mercredi 7 août 2013

Présentation de la Loi de Programmation Militaire 2014/1019

François Hollande et Jean-Yves Le Drian
C'est donc ce vendredi 2 août que la très attendue LPM 2014/2019 , faisant suite au Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale, a été présentée par le Ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian. Une date pas forcement bien comprise, synonyme de relâchement d'attention dans l'opinion publique... il n'en fallait pas moins pour s'attendre à de mauvaises nouvelles.


Document de présentation à consulter via ce lien.

Budget sanctuarisé

Premiers enseignements, la loi devrait être adoptée par le Parlement avant la fin de l'année. Les armées perdront encore 34000 hommes mais le détail des restructurations ne sera pas connu avant la fin septembre
(le COS en sera certainement l'un des grands gagnants puisqu'il devrait passer de 3000 à 4000 hommes). 
En revanche, les crédits d'équipement sont sanctuarisés. C'est en effet une décision du chef de l'Etat, contre l'avis de Bercy, de maintenir un effort constant dans l'effort de défense, offrant ainsi des garanties non seulement aux armées, mais aussi et surtout aux industriels.

Ce budget sanctuarisé se traduira par un montant total de dépenses de 190 milliards en six ans, dont plus de la moitié (54%) pour les équipements. Au départ, de 2014 à 2016, les crédits de 2013 seront reconduits en euros courants, à hauteur de 31,38 milliards, c'est-à-dire qu'ils diminueront légèrement, au même rythme que l'inflation. A partir de 2017, ils devraient repartir à la hausse pour atteindre 32,51 milliards en fin de programmation, et ce grâce aux fameuses "recettes exceptionnelles" qui seront tirées par exemple de la vente de biens immobiliers.


100 milliards pour continuer à moderniser 

100 milliards d'euros de commandes publiques donc, pour près d'un quart, ces crédits iront à la modernisation de la dissuasion nucléaire, dont les technologies tirent vers le haut l'ensemble de la filière industrielle. La moitié seront destinés à l'achat de matériels conventionnels, c'est à dire les programmes d'armements tels que les hélicoptères NH90 Caiman et Tigre, les blindés, les frégates FREMM ou encore les avions de transport A400M désormais nommés Atlas. Le reste de la cagnotte se répartira entre l'entretien des matériels, de plus en plus cher, les infrastructures et les dépenses de recherche, ces dernières s'élevant à 4,4 milliards.
Du coté des drones, c'est la révolution (!!!). Comme annoncé et largement commenté, 12 drones MALE MQ-9 Reaper  américains (et 4 stations de contrôle) viendront enfin combler le manque français. On pourra toujours déplorer cette décision de s'en remettre aux USA mais le besoin était flagrant, surtout depuis le Mali, guerre que la France a quasiment menée toute seule. Ces 12 Reaper devraient être complétés par 14 drones tactiques Watchkeeper, livrés par Thales. Rendez-vous est pris avec les industriels français et européens pour la prochaine génération de drones à l'horizon 2023...

Le drone tactique Watchkeeper de Thales

Mais ce budget d'équipement à priori impressionnant cache tout de même nombre de réduction dans les commandes. Il y aura par exemple moins d'avions ravitailleurs MRTT que prévu, et probablement moins d’hélicoptères ou encore de système FELIN. En réalité chaque programme va subir des rabais
Pour plus de détails, lire ces deux articles sur les gagnants et les perdants de la LPM.

Le Rafale : la vraie victime de la LPM ?
Il est prévu que l'Etat achète 26 Rafale en six ans, quand Dassault-Aviation en livre 11 par an actuellement. Ce qui correspond au rythme d'un appareil par mois (hors fermeture du mois d'août) de sa chaîne d'assemblage de Mérignac. 

Le Dassault Rafale

On sait déjà depuis le livre blanc que l'armée de l'air peut tirer un trait sur la cible de 300 avions de combats et qu'il y aura donc moins de Rafale que prévu. Est ce à dire que la chaîne d'assemblage de Mérignac est en danger. Paris table à travers la LPM sur une réduction des réceptions de Rafale à court terme, et donc en fait sur la signature du premier gros contrat à l'export. En effet, le ministre (tout comme le Président) espère que Dassault conclura rapidement le contrat avec l'Inde pour 126 appareils, dont une partie sera produite en France. 
On parle également de trois autres possibilités plus qui sont la Malaisie, les Emirats arabes unis, et le Qatar. Sans compter que le Canada, la Suisse, ou bien sûr le Brésil doivent s'équiper de nouveaux avions de chasse. 
Il s'agit là d'un pari plutôt osé, car si les voyants sont au vert concernant la signature avec l'Inde, on se rappelle que Nicolas Sarkozy avait fait preuve en 2009 d'un trop grand optimisme avec le Brésil, autre gros potentiel client qui devait (c'était sûr !) signer pour le Rafale.
Afin de rassurer Dassault, le ministère de la Défense s’engage néanmoins à financer le futur drone de combat furtif, dérivé du Neuron, à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros, tout en lançant un nouveau standard du Rafale* et en modernisant quelques Mirage 2000.

Drone furtif Dassault Neuron

BILAN

Malgré l'enthousiasme affiché grâce à cette fameuse sanctuarisation du budget, sorte de miracle au milieu de l’austérité ambiante, il ne faut pas se tromper. La France tend à se rapprocher du si redouté déclassement stratégique qui la ferait tomber de grande puissance militaire (si si !) à une puissance moyenne. Nous n'en sommes à mon avis pas encore là fort heureusement.

Certes, Jean-Yves Le Drian est un bon ministre, qui a su sauver les meubles et ce avec l'appui du Président de la République tout de même, et on ne peut pas en dire autant des autres ministères qui ont tous cédés face aux exigences de Bercy... Mais même si aucun programme n'est sacrifié, même si les suppressions de personnels se feront dit-on dans l'administration, l'armée se serre la ceinture, et chaque réforme appuie un peu plus fort cette tendance.

Du coté des industriels  ce budget assure un minima dans les carnets de commandes, mais il faut espérer qu'outre les providentiels marchés à l'export, la commande publique française saura rebondir quand le temps de la nouvelle LPM sera venu. Sous peine de déclassement, réel et définitif celui là...



*À la fin de la LPM, tous les avions permettront le tir du missile nucléaire ASMPA, d'armements air-air (canon, missiles Mica EM et IR, missile air-air longue distance METEOR), d'armements air-sol (missile de croisière SCALP, bombes de précision AASM et GBU, et canon), d'armements air-mer (missile EXOCET), et l'emport de la nacelle de reconnaissance de nouvelle génération (RECO NG) et d'un pod de désignation laser de nouvelle génération (PDL NG).



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