jeudi 12 février 2015

Premier export du Rafale officialisé: ce qu'il apporte concrétement


Le Rafale de Dassault Aviation, fleuron de l'aéronautique militaire national, tiendra enfin lundi son premier contrat export ! 24 appareils pour l'Egypte. Une annonce immensément symbolique, mais aux retombées industrielles limitées... du moins pour le moment. Explications.

Suspendue à un feu vert du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, l'officialisation de ce contrat  d'armement conclu en un temps record, 3 mois, interviendra normalement ce lundi 16 février au Caire. Le tout pour un montant situé entre 4 et 5 milliards €, comprenant 24 chasseurs Rafale et une frégate de dernière génération FREMM de DCNS.
A priori, cette nouvelle est réjouissante, l'Egypte a des besoins militaires importants et pressants, et les industriels français, comme l'Etat, s'en frottent les mains. De plus, Dassault a déjà essuyé plusieurs échecs au Brésil, Emirats arabes unis, en Suisse ou bien sûr au Maroc.



Pas d'avions supplémentaires sur la chaîne d'assemblage. Pour l'instant.

Alors, 24 avions vendus, est-ce 24 Rafale à ajouter sur le plateau de l'usine Dassault de Mérignac ? Des succès à l'export sont cruciaux pour l'avionneur, ses employés, et les sous-traitants. Thales pour l'avionique, les radars, Safran pour la motorisation, ou encore MBDA pour l'armement, sont également "dans le même bateau". 
Il en est de même pour l'Etat français qui a basé la Loi de Programmation Militaire 2014/2019, le budget donc, sur des succès à l'export. En effet, en cas d'échec, l'Etat s'engage à maintenir à flot les commandes, afin de pas perturber la production.

Mérignac sort 11 Rafale par an, tous jusqu'ici destinés à la France, qui en a commandé 180, et devrait monter jusqu'à 225 ( contre 320 à l'origine, puis 294, puis 286 !!!). C'est sur ce créneau que ce contrat à l'export vient soulager l'effort de la France, qui peut désormais se donner du temps avant de confirmer ce surplus. Comme je le disais la semaine dernière, des Rafale égyptiens sont probablement déjà sur la chaîne d'assemblage. Tout comme la FREMM Normandie va échapper à la Marine Nationale qui devait la réceptionner. 
Reste à savoir à quelle cadence seront livrés les chasseurs. Les 24 prochains à l'Egypte, ou en alternance avec la France. Mais pour le moment, pas d'appareils en plus donc, ils s'intègrent dans le cahier des charges.

Maintenant, quid d'un autre contrat ? Si l'Inde compte amener la production sur son territoire, les 18 premiers appareils seront fabriqués en France. Si le Qatar signe (24 Rafale + 12 en option), ils seraient tous "made in France".
Ces scénarios assureraient donc réellement son avenir industriel. A tel point même qu'il faudrait peut être commencer à accélérer la cadence pour satisfaire les clients, ce qui posera une première question : tout le monde, en premier lieu les sous-traitants, pourra t'il suivre ?


La barrière psychologique est tombée

Les experts financiers sont formels, le fait d'avoir une vente à l'export est important, et pourrait permettre une sorte d'effet domino, les acheteurs prenant confiance. On sait que l'Inde et le Qatar pourraient rapidement signer pour, respectivement, 126 et 36 appareils. Malaisie et Emirats Arabes Unis pourraient être intéressés. Sans compter les pays qui auront à renouveler leur flotte dans la décennie, la Belgique par exemple.

Le Rafale a de plus bénéficié des opérations militaires françaises. Afghanistan, Libye, Sahel, Irak.. le jet est "combat proven". Le travail du ministre actuel Jean-Yves Le Drian a aussi été déterminant auprès des clients potentiels, longtemps refroidis par le prix de cet appareil si polyvalent.

Après 15 ans de désillusions, c'est peut être une nouvelle vie qui débute donc pour le Rafale, avec de nouveaux enjeux.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire