mercredi 3 septembre 2014

La seconde Guerre Mondiale en Aquitaine, partie 4: L'été 44 dans le libournais


Alors que sonnent les cloches de la rentrée et que bientôt l'été s'achève, voici la 4ème et dernière partie de la série consacrée aux 70 ans du débarquement et de la Libération, série estivale intitulée "La seconde Guerre Mondiale en Aquitaine".
Et cette fois-ci, cela prendra un ton plus personnel, car en feuilletant un petit ouvrage*, j'ai pu découvrir comment s'était déroulé l'été 1944 dans la commune où j'ai moi même grandi, Arveyres, dans le libournais (33).

Découvrons donc comment s'organisa la Résistance lors de cet été 1944, dans une commune stratégique puisque sur la route de Paris (nationale et voie de chemin de fer). Et comment fut vécue la Libération de la région.

Juin 1944 : ralentir le repli allemand vers le nord

Le débarquement vient de se produire et nous sommes en pleine bataille de Normandie. Une grande partie des forces allemandes en zone occupée remonte vers le nord afin de tenter de repousser les alliés. De plus, le département dispose d'un réseau actif de résistants, en raison de la proximité de l'ancienne ligne de démarcation entre zone libre et occupée (La Réole).

Décision est donc prise, comme sur tout le territoire, de ralentir au possible le transit des troupes allemandes. La ligne de chemin de fer Bordeaux-Paris est de ce fait une cible prioritaire ! Les résistants, membres de l'A.S. (Armée Secrète), décident que le sabotage aura lieu sur la commune d'Arveyres, les ordres venant directement de leurs représentants à Londres.

Une pièce d'artillerie récupérée par les maquisards lors de la retraite allemande
Photo tirée de l'ouvrage "Arveyres et la mémoire des anciens"
Sur route comme sur les rails, l'activité ennemie est intense, les convois se succèdent. Alors que ces combattants de l'ombre s'apprêtent à faire sauter la ligne de chemin de fer, un impressionnant convoi est annoncé. De la mémoire des témoins, on retient une "formidable concentration et d'engins de guerre d'une puissance considérable". Mais il est trop tard. Les explosifs ne sont pas prêts.

Toujours dans la même nuit, c'est alors qu'une patrouille de deux soldats allemands surgit. Il sont abattus. Les résistants deviennent alors nerveux, pensant avoir donné l'alerte. Les relais de communications sont coupés dans la foulée. 

Le convoi suivant arrive au matin, et la ligne est dynamitée. Les dégâts seront seulement matériels pour les allemands. Et heureusement, car la politique de représailles est alors sans pitié. Elles n'auront pas lieu.

Cette même nuit, la base sous marine de Bordeaux était bombardée par les alliés. 

La base sous marine de Bordeaux
Août 1944 : derniers accrochages, destruction des ponts de Libourne

Comme partout dans la région, la retraite allemande ne se fera pas sans douleur. Dans le courant du mois d'août, les forces allemandes se rassemblent de façon désordonnée à Libourne, empruntant la nationale 89. Arveyres reste donc un lieu intéressant pour les embuscades. Dans la nuit du 17 au 18 août par exemple, les résistants du groupe "Pierrot", s'infiltrant à travers les paluds de la commune, attaquent un poste de garde sur la nationale, au lieu-dit Maison Neuve. Dans le désordre de la bataille, deux unités allemandes se tirent dessus, jusqu'à ce que la lumière de l'aurore ne révèle la terrible méprise. Les maquisards peuvent se retirer le devoir accompli.

Le 25 août, Castillon-la-Bataille vient d'être libérée et les hommes du groupe "Demorny" et du "maquis du Chêne vert" ont pour mission de nettoyer les troupes allemandes restantes aux environs. C'est alors que se déroule la « bataille des quatre châteaux ».
Les châteaux Ripeau, Dominique, Evangile et Cheval-Blanc vont être le théâtre de l'une des batailles les plus meurtrières de la libération de Libourne. Près des vignes donc, les pertes sont lourdes du côté germanique et les maquisards déplorent quatre victimes et de nombreux blessés.

A Arveyres, le viaduc ferroviaire est dynamité le 28 août. Les allemands se retirent, la commune est libérée (la dernière explosion secouant la bourgade ce jour-ci sera celle d'une vache déclenchant une mine...), mais Libourne pas encore. 200 hommes et surtout deux chars, dont un qui garde le pont de la nationale, y sont en place.

Cependant, des négociations ont été engagées avec les forces d'occupation depuis le 26 août afin d'éviter un bain de sang et des représailles sur la population civile. Le commandant allemand promet au maire de Libourne un départ sans incident, mais réclame des garanties pour la sécurité de ses hommes.

Mais les accrochages d'Arveyres vont rendre cet accord caduc ! Les Allemands mitraillent dans le centre-ville de Libourne et font quelques victimes civiles. Ils décident également de faire sauter les trois ponts de la ville, le pont de pierre de la nationale 89, le pont ferroviaire, et le pont de Fronsac, qui couvre leur retraite vers le nord. Libourne est libre

Libourne fête les 70 ans de sa libération
Les résistants du maquis du Chêne vert dans Libourne le 29 août 1944.
© PHOTO D .R.

Ces forces allemandes ne réussiront qu'à parvenir jusqu'à la poche de Royan, où elles retrouveront les mêmes maquisards, cette fois incorporés dans les forces françaises libres.

* la majorité de ces détails et témoignages historiques est tirée de l'ouvrage "Arveyres et la mémoire des anciens", fruit du travail de l'association souvenirs d'Arveyres, aux éditions terre des graves.

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