mercredi 14 janvier 2015

2 - Et maintenant. Tenir ou changer de stratégie à l'étranger ?

Caïman, Cougar, et Tigre dans le désert malien en 2014
Photo Thomas Goicque

La France est attaquée. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, déclarait hier sur Europe 1, « Certains pourraient être tentés de dire : “On va se replier sur nous-mêmes, on ne va s’occuper de rien du tout et, comme ça, on sera protégés.” C’est une erreur totale ».
En effet, afin de suivre l'idée du précédent article, je vais poursuivre dans le même sens. Nous avons la semaine dernière été attaqués sur le front intérieur de cette guerre que nous menons contre le terrorisme. Mais à l'étranger, l'engagement français reste déterminant. Alors, rupture stratégique ou pas ?

Daech, AQMI, AQPA.. ce sont ces groupes que l'on entend maintenant revendiquer ou se féliciter des attaques contre Charlie Hebdo et la France. Des ennemis bien identifiés. Contrairement au réveil qu'a été le 11 septembre 2001, cette fois-ci, nous sommes déjà au combat.
Alors que 10 000 soldats se déploient sur le territoire national dans le cadre du plan Vigipirate, voici un état des lieux des combats menés en OPEX et encore à mener.

Le Sahel demeure au coeur de la lutte

La BSS (bande sahelo saharienne) fait partie des préoccupations françaises depuis un bon moment déjà. Avant même que le Mali ne soit menacé en 2012, le COS était présent via la Task Force Sabre pour lutter contre AQMI et traiter les questions de prise d'otages. Quand en janvier 2013, l'opération Serval est lancée pour empêcher le Mali de sombrer, l'Etat Major français est déjà bien au fait de la situation.
C'est pourquoi aujourd'hui, le Sahara est devenu le théâtre d'action principale de nos armées, terriens et forces spéciales en tête. L'opération Barkhane y concentre 3000 hommes.

L'opération Barkhane, dernière évolution de la stratégie française dans la BSS
Alors qu'est ce qui va changer ? On évoque un renfort de 500 hommes et surtout des hélicoptères en nombre. Hélicoptères, qui comme les drones MALE, sont déterminants pour la surveillance et la mobilité dans cet espace grand comme l'Europe.

En réalité, la phase suivante était déjà décidée. La visite du Ministre de la Défense et d'élus pour le réveillon du Nouvel An a mis en exergue la construction d'une nouvelle base à Madama, au nord du Niger, quasiment sur la frontière libyenne. Car c'est bien là que les prochains coups seront portés ! Le sud de la Libye est un sanctuaire tant pour les djihadistes que pour les trafiquants de toutes sortes. En se positionnant avec force à Madama, la France entend d'une part couper la route d'approvisionnement de tous les GAT (groupes armés terroristes) du Sahel, et mettre la pression sur le sud libyen.


La coalition fera t-elle reculer Daech ?


Nous parlons là de la préoccupation majeure au niveau mondial, Daech ou l'autoproclamé "Etat Islamique au Levant". Pour la France la situation y est différente du Sahel puisque dans ce cas, une large coalition formée des puissances occidentales majeures, USA en tête, est à l'oeuvre. Pour l'opération Chammal (survol et frappes en Irak exclusivement), la France dispose depuis sa base aux EAU et la Jordanie de 9 Rafale et 6 Mirage, auxquels on peut ajouter un Atlantique 2 et les ravitailleurs. Le porte avion Charles De Gaulle, qui appareillait hier, devrait se rendre sur place également. 

N'oublions pas également le rôle extrêmement important des forces spéciales qui assurent le renseignement, mais aussi livraisons d'armes et formations auprès des peshmergas kurdes.

Canons livrés par la France aux Kurdes. Photo Paris Match
Faisons un peu de prospective. Dans le meilleur des cas (j'insiste !), l'armée irakienne, qui se prépare, mènera au printemps une large offensive contre Daech, avec l'aide américaine. Dans l'idéal toujours, les forces de l'état islamique seront repoussées en Syrie, ce qui par effet domino, libérera les kurdes du front irakien. Ces dernières pourront alors porter la pression sur le Kurdistan syrien, dont Kobane est devenu le symbole.

Un tel scénario rendrait l'opération Chammal, en l'état actuel, désuète ! Ce qui pourrait permettre aux forces françaises dans le Golfe d'effectuer un pivot vers un autre foyer du terrorisme qui, en l'occurence, nous concerne directement, le Yémen.


Agir dès 2015 dans la Péninsule Arabique

Le grand public découvre l'existence d'AQPA, Al Qaïda dans la Péninsule Arabique. Les frères Kouachi, auteurs du massacre du 7 janvier, ont en effet effectué un ou plusieurs stages d'entraînement au Yemen en 2009 et 2011, et auraient reçu leur funeste mission d'Anouar Al-Aoulaki, responsable local et influent recruteur pour Al-Qaïda, qui a été tué en septembre 2011 par un drone américain.

La France doit-elle porter ses efforts sur ce front ci ? D'autant plus que les américains y sont déjà très actifs. Il est probable que nos services de renseignement soient déjà aux aguets depuis un certain temps concernant le Yemen. Pour ce qui est des forces armées, elles disposent de deux bases (Al Dafhra aux EAU, et Djibouti) à proximité qui seraient susceptibles d'être les rampes de lancement de futures opérations, sans même parler de la Marine et du porte avion qui connaissent bien le Golfe d'Aden.

Le Yemen entre 2 bases françaises. Source Le Figaro

Ces éléments nous montrent qu'une rupture stratégique n'est pas réellement nécessaire, la France étant globalement déjà en pointe de la lutte contre le terrorisme sur les théâtres extérieurs.
Cependant, nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas, avec les moyens dont nous disposons, faire plus. Cela pose la question d'une part de la volonté de nos alliés, européens notamment. Qui se décidera à enfin intervenir au Nigéria contre Boko Haram par exemple ?

D'autre part donc, nos moyens justement. L'après "Charlie" signifie t-il la prise de conscience et la fin du déclin pour la défense française ? Ce sera la problématique du dernier volet de ce triptyque d'articles.


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