jeudi 15 janvier 2015

3 - Terrorisme: est ce la fin du déclin pour la Défense ?

François Hollande présente ses vœux aux armées, le 14 janvier 2015 à Toulon. (Anne-Christine Poujoulat/Pool/AFP)
François Hollande, lors de ses vœux aux armées

L'actualité peut être inattendue, tragique, voire ironique. Il y une dizaine de jours, on s'interrogeait sur Pax Aquitania dans le but de savoir si 2015 serait une année propice pour la défense française. Les événements viennent de donner des orientations imprévues à notre politique de défense.

Frappée au cœur, la France se tourne vers ses forces de défense et de sécurité. Alors que police et gendarmerie n'ont jamais été aussi acclamées (et c'est légitime), 10 000 militaires, le maximum prévu, se déploient sur toute la métropole dans le cadre du plan Vigipirate. 

10 500 exactement en OPINT (opérations intérieures, presque autant en OPEX (8500), sans même parler des 12 000 hommes des forces prépositionnées à l'outre mer ! Même si les contrats fixés par la LPM sont respectés, il n'en fallait pas plus pour que nos armées atteignent leurs limites capacitaires et opérationnelles. Le résultat de plusieurs années de restructurations, ou plutôt de réduction des forces. 

Le CEMAT en visite Vigipirate
Vigipirate à son niveau maximum. Photo EMA
Alors on entend des propositions saugrenues, comme celle de rétablir le service national... Pour rester sérieux, ou simplement réaliste, Patricia Adam, qui dirige la commission défense à l'Assemblée, assure qu'au "regard des besoins de protection du territoire national, la révision des moyens de la défense est devenue en effet un enjeu immédiat".
C'est ainsi qu'hier, 14 janvier 2015, François Hollande, lors de ses vœux aux armées sur la PA Charles De Gaulle, a annoncé le freinage des restructurations, en raison de la "nouvelle situation".

Les armées françaises : d'abord des hommes.

On évoque souvent nos avions Rafale, le manque d'hélicoptères, la vétusté des blindés, mais ce qu'il ne faut pas oublier, ce sont les hommes. C'est avant tout le soldat qui pilote son chasseur, qui utilise le fusil. Et des hommes, nous en avons de moins en moins.

En l’occurrence pour le plan Vigipirate, l'enjeu est de pouvoir tenir dans la durée. Au delà de 15 jours, cela pourrait devenir problématique. Nous avons voulu une armée professionnelle et d'élite, nous l'avons. Mais nos hommes ont d'abord pour mission de s’entraîner efficacement et d'assurer la relève au sein de nos OPEX, au Sahel notamment, ou l'Armée de Terre est omniprésente.

La dernière LPM a acté la suppression de 23 500 postes supplémentaires (aux 54 000 de la précédente) au sein du ministère de la Défense, dont 7 500 pour 2015. On ne pourra pas tout faire sur le long terme. D’où l'annonce de François Hollande de ralentir (suspendre ?) la déflation des effectifs. C'est un peu toujours la même rengaine, on ne prévoit jamais l'éventualité du pire...

Le ministre Le Drian a également évoqué la question du rôle de la réserve. "Il est aussi souhaitable de s’interroger sur la place des réserves (…) pour des missions complémentaires de celles de nos forces professionnelles", ajoutant que "c’est une des leçons que nous devons tirer de la nouvelle situation".
Pour la première fois depuis des années, la réserve opérationnelle s'est stabilisée, ses effectifs ont même légèrement augmenté (En 2013, le nombre de réservistes opérationnels s’élevait à environ 56 300 dont environ 28 500 réservistes de la Gendarmerie nationale, soit 50 %). Il est certain que pour des mission de vigilance sur le territoire, en milieu urbain, elle peut jouer un rôle tout à fait fondamentale. 

Avec quel budget ?

Un problème se pose. Ces restructurations sont désormais actées, et surtout budgétisées. Le débat avait déjà fait rage entre la présentation du Livre Blanc et le vote de la LPM en 2013, avec l'argument choc lancé par, entre autres, les industriels, du fameux "déclassement stratégique". 
Faire machine arrière aujourd'hui, ce sont évidemment moins d’économies dans un budget de la défense que l'on arrive à peine à boucler. 


François Hollande a rappelé hier que le budget était sanctuarisé (on demande maintenant la même chose au Ministère de l'Intérieur), et a également ordonné que le projet de location de matériels destiné à palier l’absence des 2,2 milliards de recettes exceptionnelles soit accéléré. 

C'est là qu'intervient la fameuse clause de revoyure ! Il a toujours été prévu dans la LPM que chaque année, on réexamine devant le parlement la situation sécuritaire, stratégique, géopolitique. Dans le cas où des événements comme ceux qui viennent de nous frapper arriveraient, la LPM peut être adaptée, y compris dans ses financements. 
Et nous y voilà. Ce qui est attendu désormais, c'est au minimum un moratoire sur les suppressions de postes au sein des armées. Au maximum, on peut rêver au retour à un niveau de commandes originellement envisagé pour les Rafale ou les A400M par exemple.
Il faudra également explorer d'autres pistes.


Quoiqu'il advienne, les discours moralisateurs du type "on vous avait prévenus" restent improductifs. Bien souvent dans l'Histoire des événements tragiques ont motivé des changements dans les politiques de défense des Etats. La France sait maintenant en quoi la déflation de ses effectifs militaires et de ses budgets peut la menacer, et il est probable qu'opinion publique comme élus se rangent derrière cette doctrine. C'est une guerre qu'il faut gagner, peu importe le prix.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire