mercredi 14 mai 2014

Budget de la Défense: le gouvernement va t-il vraiment revenir sur la promesse du Président ?

Depuis dimanche et l'annonce par Xavier Bertrand (UMP) d'une nouvelle coupe dans le budget des armées, le monde de la défense est en émoi.

Manuel Valls, Premier Ministre, et Michel Sapin,
Ministre de l'Economie et des Finances (WITT/SIPA)
Cacophonie politique

En effet, ces quelques derniers jours ont vu un flot pour le moins impressionnant de déclarations contradictoires concernant une menace planant sur le budget du Ministère de la Défense. Tout commence dimanche 11 mai, quand, sur un plateau de télévision, Xavier Bertrand annonce que la défense va subir une réduction d'au moins 2 milliards d'euros sur son budget des 3 prochaines années (donc 6 milliards en 3 ans, sur un budget cumulé de 90 milliards), violant ainsi la promesse de François Hollande faite au moment du vote de la Loi de Programmation Militaire de 2014/2019, de sanctuariser ce budget.
Ce mardi 13 mai, c'est Philippe Meunier, élu du Rhône, qui appuie cette affirmation en annonçant un chiffre de 1,5 milliards cette fois.
Un axe Matignon-Bercy menacerait donc une nouvelle fois les crédits de nos armées, au nom de la sacro-sainte réduction des déficits publics et de ces 50 milliards que l'Etat entend économiser sur ses dépenses.

La réponse des intéressés ne s'est pas faite attendre. Mardi après-midi, lors des questions au gouvernement, Michel Sapin n'a nullement démenti les inquiétudes de Xavier Bertrand en déclarant : "Une loi de programmation a été votée. C'est dans le cadre de cette loi de programmation que toute réflexion sur l'avenir des crédits de la défense nationale doit s'inscrire."  Et d'ajouter "la France doit faire un effort en termes de maîtrise des dépenses publiques. Tous les ministères feront un effort mais le ministère de la Défense doit être un ministère à la hauteur des enjeux d'intégrité de la France".
De son côté, le Premier Ministre Manuel Valls démentait dimanche soir sur le plateau de JT de TF1 toute réduction supplémentaire des budgets, tout en rappelant encore une fois que tout le monde doit faire des efforts...

Une inquiétante incertitude

Pas de quoi rassurer donc...Or c'est bien ce que nos militaires, les groupes d'armement, les 4000 PME spécialisées, ou encore les 165.000 salariés de la filière demandent, une clarification au gouvernement.

Je ne vais pas continuer à exposer les différents scénarios envisageables, plusieurs combinaisons de chiffres ressortent à la lecture des médias spécialisés, et diffèrent selon les sources. Concrètement, les inquiétudes se concentrent sur le financement des OPEX, la suppression des FAS (forces aériennes stratégiques), ou pire, le report de grands programmes d'armement comme SCORPION ou les ravitailleurs MRTT.

A l'heure où je rédige ces lignes, rien n'est clair, rien n'est avéré. Seulement des rumeurs. L'opposition a t'elle lancé ce débat afin de faire du bruit ? Pourquoi le gouvernement n'apporte t-il aucune réponse nette ? L'affaire sort dans les médias peu de temps après les plaintes de militaires concernant les conditions spartiates en Centrafrique.. coïncidence ? Nos armées, engagées en opérations comme rarement, n'ont en aucun cas besoin de se retrouver au centre de manœuvres politiciennes.
Si les rumeurs se confirmaient en revanche, elles seraient très lourdes de conséquences, mais ce n'est pas (encore) le moment de rentrer dans cette triste prospective.

Ou est l'arbitre François Hollande ?

François Hollande, mercredi 8 janvier, devant les trois armées rassemblées dans un vaste hangar de la base de Creil (Oise).
François Hollande, lors de ses voeux aux armées, le 8 janvier dernier
Photo AFP
Certes il y a la question du déclassement stratégique de la France, ce sujet revient maintenant depuis des années. Mais ces derniers jours soulèvent pour une problématique bien plus grave: la remise en question de la parole politique. On ne parle pas ici de promesses de campagnes, mais bien d'annonces du Président de la République et de son Ministre de la Défense.
Non seulement la sanctuarisation du budget militaire se trouve inscrite dans la LPM, mais elle a été maintes fois réitérée par François Hollande, et ce toute l'année dernière, pendant les débats sur cette loi et jusqu'à son vote, mais également le 8 janviers dernier, lors des vœux du Président aux armées. Or, aujourd'hui, ce dernier est muet, alors que tout le monde se tourne désormais vers son arbitrage.

Lors de son intervention dimanche soir sur TF1, Manuel Valls a cependant confirmé que les promesses de François Hollande ne l'engageaient pas. Sérieusement ? La Défense Nationale de notre pays n'a pas vocation à être un sujet de défiance au sommet de l’exécutif. 
A François Hollande (et Jean-Yves Le Drian) de clarifier les choses, car c'est bien ce qu'on leur demande à ce stade.


RAPPEL: ce blog n'a pas vocation à s'engager pour telle ou telle politique partisane, mais à militer pour une défense forte et sereine, tout simplement.

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