lundi 26 octobre 2015

Alain Juppé et « Notre fiasco syrien »

Alain Juppé, ancien Ministre des Affaires étrangères, aux côtés de
Laurent Fabius qui occupe actuellement ce poste - AFP

Dans un billet paru sur son blog ce 24 octobre, et très remarqué dans le milieu stratégique, Alain Juppé revient sur ce qu'il appelle  « Notre fiasco syrien ». Notre fiasco ? Car celui de la France, celui des démocraties.

« Notre fiasco syrien », par Alain Juppé. A consulter ICI.

Nous retrouvons donc encore une fois le Maire de Bordeaux, et candidat à la primaire du parti LR en vue des présidentielles 2017 sur un sujet de géopolitique, un mois après son passage du côté de l'IHEDN, où déjà, la question syrienne fut abordée.

Et c'est avec recul et lucidité qu'Alain Juppé nous livre une critique de la stratégie diplomatique adoptée par la France, et plus généralement l'occident, depuis l’avènement de la crise syrienne.
Essayons nous donc à une brève analyse.

Pour rappel c'est en 2011 (Alain Juppé était alors Ministre des Affaires Etrangères de Nicolas Sarkozy), lors des printemps arabes que la révolte populaire a commencé en Syrie. Largement réprimée par le régime, elle s'est progressivement transformée en guerre civile, guerre civile dont a profité Daesh, d'origine irakienne, pour s'imposer dans la partie est du pays. 
Devant, l'intensification du conflit, et la dureté de la répression, la France avait même envisagé en 2013 des frappes. Projet qui n'aboutira jamais, dirigeants américains et britanniques devant plier face au refus de leur Parlements respectifs, que peut-être n'auraient-ils pas pris la peine de consulter en d'autres cas.... 
Selon Alain Juppé, "nous ne nous sommes pas donné les moyens d’atteindre cet objectif". Plus grave, "le pire est advenu quand le Président Obama a averti Damas que l’utilisation d’armes chimiques par son armée constituerait une ligne rouge que nous ne laisserions pas transgresser. La ligne a été franchie … et nous n’avons rien fait." Cinglant.

Il regrette donc que derrière tout un florilège de bonnes intentions et déclarations visant à condamner le régime meurtrier de Bachar el Assad, les démocraties n'aient jamais su s'entendre, pour finalement laisser la voie libre à une Russie qui n'attendait que cela pour se refaire une légitimité sur la scène internationale. 
Avec Bachar el Assad en grand gagnant (cela reste néanmoins à prouver, plusieurs témoignages rapportent que l'intervention russe aurait eu pour effet de fédérer la rébellion).

Au final, difficile d'être en désaccord avec le constat de l'ancien Premier Ministre. A ce stade, où la Russie et l'Iran appuient militairement sur le terrain, et surtout ouvertement le régime de Bachar, c'est presque tirer sur l'ambulance.

Et maintenant ? S'il est très dur vis à vis de la politique de Barack Obama - "Le Président Obama n’avait qu’un but : l’accord nucléaire avec l’Iran. Il l’a atteint.", le Maire de Bordeaux juge la position française du "ni Bachar, ni Daesh" comme louable, voire courageuse... mais bien vaine. Surtout, la France est seule, extrêmement seule. Et de redouter ce jour où nous nous retrouverons à la table des négociations avec le régime. 
A ce titre je retiendrai cette phrase:  "Quand je parle de morale et des crimes de Bachar, on me fait remarquer avec quelque condescendance que je suis bien le seul à croire à la morale en politique étrangère".

Et pour conclure, Alain Juppé, un brin fataliste, affirme qu'à ce stade, "Poutine a gagné" , mais qu'il ne porte sûrement pas avec lui la solution du conflit. Et de se montrer plus piquant: "Il est vrai que beaucoup en France et en Europe sont plus réticents à se mettre dans la roue des Etats-Unis que dans celle de Poutine. Gaullisme sans doute mal compris", qualifiant cependant la Russie de partenaire incontournable.
Et en ce qui concerne les terroristes de Daesh, il s'agira de se monter unis, plus que jamais.

Si je devais donc résumer en quelques mots le ton de ce billet, « Notre fiasco syrien » est consommé. Nous pourrions même aller jusqu'à en imaginer la suite en la titrant ainsi: « Politique diplomatique en Syrie, l'An Zero »


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