lundi 2 novembre 2015

Défendre sa ZEE - Et si les systèmes autonomes étaient la solution ?

Un projet surprenant ! Le Ghostswimmer de Boston Engineering

C'est une information mal connue, mais grâce à ses zones économiques exclusives, la France possède le second territoire maritime mondial, derrière les USA. Mieux, cette zone vient de doubler. 
Mais comment alors assurer une présence permanente censée garantir le respect de votre souveraineté, lorsque le tonnage de votre marine ne cesse de diminuer ?

Grâce à quatre décrets publiés fin septembre, la France a étendu son domaine maritime de 579 000 km². Domaine qui, grâce à nos nombreuses îles dans tous les océans, atteignaient déjà les 11 millions de km² . Ce sont ces possessions que l'on appelle Zones économiques exclusives (ZEE).

L'augmentation d'environ 5% concerne les ZEE des îles Kerguelen dont la superficie augmente de 423 000 km², de la Nouvelle-Calédonie (+76 000 km²), de la Guyane (+72 000 km²), et enfin de la Martinique et de la Guadeloupe (+8 000 km²). Et si elles sont rendues possibles, c'est grâce au droit international.
En effet, suite aux recommandations de la Commission des limites du plateau continental (CLPC), organe établi par la convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982), dite de Montego Bay et bien connue des internationalistes, les pays côtiers peuvent étendre leur plateau continental au-delà des 200 milles marins "syndicaux" de leur ZEE, et ce jusqu'à 350 milles. Une extension substantielle validée si l'Etat prouve que son territoire terrestre - comprendre plateau continental - se prolonge sur le fond des océans.

Le gain évident concerne les ressources naturelles, de type hydrocarbures ou métaux rares, qui pourraient se trouver dans ces sols.
Attention cependant, les droits d'un Etat sur cette zone s'exercent sur le sol et le sous-sol marin. Au-dessus, vous vous trouvez en eaux internationales, avec le régime juridique que cela implique.

Et ce n'est pas fini ! Des dossiers sont encore en attente s'agissant des îles du Crozet, de La Réunion, Saint-Paul et Amsterdam, Wallis et Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon. Potentiellement un million de km² supplémentaires si la CLPC approuve. On parle ensuite d'une extension de la Polynésie française, déjà la plus étendue de nos ZEE.


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La ZEE française avant l'extension de 2015

Pour bien comprendre les enjeux il faut s'imaginer que le territoire côtier de la métropole ne représente que 334 604 km². Les possessions françaises de par le monde sont donc un exceptionnel argument de puissance. 
Et sachez même que nos territoires d'outre mer et leur ZEE nous sont parfois contestés ! C'est le cas de Madagascar au sujet des Iles Eparses.


Défendre ses ZEE. Oui mais comment ? 

C'est une réflexion qui m'était venue lors du salon des systèmes autonomes UGS, qui se tenait à Bordeaux en ce mois d'octobre, puis dont nous avions débattu lors d'une table ronde pour étudiants et jeunes chercheurs organisée par la Chaire "Défense & Aérospatial" à Sciences Po. Les drones, ou plutôt les systèmes autonomes sont-ils la solution idéale pour assurer une présence permanente en mer ?

Je ne m'étendrai pas ici sur les capacités et programmes de la Marine Nationale (pour cela je vous conseille vivement Le Fauteuil de Colbert), mais je signalerai simplement que le premier B2M (Bâtiments Multi-Missions) vient d'être mis à la mer. Ils seront à terme quatre navires polyvalents qui assureront la présence militaire française en outre-mer. Ce premier B2M rejoindra par exemple Nouméa, qui sera sa zone d'intervention.
Quoiqu'il en soit, malgré sa modernisation, le tonnage de la Marine décline, et ses "forces vives" croisent dans les zones de tensions comme la Méditerranée et le Golfe, voire les Antilles où la lutte contre le narcotrafic est une mission continuelle.

Et les drones donc ? On le voit, un drone possède une endurance exceptionnelle. J'en veux pour preuve ce REAPER français qui a volé 25h d'affilée au Sahel ces derniers jours.
Et si le grand public est désormais familiarisé aux drones aériens, il existe déjà toute une gamme d'appareils terrestres et, pour ce qui nous intéresse, maritimes: Prospection, surveillance des pipelines, lutte anti-mines (comme le Olister en photo), ou même recherche d'épave, les applications sont nombreuses pour ces drones de surface ou sous-marins.

Olister du français ECA Robotics

De plus, outre les drones, des systèmes autonomes - possiblement armés un jour - sont une solution bien plus crédible. De là à imaginer une présence/surveillance permanente des Etats sur leur ZEE, il n'y a qu'un pas... ou plutôt quelques années ! 
Ces machines en sont d'ores et déjà capables, et pourraient rendre compte des intrusions en temps réel, 24h sur 24, à des bâtiments de surface ou de surveillance aérienne traditionnels, et cela pour des coûts raisonnables. 

Enfin, et si j'avance ici cette idée, c'est parce qu'outre la solution pratique, les fonds marins sont selon moi, au même titre que la haute atmosphère ou l'espace, des zones idéales pour les systèmes autonomes, à savoir des milieux hostiles à l'être humain certes, mais qui offrent donc quelques "facilités" juridiques concernant des problématiques liées à l'emploi même de ces systèmes (la fameuse crainte des "robots tueurs"). Pour faire simple, pouvoir agir loin des civils.


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