lundi 29 juin 2015

L'explosion de Falcon-9 ne freinera pas la privatisation du marché des lanceurs spatiaux


Dimanche 28 juin 2015, neuf minutes après son lancement depuis Cap Canaveral en Floride, la fusée Falcon-9, produit de la "start-up" du milliardaire Elon Musk, SpaceX, a explosé en vol. Aucune victime heureusement, elle devait approvisionner la Station spatiale internationale (ISS) en vivres et en matériel scientifique grâce à la capsule Dragon. Un coup dur oui. Un coup d'arrêt certainement pas !

Les échecs s'enchaînent, pour la troisième fois d'affilée qu'une mission de livraison à l’ISS en huit échoue en 8 mois, après les accidents des lanceurs américain Antares (de la société Orbital Science) en octobre 2014 et de la fusée russe Progress, au mois d'avril. Si ces accidents sont dramatiques en matière de matériel perdu, la situation pour les astronautes de la station n'est cependant pas alarmante.
En ce qui concerne SpaceX et son lanceur Falcon-9, il s'agit du premier véritable échec en 19 tirs. L'accident de dimanche proviendrait d'une défaillance du premier étage de la fusée... 

C'est un coup dur certes, mais les experts se veulent rassurants. Selon John Logsdon, ancien directeur du Space Policy Institute, «cet échec rend SpaceX plus normal dans un sens car toutes les autres sociétés de lancement ont eu des accidents. (...) Un tel échec fait partie du risque des activités de lancement».
Point d'alarmisme donc. Il était même miraculeux que dans sa jeune histoire (2002), la start-up d'Elon Musk n'ait jamais connu de revers flagrant. Elle aurait même tendance, à la manière d'une pionnière (ce que son créateur revendique d'ailleurs), à griller les étapes, avec notamment deux tentatives ratées de récupération de son lanceur sur une barge en pleine mer, une opération immensément délicate qui révolutionnerait le secteur. La troisième tentative étaient d'ailleurs prévue hier soir.

Attention tout de même, car du coté du Pentagone, l'indulgence ne sera pas de mise pour SpaceX, qui a obtenu récemment le contrat de lancement des satellites militaires.
De plus, le plus gros problème pourrait être le report du lancement en 2017 de vols habités vers l'ISS. Depuis 2011 et le retrait des célèbres navettes en effet, la NASA n'envoie plus d'équipage dans l'espace. C'est une capacité que l'Amérique se doit de retrouver au plus tôt. 


Le privé comme avenir du spatial, y compris en Europe 

Longtemps resté une chasse gardée des USA et de l'URSS, l'espace, après s'être ouvert à de nouveaux acteurs majeurs comme la France (puis l'Europe), le Japon, maintenant la Chine ou l'Inde, s'apprête au XXIème siècle à devenir le terrain de jeu des entreprises comme on a déjà pu l'évoquer sur ce blog. Et qui dit entreprises dit concurrence. 

Alors qu'on apprenait le 15 juin pendant le salon du Bourget qu'Arianespace avait été choisi par OneWeb pour déployer une constellation de 900 micro satellites destinés à fournir un accès à Internet au monde entier en 21 lancements (Airbus se charge de la fabrication), de façon moins médiatique quelques jours plus tôt, Manuel validait la cession des 34 % d'Arianespace,  soit les parts détenues par le CNES, au tandem Airbus-Safran.

Airbus et Safran, qui possèdent désormais 75% d'Arianespace à eux deux, vont constituer cet automne une joint-venture baptisée «Airbus Safran Launchers» (ASL) qui préparera l'arrivée de la future Ariane 6 pour 2020 si tout va bien. Le but est clair, s'affranchir des rouages étatiques et fonctionner comme une entreprise, pour plus d'efficacité.

Ariane 6, c'est aujourd'hui un défi non pas technique, mais de compétitivité: concevoir le lanceur idéal pour résister à une concurrence grandissante. Car malgré son formidable succès, Arianespace vit grâce aux subventions européennes et peine à s'aligner sur les prix pratiqués par les nouveaux arrivants comme SpaceX. Une différence de tarifs qui se compte en dizaines de millions d'euros.

A Bordeaux, où on parle même de tourisme spatial, on se positionne déjà d'ailleurs (Alain Rousset à la Région surtout) afin d'obtenir le siège social d'ASL.


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