vendredi 23 octobre 2015

Défense - Après les élections, la donne a-t-elle changé au Canada ?

Des F-18 canadiens au dessus de l'Irak

Ce 19 octobre se déroulaient au Canada les élections législatives, élections qui ont mis fin à 9 ans de gouvernance des conservateurs, incarnés par le Premier Ministre Stephen Harper. Et ce sont donc les libéraux qui ont remporté la victoire, avec à leur tête Justin Trudeau. Une alternance qui devrait bouleverser la politique stratégique du pays.

En effet, Justin Trudeau, que les médias se plaisent à comparer à J.F Kennedy, a précisé durant toute sa campagne que les choses changeraient en matière de défense. Rien d'anormal jusque là, la stratégie d'un pays, en particulier lorsque ce dernier est engagé dans un conflit, est une variable d'ajustement en cas d'alternance politique. On l'a vu en France où le retrait d'Afghanistan a servi d'argument de campagne.

Ainsi, le Canada entend revenir à ses fondamentaux, à savoir les opérations humanitaires et de formation.
Finies donc les missions de combat contre Daech, le nouveau Premier Ministre a en effet prévenu son grand allié et voisin américain Barack Obama - dès lundi - que les opérations en Irak cesseraient. Six F-18 canadiens, plus des avions de surveillance et de transport, ainsi que des forces spéciales, participent depuis un an à la coalition internationale en Irak (pas en Syrie). Choix étonnant quand on sait qu'une majorité des canadiens sont pour l'intensification des opérations...

Mais attention le Parlement a récemment prolongé la mission jusqu'au 30 mars 2016. Un engagement qu'il faudra donc tenir vis à vis des alliés. C'est pourquoi Justin Trudeau affirme toutefois que le pays continuera d'être un membre de « premier plan » dans la coalition, assumant « ses responsabilités »

Et ce virage à 180° pourrait ne pas simplement d'arrêter là...


Un coup fatal pour le F-35 ? 

Petit rappel: le Canada s'est engagé aux côtés des USA dans le programme de chasseur de 5ème génération F-35. 65 de ces appareils doivent être acquis dans le but de remplacer les CF-18 Hornet vieillissants qui volent par exemple aujourd'hui en Irak.
Mais devant le coût astronomique et les incidents répétés du programme, nombreux sont les pays engagés qui tentent de réduire leur participation, et donc leurs commandes. Des voix au Canada avaient plusieurs fois menacé de tout remettre en cause, comme en témoigne un rapport plaçant le Rafale du français Dassault Aviation à égalité sur la plan capacitaire avec le "révolutionnaire" F-35. Il existerait même une demande d'information, pouvant précéder un appel d'offres, adressée aux autres constructeurs (Lockheed-Martin, Boeing, Eurofighter, Saab et Dassault).

Et justement ! Justin Trudeau a promis « un appel d’offres ouvert et transparent pour remplacer les F-18 car nous n’achèterons pas de chasseurs-bombardiers furtifs F-35 ». Radical.



De notre côté de l'Atlantique, on pense donc directement au Rafale. Placer le chasseur porte-étendard de la France en Amérique du Nord serait un coup formidable. Et Dassault est prêt à faire des concessions non-négligeables. Yves Robins, le directeur des relations extérieurs du groupe, avait en effet affirmé à la presse locale que des transferts de technologies et de services (maintenance, modernisation) étaient possibles, et ce «sans aucune restriction » !

Mais si le Rafale a la côte, ce pourrait bien être le F-18 (en remplacement de vieux F-18 oui) qui semble avoir la meilleure carte à jouer. En effet, un achat canadien d'un avion américain atténuerait un minimum le séisme diplomatique et industriel qui suivrait un renoncement au F-35. D'autant plus que Boeing a besoin de vendre ses appareils et sera donc très agressif sur ce marché.

D'autre part, je voudrais porter l'attention sur une annonce du nouveau premier Ministre. En cas de marche arrière sur le programme F-35, le budget économisé (44 Mds $ sur 40 ans, en théorie, mais on n'annule pas si facilement un tel engagement) servirait à équiper et entretenir la Marine Royale canadienne.
Choix logique quand on sait le défi stratégique que représentera bientôt l'Arctique. A Ottawa, on se serait même un moment intéressé aux deux BPC Mistral non vendus à la Russie, mais que l'Egypte a finalement acheté à la France. Une piste commerciale pour l'avenir ? Possible, mais ce sont les chantiers navals d’Halifax qui seront favorisés.


Pour approfondir sur la lutte du Canada contre le terrorisme (en anglais): Canada Is at a Crossroads One Year After Brutal Attack on Parliament


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