jeudi 31 juillet 2014

La seconde Guerre Mondiale en Aquitaine, partie 2: les fusillés du camp de Souge

Suite de la série sur la seconde Guerre Mondiale en Aquitaine, avec cette fois ci pour sujet la résistance, et plus précieusement le triste épisode des fusillés du camp de Souge. En effet, entre 1940 et 1944, 256 résistants ou otages y furent exécutés par les nazis et le régime de Vichy.


Le camp de Souge, situé sur la commune de Martignas-sur-Jalle, en banlieue bordelaise, est bien connu des connaisseurs de la chose militaire pour avoir hébergé d'illustres unités. En effet, de 1964 à 1984, c'est le 57e régiment d'infanterie qui y fut stationné, puis de 1984 à 1999 le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes, de 1999 à 2011, ce fut le tour du 503e régiment du train, ainsi que l'état-major de la 2e brigade logistique. Le camp de Souge est désormais et depuis la réforme de la carte militaire (Livre Blanc de 2008), le lieu de résidence et d'exercices du 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP). Le 13e RDP fait partie intégrante de la Brigade des Forces Spéciales de l'armée de Terre, et est bien connu des lecteurs de ce blog.

Mais le camp de Souge n'a malheureusement pas toujours connu des fonctions si prestigieuses. Au contraire, ce fut un haut lieu, au triste sens historique du terme, de l'occupation nazie. De juillet 1940 au printemps 1941, tout d'abord, le camp sert de cantonnement à la 7e Panzerdivision du célèbre Erwin Rommel.
Mais surtout, de 1940 à 1944, le camp de Souge est le lieu d'exécution de nombreux résistants ou otages de la région bordelaise. 256 officiellement identifiés, mais certains évoquent le chiffre de 300.

Eloignée des combats, la ville de Bordeaux a pourtant spécialement souffert des exécutions perpétuées par les allemands et la police de Vichy. Outre les résistants arrêtés, la politique des "otages" visait à frapper la populations de façon arbitraire en représailles des méfaits de la Résistance contre l'occupant. La liste est longue, mais je n'aborderai ici que les 3 principaux événements. 

Les 23 et 24 octobre 1941 : 50 otages exécutés

Le 21 octobre 1941, à Bordeaux, un attentat est dirigé contre le conseiller d'administration militaire (Kriegsverwaltungsrat) Hans Reimers. Ce dernier est abattu par Pierre Rebière, un militant communiste. Le 23 octobre, Pierre Lerein, alors prisonnier au fort du Hâ pour avoir été surpris distribuant des tracts pour le parti communiste, est fusillé en représailles. Puis le 24, ce sont 50 otages qui sont fusillés au camp de Souge.

L'exécution des 50 otages de Bordeaux est liée à celle des 48 otages de Châteaubriant (dont Guy Môquet), Nantes et Paris, en représailles après l'attentat contre le Feldkommandant de Nantes, Karl Hotz.

L’entrée en guerre de l’URSS en 1941 entraînent en effet les militants communistes à procéder à des attentats contre l’armée allemande partout en Europe. Otto von Stulpnagel, alors chef des forces d'occupation en France, fait publier, le 30 septembre, une série de règles constituant le "code des otages", qui précisent que 50 otages issus de la population seront fusillés après chaque attentat contre l’armée allemande. 

D'après des témoignages, 30 des otages fusillés le 24 octobre ont été désignés parmi les prisonniers communistes du camp de Mérignac et 21 parmi les 27 "prisonniers politiques", autrement dit des résistants, de la section allemande du fort de Hâ.

Avis à la population publié dans La Petite Gironde le 23 octobre 1941.
Archives du blog remarquable Le Pays Foyen
 
Le 21 septembre 1942 : 70 otages fusillés

Après l’échec relatif dans les déportations de juifs de Gironde à l'été 1942, les responsables allemands s'impatientent et cherchent à intimider la préfecture. 
Début septembre, une vague d’attentats se développe en Région parisienne. Les nazis vont en profiter et la réplique de l'occupant sera sanglante, avec 70 otages fusillés le 21 septembre au camp de Souge, soit le plus gros total d’exécutions sur une journée. Pour des faits qui n'avaient même pas eu lieu dans la région donc... On peut ici quantifier le durcissement de la politique de représailles de l'occupant.

Mémorial du camp de Souge
Le 28 juillet 1944 : 48 prisonniers sont fusillés.

Il y presque 40 ans jour pour jour, à la suite d’une série d’attentats contre les forces allemandes, alors pleinement engagées dans la bataille de Normandie, 48 détenus sont désignés par tirage au sort parmi les condamnés à la déportation pour être fusillés. Un mois plus tard, la ville et la région de Bordeaux étaient libérées.

A noter que chaque année, en octobre, est commémorée la mémoire des fusillés du camp de Souge, sur le lieu du mémorial.

Enfin, le comité du souvenir des fusillés du camp de Souge publiera à la rentrée, le 15 septembre plus exactement, un ouvrage préfacé par l'historien Bernard Lachaise, retraçant l'histoire personnelle et la chronologie de pratiquement toutes les victimes. Il est enrichi d'archives personnelles et de documents inédits.
Je vous invite à vous rendre sur le site de cette association, où vous pourrez découvrir la liste des victimes, et pour certaines d'entre elles, une biographie. Saluons ce travail qui honore la mémoire de ces morts pour la France, et la liberté.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire