mercredi 11 septembre 2013

Christian Mons : "20000 emplois sont menacés dans les PME de la Défense" - L'Usine Nouvelle


Panhard
Alors que l'examen de la loi de programmation militaire qui doit traduire en termes financiers le nouveau Livre blanc de la défense a démarré au Sénat et à l'Assemblée nationale, industriels, parlementaires et représentants des forces armées sont réunis à Pau aux universités d'été de la Défense. Christian Mons, président du Cidef (le Conseil des industries de défense françaises) craint que les grands groupes industriels répercutent les prochaines baisses de commandes sur leurs fournisseurs.



L'Usine Nouvelle - Malgré le maintien des crédits du budget de la Défense annoncés par le gouvernement, vous restez inquiet pour l'emploi dans le secteur industriel. Pourquoi ?
Christian Mons - Ce maintien des budgets de Défense est un affichage. Par rapport au budget initial de 2013, nous estimons qu'il y a un déficit de l'ordre d'un milliard d'euros par an sur les premières années de la loi programmation de militaire (LPM) et la perte de l'inflation. Et rien ne garantit que les recettes exceptionnelles (environ 6 milliards d'euros sur l'ensemble de la LPM, ndlr) seront au rendez-vous. Or la profession réalise un chiffre d'affaires de 16,5 milliards d'euros avec un effectif de 165 000 personnes en direct. Nous risquons donc de perdre 20 000 emplois dans l'industrie de haute qualification et non délocalisables. Je rappelle que le format des armées va également être réduit de 25 000 hommes ! On ne peut pas s'en satisfaire. Les emplois militaires valent pourtant bien les emplois d'avenir défendus par le gouvernement !
Qui risque d'être le plus touché selon vous?

Les grandes entreprises ont les moyens de résister à un tel choc, surtout lorsqu'elles sont duales. Certaines pourraient même être tentées de réinternaliser certaines productions jusqu'ici confiées à leurs prestataires, pour retrouver de la charge. Les PME sont les plus menacées par la perte de ces 20 000 emplois, plus précisément celles qui sont tournées essentiellement vers les marchés de défense.

Les parlementaires de la Défense soulignent que l'export doit prendre le relais des commandes réduites en France...
Nos industriels se battent pour gagner des contrats à l'étranger mais il faut aussi être réaliste. Le marché international est très dur. Les Américains sont revenus en force et bénéficient d'un dollar faible. Nos clients à l'étranger restent très limités : l'Inde, Abu Dahbi, le Qatar... Et sur les produits d'entrée de gamme, on est en concurrence plus forte avec les pays émergents comme la Turquie, l'Afrique du Sud, Israël, la Corée du Sud... Certes ils ont des technologies moins bonnes que les nôtres mais à des prix deux fois plus bas !

Plus spécifiquement, où en est le programme de modernisation des forces terrestres Scorpion?
La LPM prévoit que le VBMR (véhicule blindé multi-rôles) entre en service en 2018. Mais l'appel d'offres n'est pas encore lancé. Or, en matière de programme d'armement, entre l'appel d'offres et les premières livraisons, il s'écoule entre huit et dix ans. La date de 2018 n'est pas réaliste. A l'origine, ce programme correspondait à des commandes d'environ 500 millions d'euros par an pendant dix ans, soit la création d'environ 5 000 emplois. Plus globalement, les objectifs de cette LPM sont tellement irréalistes qu'on est sûr que cela va glisser et qu'elle ne sera pas exécutée comme elle est écrite. Comme les précédentes lois de programmation.
Propos recueillis par Hassan Meddah

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