vendredi 16 août 2013

L'aventure bordelaise du marquis de La Fayette




Un article un peu original en cette période estivale. Un ouvrage paru récemment raconte (une fois encore) la vie de l'un des plus célèbres des français, le marquis de La Fayette. Un ouvrage très détaillé qui permet de s'attarder sur une chose, les préparatifs bordelais de l'aventure américaine de La Fayette.

« La Fayette, rêver de gloire », sorti en mai aux Éditions Monnelle-Hayot et écrit par Patrick Villiers, professeur d’université honoraire, historien de l’armée et de la marine, et Laurence Chatel, historienne de la Révolution et l’Empire, confirme une fois pour toute que l'Aquitaine a marqué une étape décisive pour le marquis.


Du mythe à la réalité


Chef des volontaires français engagés dans la guerre d'indépendance américaine, Gilbert du Motier, plus généralement connu comme marquis de La Fayette, a-t-il vraiment posé les pieds à Bordeaux en 1777, et ce passage a-t-il été vraiment déterminant pour sa carrière ? Le chapitre du livre détaillant cette partie de l'histoire s'intitule d'ailleurs "Du mythe à la réalité, l'affaire de La Victoire".

D'une part les archives officielles sont très floues sur ces événements (le travail de recherche des auteurs est en ce point fascinant), mais de plus, dans ses correspondances et manuscrits, le marquis aurait pris souvent la liberté d’écrire ce qui lui semblait bon et de laisser certains faits au fond de l’encrier. En effet, ses récits divergent largement selon ses correspondants, "la correspondance de La Fayette n'est pas au service de la vérité, elle est au service de la gloire du marquis".

Même si l'Histoire retient surtout la frégate "Hermione", navire emblématique de La Fayette lors de son second voyage en 1780, c’est donc à Bordeaux que le marquis a préparé son premier voyage, c’est là que "La Victoire", le premier bateau a été acheté et garni d’armes et de munitions. C’est enfin du port de la Lune, des Chartrons précisément, que le navire est parti avec un équipage local.

Le port de Lune au XVIIIème siècle
Les préparatifs

La Fayette est un aventurier dans l'âme, il rêve de gloire et de grands commandements. Ainsi, en 1776, il répond aux Américains venus en France recruter des officiers, notamment en la personne de l'ambassadeur des tous jeunes Etats Unis d'Amérique à Paris, l'illustre Benjamin Franklin. Il signe un engagement comme major général et promet de leur livrer des armes et munitions.

Louis XVI interdit cependant tout départ vers l’Amérique. Gilbert du Motier se rend en Angleterre le 17 février 1777 pour y rencontrer le marquis de Noailles, son oncle, ambassadeur de France et même le roi.
Dans le contexte de la guerre d'indépendance américaine qui oppose les colonies autoproclamées indépendantes au tout puissant Empire Britannique, il faut comprendre que pour mettre en oeuvre son expédition en Amérique sur ses fonds propres, La Fayette va devoir user de subterfuges pour se défaire des espions anglais, à l’affût de chaque mouvement qui pourrait trahir l'existence d'une aide étrangère aux insurgés

Trouver un navire: l'affaire de "La Victoire"

La Fayette dispose d'un grand nombre de soutiens comme le comte de Broglie ou le marquis de Ruffec. Ce dernier est le personnage clé de l’étape. C’est lui qui, par le biais du frère de son secrétaire, négocie le déplacement en bateau auprès de Pierre Reculés de Basmarein, armateur bordelais. 
Appelé à l'origine "Comtesse de Richemont", puis "Bonne Mère", et "Le Clary ", le bateau devient finalement "La Victoire", nom choisi par La Fayette lui même si l'on en croit ses écrits. Ce navire, construit à Bordeaux en 1771, a déjà effectué 4 voyages vers les Antilles avec des cargaisons de vin et de farine. Il s'agira cette fois ci de fusils, de munitions et d'uniformes...

Le baron de Kalb qui accompagne La Fayette n’est autre que l’un de ses anciens officiers. Le comte de Broglie lui, est fabricant de poudre et de boulets de canon.
Un autre personnage aurait joué un rôle majeur qui expliquerait pourquoi tout cela s’est joué à Bordeaux. L’oncle de La Fayette, le maréchal de Mouchy, était gouverneur de Guyenne, et logeait au château Trompette, l'ancienne forteresse située vers l'actuelle place des Quinconces. Celui qui dont a pu facilement avoir accès aux 5 000 fusils qui furent embarqués à bord du navire "La Victoire".

Chronologie du départ vers l'Amérique

Le 19 mars 1877, lorsque le marquis de La Fayette et le baron de Kalb arrivent à Bordeaux, tout est prêt. Le 22 mars, Gilbert du Motier figure sur la liste d’embarquement de "La Victoire", en partance soi-disant pour Saint-Domingue, colonie française.
Le 23 mars, La Fayette n’était pas à bord lorsque « La Victoire » a quitté la ville et ce afin d'échapper à la surveillance des espions anglais qui surveillaient le port de la Lune et plus généralement tout départ vers l'Amérique. Il a donc rejoint le navire à Pauillac à cheval. Il est d'ailleurs intrigant de constater qu'à Pauillac justement, existe un monument commémoratif représentant le navire, alors qu'on en trouve aucune trace à Bordeaux.


Monument représentant "La Victoire" à Pauillac en Gironde

Le 25 mars, le bateau quitte Pauillac et va jusqu’à Saint-Sébastien, mais La Fayette doit faire face à un contre temps personnel et retourner jusqu'à Bordeaux à cheval.

La traversée


Départ de "La Victoire" du port de Los Passages
"La Victoire" et La Fayette quittèrent finalement l’Espagne et le petit port de Los Passages le 26 avril et arrivèrent aux États-Unis le 12 juin. La Fayette et ses compagnons subirent le mal de mer durant tout le voyage. Six jours plus tard, le navire entrait dans Charleston, alors petite ville de 12 000 habitants. De façon plutôt chanceuse d'ailleurs puisque la surveillance de la Royal Navy pour empêcher toute livraison d'armes aux indépendantistes avait été perturbée ce jour là en raison du mauvais temps. La Fayette avait atteint son but et  "La Victoire" pouvait livrer ses armes et munitions.




On pense alors que le bateau va revenir à Bordeaux. Ce qu’il ne fera jamais. Le 14 août 1777, il s'échouera  et coulera près de Charleston où l’épave y demeure toujours.

L'aventure du Marquis de La Fayette, elle, ne faisait alors que commencer...

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