurs sous-traitants de rang un (type UTC, Thales, Safran, GE, Rolls-Royce…), qui culminent à 12,8% de marge. L’écart est encore plus grand avec les sous-traitants de rang deux (fournisseurs de fournisseurs), qui atteignent 16,2%. Les acteurs « Tier 3 » (rang trois) se contentent de 9,6%.
En regardant par spécialité, la propulsion apparaît comme le segment le plus rentable (12,2% de marge en moyenne), devant l’électronique (11,9%), les services (6,5%) et les aérostructures, parent pauvre avec seulement 4,9 % de marge.

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