jeudi 10 avril 2014

Conférence de l'ANAJ-IHEDN du 9 avril à Bordeaux: Compte rendu

"Quel avenir pour la dissuasion nucléaire dans un cadre croissant de guerres asymétriques ?"


La dissuasion nucléaire est  un débat toujours intéressant, on pourrait même dire qu'il déchaîne les passions comme on l'a vu l'année dernière lors des débats sur la LPM.
Et alors que Patricia Adam, présidente de a commission de la Défense de l'Assemblée nationale vient d'annoncer un cycle d'auditions sur la dissuasion nucléaire, cette rencontre était donc l'occasion de débattre autour de l'expertise de notre invité et intervenant. Un intervenant de premier plan pour cette seconde conférence organisée par l'ANAJ-IHEDN à Bordeaux puisqu'il s'agissait de l'Amiral François DUPONT, Inspecteur Général des Armées, et ancien Commandant du SNLE « Le Triomphant ». Il fut également Directeur de l’IHEDN.


L'Amiral Dupont commença sa présentation par un rappel historique des étapes qui firent la dissuasion nucléaire française. Si vous êtes intéressés ou simplement curieux, voici cet historique ici, ou ici.

Place de la France dans le monde

L'occasion de rappeler qu'après la Seconde Guerre Mondiale, puis la décolonisation (violente ou non), si la France a tenu et tient encore sa place au sein des grandes puissances, elle le doit en partie au nucléaire.
En effet, outre la démonstration de force militaire et l'effet de dissuasion qui en découle, la naissance du nucléaire militaire français a permis un fantastique bond en avant de l'industrie nationale, à tel point que nos chercheurs et techniciens dans le domaine sont reconnus comme les meilleurs au monde. Que ce soit le nucléaire civil, l'aéronautique et le spatial, ou encore les communications, un nombre inimaginable de secteurs ont bénéficié des avancées du nucléaires militaires. Et donc d'emplois ! La région bordelaise peut notamment en témoigner, je ne citerais comme exemple très récents que le programme de missiles M51 ou le laser mégajoule.

Le jeu de la dissuasion

Il fut donc bien sûr question de géopolitique. Les cinq membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies  (USA, Grande Bretagne, Russie, Chine et France) sont des puissances atomiques "légitimées". A celles-ci on peut ajouter l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord autour desquels il règne un certain flou concernant leurs capacités de feu nucléaires. D'autres pays ont renoncé à leur volonté de se doter de "la bombe" comme l'Afrique du Sud ou la Libye, et comme tout le monde peut le constater actuellement, l'Iran est au cœur de négociations avec les grandes puissances.

On attribue souvent le fait que la Guerre Froide soit restée confinée à des conflits de basse ou moyenne intensité à l'existence d'un formidable arsenal nucléaire de chaque côté des deux blocs, ces derniers n'ayant aucun intérêt à s'affronter sous peine d'anéantissement total. Il en est de même dans les différends qui opposent l'Inde et le Pakistan. L'Amiral employa même dans ce cas précis l’expression de "naissance d'un respect mutuel" entre ces deux états. Il est objectivement difficile de récuser ce constat.

Concernant l'Iran, notre invité constata qu'il est légitime qu'une grande nation, une grande culture, puisse envisager de se doter de l'arme nucléaire afin de se sentir pérenne. Mais dans un soucis de non prolifération, il est de la responsabilité de la communauté internationale de parvenir à des accords afin de dissuader de nouveaux pays de se doter de la bombe.


Quelle doctrine ?

Pour en arriver enfin à la véritable question de cette conférence. Que vaut l'arme nucléaire en cette époque où l'on parle de conflits asymétriques? Afghanistan, Mali, Centrafrique même, quel intérêt, quelle utilité pour la dissuasion nucléaire ?
L'arme nucléaire, dans la doctrine française, n'est pas une arme du champ de bataille (contrairement à la doctrine américaine), mais politique. Elle doit être pensée en association avec les moyens et vecteurs militaires conventionnels. De plus, il faut constater qu'elle s'intègre à un outil militaire complet. C'est toute notre armée qui est pensée dans sa globalité. Une grande armée, qu'elle soit russe, américaine, ou française se compte "de la kalachnikov ou du famas, jusqu'à la tête nucléaire".

S'agissant de la responsabilité des états dotés d'une dissuasion nucléaire, "un état doté doit être un état vertueux", et de rappeler que la France respecte tous ses accords internationaux". Les grandes avancées du droit international public découlent d'ailleurs du Traité sur la Non-Prolifération des Armes Nucléaire de 1968 (non prolifération des mines, armes à sous minutions, etc..).

Enfin, à la question, faut-il abandonner le nucléaire? Pour l'Amiral, "se retirer du nucléaire serait une dissymétrie coupable !". Tout comme d'ailleurs le bouclier antimissiles américain qu'il associe à une faute politique, dans le sens ou le jeu de la dissuasion s'en trouve faussé. 


En conclusion, avec une salle comble, nombres de questions pertinentes posées par l'assemblée, ce fut une conférence passionnante, de laquelle je retiendrai une phrase en particulier: "Pourquoi devrions nous nous priver de ce que nous avons de meilleur ?"




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