lundi 10 mars 2014

Crise Ukrainienne : L'Europe doit elle réarmer ?



J'aurais aussi pu intituler ce billet "la crise ukrainienne va t'elle réveiller l'Europe de la défense ?" ou pour être encore plus honnête, "vision d'un jeune qui pensait avoir raté la Guerre Froide"...Car une fois n'est pas coutume, je vais, pour commencer, parler de moi.

J'ai grandi avec l'Europe, je crois en l'Europe, économique, politique, sociale, multiculturelle. En fait je fais tout simplement partie de la "génération Erasmus", né au milieu des années 80 et nourri à l'Europe.
Bref.. j'en viens aux faits. Pendant mes études, il n'y donc pas si longtemps, on m'a enseigné l'histoire de l'Europe de la défense, puis les projets, les dernières évolutions. On parlait donc PSDC, Battlegroup, du succès de l'opération anti-piraterie Atalanta, et même d'état major européen. Et quelque part, j'avais envie d'y croire ! Une défense européenne au service de la paix et de valeurs humanistes.
Petite anecdote : on débattait aussi d'un cas d'école de droit des conflits armés, le conflit armé international (ou CAI pour les intimes). En effet pendant l'été 2008, en Géorgie, la Russie venait de prendre le contrôle manu militari de l’Abkhazie et de l'Ossétie du sud.

Vous voyez maintenant ou je veux en venir...

Nous somme en 2014, et l'armée russe contrôle de facto la Crimée, région d'Ukraine hautement stratégique. Je ne reviendrai pas sur les pourquoi et les comment, largement traités dans les médias. Je ne m'emporterai pas non plus à juger la politique russe, si ce n'est qu'elle viole assez largement le droit international. Mais après tout, il y a 10 ans, les USA inventaient le principe de guerre préventive...
Ce qu'il faut constater de façon objective, c'est qu'à la porte de l'Union Européenne, la Russie montre ses muscles.

Et l'Europe de la défense dans tout ça ? Eh bien pour résumer sèchement : Libye, Mali, Centrafrique. Trois immenses occasions ratées pour l'Europe. En Libye, il a fallu les structures de l'Otan, au Mali et en RCA la France s'est retrouvée seule.
L'Europe de la défense est quasiment morte avec la crise budgétaire. Les crédits armement ont fondu partout, et la volonté politique est portée vers des sujets plus "prioritaires", en premier lieu l'économie. L'Europe diplomatique elle, ne se porte guère mieux. J'ai été marqué il y a dix jours, lorsque les premières troupes russes ont pris le contrôle de la Crimée, par le fait que tous les regards se sont tournés vers... L'Otan. L'Otan, une relique de la Guerre Froide justement.

Sauf que c'est tout sauf un secret, les USA, sous l'égide de Barack Obama, ont opéré leur pivot vers le Pacifique. Et l'Otan sans les USA, c'est l'Europe, donc si vous me suivez, pas grand chose...
A ce propos, sans toucher au débat sur l'appartenance historique ou culturelle de la Turquie à l'Europe, stratégiquement, elle serait indéniablement un atout.

Mais je cesse ce bilan pour le moins négatif. Le coup de force russe en Ukraine aura des conséquences. Il y a par exemple fort à parier que les oppositions intra-européennes au bouclier antimissile américain se fassent beaucoup moins bruyantes désormais.
Mais surtout, on reparle enfin de l'Europe de la défense ! D'une Europe qui découvre qu'au jeu des superpuissances, elle manque de force brute. Rappelons que la Russie va augmenter ses dépenses militaires de 44% sur les trois prochaines années.
Il ne faut pas compter sur les pays de l'UE pour en faire de même, mais la solution est tout autre. Car mutualiser, c'est économiser. Il faut multiplier les grands programmes d'armement, pour cela l'Europe dispose d'un bel outil qu'est l'AED (Agence Européenne de Défense) et d'une formidable richesse industrielle et technologique. Il faut faire marcher concrètement cette lourde machine qu'est la PSDC. Mais il faut surtout montrer au monde, ou en l’occurrence ici  à Vladimir Poutine que l'on va tous dans le même sens, faire front commun. Que ce soit français, allemands ou polonais. La situation actuelle peut, doit servir de déclencheur, de prise de conscience.


Peut être est il trop tard. Personne aujourd'hui ne peut dire vers quel scénario se dirige la crise ukrainienne. Mais s'il faut en tirer un enseignement, c'est que l'Europe ne peut plus se cacher. L'Europe de la défense n'est et ne sera jamais conçue pour servir une quelconque doctrine belliciste, mais comme le dit l'adage "Si vis pacem, para bellum" (Qui veut la paix prépare la guerre).


1 commentaire:

  1. Que ce soit français, allemands ou polonais...

    Les premiers (nous) sont fauchés, les seconds ne s'intéressent qu'a la guerre économique contre leurs voisins à coup de dumping social et sont dépendants de GazPoutine... les troisièmes avaient acheté des F16 avec les fonds europpéens dès leur entrée et ne roulent clairement pas pour nous (on aurait dû les laisser hors Europe et OTAN, par la même occasion hors marché commun bolkensteinisé qui participa activement à notre ruine, en prochains sur la liste de Poutine avec les états Baltes).

    L'Europe telle qu'elle a évoluée depuis la fin des années 90 est vouée à exploser. Le plus tôt serait le mieux. Inutile de continuer à s'accrocher à un rêve devenu cauchemard.

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