mercredi 18 mars 2015

La France devient la principale alliée des USA contre Daech. Où en est la Grande-Bretagne ?

Patrouille commune d'un Typhoon de la RAF et d'un Rafale français

Le média britannique Sky News révélait il y a quelques jours que la France avait doublé la Grande Bretagne dans son engagement contre l'autoproclamé Etat Islamique, devenant de fait la première alliée des USA en opérations. Un choc de l'autre côté de la Manche...

Plus d'avions, plus de sorties. Les avions de l'Armée de l'air assurent actuellement entre 12 et 15 sorties par jour, soit 3 fois la capacité britannique. Evidemment l'arrivée du PA Charles de Gaulle a bouleversé la donne, avec ses 21 appareils dont 12 Rafale et 9 Super Etendard, qui sont venus s'ajouter à la quinzaine d'autres jets, Rafale et Mirage 2000D, basés à terre en Jordanie et aux EAU. 

En comparaison, la Grande Bretagne n'aligne que 8 Tornado sur sa base chypriote, un tanker, et des drones Reaper. 500 militaires sont impliqués dans cette opération, contre 3200 français.

La presse locale, toujours virulente, en profite donc pour s'en prendre au Premier Ministre David Cameron, qui revendiquait encore récemment le rôle de principal allié des américains. Ce n'est d'ailleurs pas faux: la Royal Air Force a réalisé presque 4 fois plus de frappes que la France (170 contre 42 au moment où j'écris), mais le rapport de force évoluant, ce chiffre devrait énormément se resserrer.
Du côté français, on rappelle dans ces mêmes médias UK qu'il n'y a pas de compétition.

Evidemment, il est bon de le noter, l'arrivée du groupe aéronaval français a eu un double impact, sur la quantité de personnels engagés tout d'abord, mais surtout médiatique ! Les images du Charles de Gaulle et de l'USS Carl Vinson croisant côte à côte, de F-18 de l'US Navy et Rafale de la Marine appontant respectivement sur les porte-avions américains et français, ou encore la visite sur le PACDG du plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, font actuellement le tour du monde... Ce qui semble toucher l’orgueil britannique !


Le contre-coup d'une décennie d'engagements derrière les USA

Seulement voilà, la Grande Bretagne est dans le creux de la vague, et subit une formidable contraction de ses budgets et (donc) de ses forces armées. La Strategic Defence and Security Review (SDSR) de 2010, l’équivalent du Livre Blanc de la Défense français, a provoqué une baisse du budget considérable, de l'ordre de 8%, et des réductions d'effectif drastiques.

La conséquence de plus de 10 ans d'un très lourd engagement en Afghanistan et Irak. L'Irak à elle seule aura coûté 179 tués et 8,5 milliards de livres (9,38 milliards d'euros). En Afghanistan, 453 soldats britanniques auront perdu la vie entre 2001 et 2014, et plus de 7000 blessés ! Hommes, matériels, budgets...Des armées rincées donc.

Un soldat britannique en Irak © Cathal McNaughton/PA
Et certaines prévisions tirent encore vers le pessimisme. Les programmes de frégates Type 26 et de futurs SNLE seraient menacés. David Cameron a dû intervenir pour rappeler que leur remplacement «constitue une part absolument vital de notre sécurité nationale ».

Cependant, des éléments laissent penser que, la Royal Navy justement, pourrait sortir la tête de l'eau. En effet, deux grands porte-avions de 65 000 tonnes, les HMS Queen Elisabeth et Prince of Wales, nouveaux fleurons de la flotte, seront intégrés aux environs de 2020. Très coûteux (au départ 5,16 milliards d'euros, mais la facture avoisine maintenant les 8 milliards), ce programme est censé redonner le prestige que le Royaume-Uni est en droit d'attendre de lui-même sur les mers du globe, tradition oblige.
Reste à savoir si les escadrons de F-35B attendus seront opérationnels à temps. Les 14 premiers ont été commandés fin 2014. Mais qui dit F-35B, dit version à décollage court/vertical, car oui, les deux porte-avions en construction ne disposeront pas de catapulte sur leur pont d'envol. Adieu donc l'interopérabilité avec nos Rafale M, ou même avec un drone de combat navalisé.

Une décision dommageable quand on pressent l'avenir réservé à la coopération franco-britannique.

Les HMS Queen Elisabeth & Prince of Wales, ainsi que leurs F-35B


La coopération franco-britannique: Seule force crédible pour l'Europe ?

Même si la France truste l'actualité avec ses déploiements à l'étranger, en Afrique notamment, où elle collabore d'ailleurs avec les américains de l'AFRICOM, elle reste confrontée à des problématiques budgétaires semblables. C'est dans ce cadre que les accords bilatéraux de Lancaster House ont été conclus à Londres en 2010. Le but, renforcer significativement la coopération entre britanniques et français avec en point d'orgue la création d'une force expéditionnaire conjointe en 2016.

Aussi, les manœuvres et exercices conjoints se multiplient depuis cette date. Dans ce registre, je vous invite à lire l'interview des deux CEMAA parue la semaine passée.

Une coopération qui pourrait se transformer de façon involontaire en véritable étendard européen, d'autant plus qu'on la retrouve sur le plan des équipements. L'Armée de l'air et la RAF reçoivent leurs A400M, les britanniques testent le VBCI... et surtout, France et Grande-Bretagne se sont lancées dans le programme FCAS, un programme commun de drone de combat qui pourrait même ouvrir la voie à une collaboration sur un futur avion de chasse à l'horizon 2030.



Alors, France, Royaume-Uni, destin parallèle ? Faute d'avoir les moyens de leurs ambitions, ces deux puissances millénaires qui se sont jadis partagées la planète (et si souvent opposées) pourraient bien subsister sur le grand échiquier mondial grâce à leur solide alliance. Mais au delà des coopérations militaro-industrielles, cela passera par la définition d'une stratégie diplomatique commune.
A ce stade, la question ne se posera plus de savoir qui est le premier allié des Etat-Unis...


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