lundi 13 avril 2015

Le contrat MMRCA est mort: L'Inde n'assemblera pas de Rafale

Narendra Modi et François Hollande à l'Elysée, le 10 avril 2015. AFP

Vendredi, lors de sa visite officielle en France, le Premier Ministre indien Narendra Modi a, comme on le pressentait, annoncé que l'Inde commandait des Rafale. Seulement, il ne s'agissait pas du contrat MMRCA impliquant 126 appareils, dont 108 assemblés en Inde, mais d'un contrat de gré à gré, d'Etat à Etat pour 36 Rafale livrés clés en main. Le contrat MMRCA semblait cependant toujours d'actualité. On apprend aujourd'hui que ce n'est pas le cas.

Manohar Parrikar, ministre de la défense indien, a en effet déclaré ce lundi 13 avril que tout achat supplémentaire de Rafale se fera désormais de gouvernement à gouvernement, justifiant que cette décision « devait être prise pour cesser de tourner en rond ». Pas de "contrat du siècle" donc ! Nous pouvons en tirer plusieurs conclusions :

  1. 36 Rafale pour commencer. Il y aura d'autres commandes.
  2. C'est un désaveux de la politique du "Make in India".
  3. Notre industrie en sort gagnante. Tous les Rafale seront 100% "made in France".

Pour rappel, lancé en 2007, l'appel d'offre "MMRCA" (Medium Multi-Role Combat Aircraft) avait été remporté par Dassault Aviation début 2012. La firme était ensuite entrée en négociations exclusives avec l'Inde pour un contrat chiffré à la base à environ 10 milliards d'euros (on parlait récemment de 20 milliards avec les dépassements).
Un contrat qui impliquait de larges partages de technologies et de responsabilités. 3 ans plus tard, celui-ci n'est toujours pas conclu, et si l'Inde, au niveau politique comme militaire, était déterminée à s'équiper du Rafale, elle n'a aujourd’hui plus le luxe de la patience, dans une Asie qui s'arme toujours plus.

Si le MMRCA a échoué, c'est pour plusieurs raisons. La durée des négociations en est une, mais elle est inhérente à un accord si complexe. Il faut en réalité plonger aux fondements même du deal, le partage de technologies. 
En effet, il aurait fallu 2,7 fois plus de temps à Hindustan Aeronautics Ltd, le partenaire indien de Dassault qui devait prendre en charge la production locale, pour fabriquer les Rafale par rapport à la vitesse d'assemblage dans l'usine Dassault de Mérignac. Cadence qui devrait sensiblement augmenter dans les 2/3 prochaines années, d'autant plus qu'après les clients égyptiens et indiens, on évoque maintenant sérieusement les Emirats.

On ne se fabrique donc pas si aisément une industrie aéronautique de défense. Il y a la technologie bien sûr, mais aussi et surtout la main d'oeuvre qualifiée, et la myriade de sous traitants. Une leçon qu'il serait judicieuse de retenir tant pour les pays émergents que pour les puissances industrielles. De tels acquis sont stratégiquement déterminants !

Côté civil, tout n'est pas perdu pour l'Inde qui compte obtenir une chaîne d'assemblage Airbus.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire