samedi 19 septembre 2015

Quand un jeu vidéo expérimente le désarmement nucléaire total

Capture tirée de la fin "un monde sans nucléaire" de MGSV de Konami

C'est une expérience intéressante qui se déroule en ce moment même. Et à très grande échelle qui plus est ! Peut-on volontairement renoncer à la dissuasion nucléaire ? C'est le défi qui est proposé aux joueurs de "Metal Gear Solid V - The Phantom Pain" : Renoncer TOUS à l'arme nucléaire afin d'accéder à la fin du jeu vidéo.

Commençons par le commencement: la série Metal Gear Solid (éditée par Konami), dont le dernier opus est sorti le 1er septembre 2015, est reine depuis les années 90 d'un genre qu'elle a quasiment créé, l'infiltration tactique. Ceci-dit, la série, à travers son créateur, le japonais Hideo Kojima, a toujours cherché à aborder intelligemment des thématiques comme le nucléaire, l'intelligence artificielle, le soldat génétiquement ou technologiquement augmenté, la torture, les enfants soldats, l'économie de guerre, les sociétés militaires privées, les systèmes létaux autonomes... avec un fond - cela pourrait surprendre - résolument pacifiste.

Or, avec cet épisode, les joueurs de Metal Gear Solid V peuvent chacun bâtir un QG, la Mother Base, où ils finiront par avoir l'opportunité de développer - ou non - une arme nucléaire, moyen de dissuasion ultime.
Car en effet, chaque joueur peut infiltrer et piller la Mother Base d'autres joueurs dans le monde, le but étant d'avoir la base la plus inviolable. L'arme nucléaire joue ici parfaitement son rôle, puisque vous êtes censé y réfléchir à deux fois avant de vous en prendre à un joueur la possédant et qui n'hésitera pas à l'utiliser contre vos installations en cas d’agression.

De plus, le choix vous est offert de démanteler (contre récompense) vos armes nucléaires, et bien sûr celles que vous capturez/volez chez les adversaires. 

Et c'est donc là que vient le potentiel coup de génie: en décortiquant les fichiers du jeu, un joueur a trouvé la trace d'une fin alternative, où le monde serait débarrassé de la bombe nucléaire. Or, personne, parmi les millions de joueurs du titre de Konami, n'a officiellement réussi à débloquer cette cinématique de fin.
De fait, il y a désormais consensus sur la conclusion qu'il faudrait que chaque joueur possédant la dissuasion nucléaire accepte le démantèlement pour le bien commun. La fin cachée faisant office de récompense ultime donc.

Rarement un média aura demandé à des millions de participants un tel niveau de coopération à l'échelle mondiale. Et si le geste peut paraître simple, nul doute qu'il sera extrêmement difficile voire impossible de résoudre l'équation en ne comptant que sur le seul usage du libre arbitre... 

Pour les connaisseurs, voici cette "fin" alternative et utopique:


Virtuel ou réel, même combat !

Retour à la réalité et bref rappel historique. Entre 1945 et aujourd'hui, les cinq puissances membres du Conseil de Sécurité de l'ONU (USA, Russie, Royaume-Uni, France, Chine) ont développé une force de dissuasion nucléaire, puis l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. D'autres pays comme l'Afrique du Sud, ou l'Iran récemment, ont renoncé à ce projet suite à la pression internationale.

En 1982, on estimait qu'il y avait environ 50 000 armes nucléaires dans le monde, principalement aux USA et en URSS en raison de la Guerre Froide, qui favorisa cet "équilibre de la terreur".

A partir de 1968 cependant, le Traité de Non Prolifération participa à enrayer ce mouvement de fuite en avant et au fil des conférences et signatures, nous sommes revenus à des niveaux plus "raisonnables".
Barack Obama en 2009, réaffirma d'ailleurs la volonté des USA de poursuivre l'effort.

Selon les chiffres officiels de 2011, la Russie dispose d'environ 11 000 ogives (dont 2 427 actives), les États-Unis de 8 500 (2 150 actives), la France 300 (290 actives), le Royaume-Uni de 225 (160 actives), la Chine environ 240.
L'Inde et le Pakistan disposeraient eux d'une centaine d'armes nucléaires chacun, et Israël du double. Pas d'information néanmoins s'agissant de la Corée du Nord.

L'expérience virtuelle au centre de cet article montre parfaitement toute la complexité de l'effort de non prolifération nucléaire. Si cela est impossible entre de simples amateurs de jeu vidéo, essayez donc d'imaginer la problématique au sein du concert des nations ... !


Remarque: Si j'avais d'ailleurs cet été réalisé un entretien sur le thème de la guerre et du jeu vidéo, c'était justement pour montrer que ce média est idéal pour briser le "4ème mur" et ainsi s'adresser directement à son public, permettant de faire passer des messages particulièrement pédagogiques, quand on sait l'utiliser intelligemment bien sûr...


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