mardi 10 mars 2015

La Défense garantit-elle l'avenir "français" de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac ?


Elus et institutions de l'agglomération bordelaise se sont rassemblés afin de faire part à Manuel Valls, via un courrier en date du 16 février, de leurs inquiétudes quant à l'avenir de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. L'objet: une éventuelle privatisation.
Or, Bordeaux est un cas assez particulier, en raison d'une forte présence de l'Armée de l'air, mais également des industriels de l'armement.

L'annonce du rachat à l'Etat en décembre dernier de 49,9% de parts de l'aéroport de Toulouse-Blagnac par un consortium chinois, pour environ 300 millions d'euros a fait grand bruit, et a même déchaîné les passions pourrait-on dire... Un désengagement de l'Etat qui inquiète en effet. D'autant plus que d'autres aéroports, comme Lyon ou Nice, voient la même "ombre" de la privatisation planer.

Alain Anziani, Alain Juppé, Pierre Goguet, Alain Rousset et Alain Charrier
(Crédits : Agence Appa)
C'est pourquoi la semaine dernière*, les actionnaires régionaux de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, respectivement le Conseil régional d'Aquitaine, le Conseil général de la Gironde, la CCI de Bordeaux, la Métropole bordelaise, et enfin les villes de Bordeaux et Mérignac, ont annoncé conjointement leur volonté de devenir majoritaires au capital de la société gestionnaire ADBM (Aéroport de Bordeaux Mérignac). L'Etat détient 60% du capital, la CCI 25% et les cinq collectivités locales pré-citées 15%. Le but est de se porter acquéreur, via une procédure juridique de gré à gré, de 10% supplémentaires plus une voix des parts de l'Etat.

Rappel: Tous les aéroports français sont en gestion déléguée, ou concession, ou affermage. La vente par l’Etat de sa part de capital, 60 %, ne peut se faire sans l’accord des collectivités locales, qui détiennent le solde avec les CCI (source: Les Echos).

*Un point presse a eu lieu jeudi 5 mars au Musée d'Aquitaine. Etaient réunis: Pierre Goguet, président de la CCI, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, président du Conseil régional, Alain Anziani, maire de Mérignac et Alain Charrier, conseiller général représentant Philippe Madrelle.


L'aéroport de Bordeaux trop stratégique pour être privatisé ?

Et l'aéroport de Bordeaux a les arguments pour attiser l'appétit des investisseurs privés. Une croissance en progression de +7,1% par rapport à 2013, la première de province. Mais aussi un trafic international direct représentant 45% du trafic global... ainsi, 90% des ouvertures de lignes en 2014 étaient internationales (source: aéroport de Bordeaux-Mérignac). Des chiffres que la récente élection de Bordeaux au titre de meilleure destination touristique européenne 2015 devraient conforter.

Mais un mot revient souvent dans la bouche des responsables politiques: Souveraineté.

Des voix s'étaient déjà faites entendre  au moment de l'affaire toulousaine. Marie Récalde, députée de la 6ème circonscription de la Gironde, et également élue à Mérignac, avait signifié dans un court message sur son blog son refus de voir la même situation arriver à Bordeaux, en raison donc, du tissu militaro-industriel qui gravite autour de l'aéroport.

François Hollande, ce 4 mars, visitant Dassault Mérignac
© QUENTIN SALINIER
Contrairement à Toulouse en effet, où flotte l'étendard d'Airbus, géant de l'aviation civile, la région bordelaise est fortement marquée par l'aéronautique militaire (et même le spatial). L'aéroparc de Bordeaux rassemble les grands donneurs d'ordre de l'armement français que sont Dassault Aviation avec l'usine d'assemblage du Rafale, le groupe Safran et ses nombreuses branches, ou encore Thales qui y bâtit son nouveau campus ultra moderne (voir l'infographie sur le site de l'aéroparc). Cela sans même évoquer le maillage de PME !

De plus, et ce n'est pas courant, la base aérienne 106 jouxte directement l'aéroport. Une base qui rassemble 3000 personnels de l'Armée de l'air, et des services aussi importants que le CFA (commandement des forces aériennes), lui même fusionné depuis peu avec le CSFA (soutien); la SIMMAD pour le maintien en condition opérationnelle (MCO); et le GAAO (groupement aérien d’appui aux opérations) qui est de toutes les missions.
La base dispose même d'une unité de forces spéciales, le CPA n°30 (Commando parachutiste de l'air).

Le Général Serge Soulet, commandant du CFA et officier général de la zone de défense sud-ouest, avait bien souligné lors d'un entretien paru sur ce blog, l'importance stratégique croissante de la BA106. Un pôle sur lequel l'Etat Major des armées semble avoir misé gros.

Que toute la région bordelaise se rassure donc, son aéroport n'est pas prêt de glisser hors du giron national !


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