vendredi 14 août 2015

Faisceau d'indices pour une intervention en Libye

L'ancien fort de Madama, au Niger, porte du sud-libyen
©Armée de Terre
Situation politique et sécuritaire largement détériorée, AQMI (et autres) dans le désert au sud, Daech installé sur la côte au nord... la Libye fait l'objet de toutes les attentions, et ce d'autant plus qu'elle est devenue la plaque tournante de l'immigration clandestine vers l'Europe. Ceci amène à penser qu'elle sera le théâtre d'une intervention militaire multinationale à court terme, 4 ans après celle de 2011, qui causa l'effondrement du pays. 

Petit exercice de prospective...

Par ordre de "pertinence":

  • Madama: Cette base avancée dans le nord du Niger, à la frontière sud-libyenne, est désormais totalement opérationnelle. Et elle est justement la plus reculée de Barkhane, cette opération militaire française qui regroupe au Sahel quasiment 4000 hommes, ainsi que la plupart de notre panel de moyens terrestres et aériens. Jean-Yves Le Drian le martèle depuis un an, le désert sud-libyen est le dernier retranchement des djihadistes du Sahara, et donc de fait la prochaine cible de Barkhane. En cas d'opération dans un cadre coalisé, aux français la porte du sud donc.
  • Un sud libyen où opèrent déjà les forces spéciales occidentales. Les britanniques probablement, les français sûrement, les américains à coup sûr.
  • Du côté des italiens, en première ligne face à l'afflux massif de réfugiés depuis la Libye et ses réseaux de passeurs, la situation devient intenable. Une intervention, dans le nord libyen cette fois, et avec des troupes au sol, était déjà évoquée cet hiver. Mais l'Italie n'ira pas seule, ni sans accord aux Nations Unies.
  • On sait maintenant que l'Allemagne - et elle n'est sûrement pas isolée - questionne les réfugiés passés par les réseaux libyens afin d'obtenir du renseignement sur les structures locales. 
  • En Grande Bretagne, cette même question de l'immigration commence à sérieusement polluer le débat public. D'autant plus qu'on reproche unanimement aux britanniques leur inaction en Méditerranée. Indice supplémentaire: Selon le traité de coopération militaire de Lancaster House (2010) entre la France et le RU, une force expéditionnaire commune sera prête dès 2016.

  • L'Egypte, directement menacée sur deux fronts (Sinaï et Libye) et qui a déjà frappé l'EI avec ses F-16 en Libye, a reçu ses 3 premiers Rafale et sa FREMM. Une coopération opérationnelle avec Paris reste la dernière marche à franchir pour sceller cette "nouvelle" alliance.
  • Dans le même ordre d'idée, l'Arabie Saoudite, forte de son intervention coalisée au Yémen, a pour projet la mise en place d'une force arabe commune, avec pour principale alliée l'Egypte. D'où leur possible intérêt commun pour nos fameux BPC Mistral, orphelins après la résiliation du contrat franco/russe. Reste la question confessionnelle et ce frein à vouloir agir contre l'EI...

Bien évidemment, l'exercice inverse reste facile à réaliser. avec pour principal exemple l'incertitude quant au leadership français. En effet, il faut s'attendre à une démission très prochaine du ministre de la Défense, qui entend se lancer dans la campagne des régionales en Bretagne. La tâche de son successeur sera ardue, puisqu'il arrivera en période pré-électorale d'une part, peu propice à l'action (à nuancer, François Hollande aime surfer sur son rôle de "chef des armées"), et d'autre part, il ou elle passera après le "meilleur ministre de la Défense de la Cinquième République", comme aiment le rappeler les industriels français de l'armement.

Autre problème: le cadre ? Lutte t-on contre l'Etat Islamique, les filières d'immigration clandestine, les terroristes du sud ? Tous les prétendants à l'action n'ont pas les mêmes objectifs et bien malin qui pourra résumer tous les malheurs de la Libye dans une unique résolution de l'ONU...

Alors va-t-on vers une opération européenne, arabe, voire otanienne + arabe comme en 2011 ? Ou même des opérations distinctes ? Quelle qu’en soit la forme, la situation laisse à penser que des décisions devront être prises rapidement concernant le cas libyen,.. éventuellement d'ici l'hiver.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire