mardi 24 novembre 2015

Défense - La Grande Bretagne de retour dans le "Game" ?

Vue d'artiste - Les HMS Queen Elisabeth & Prince of Wales et leurs F-35B
Ce lundi 23 novembre, le Premier Ministre britannique David Cameron rencontrait François Hollande à Paris afin de lui faire part de sa volonté d'apporter un soutien militaire dans la lutte contre l'Etat Islamique.
Surtout, de retour à Londres, il présentait la "Stratégic Defence and Security Review 2015", véritable Livre Blanc de la Défense qui marque le retour de la Grande Bretagne sur le plan stratégique.

Dans la foulée des attentats parisiens du 13 novembre, la Grande Bretagne, l'autre puissance militaire européenne, a d'emblée annoncé son soutien à la France. Un de ses drones Predator participait même à la riposte française du 15 novembre. 
Mais le Royaume-Uni ne frappe pas en Syrie, seulement en Irak à ce jour. Cela devrait changer et c'est ce que le Premier Ministre a annoncé aujourd'hui à François Hollande. Ainsi, après un vote jeudi devant la Chambre des Communes (où il y a désormais un consensus apparent), la Royal Air Force pourrait engager ses Tornado dans le ciel syrien d'ici Noël.

Les chasseurs Tornado britanniques sont basés à Chypre, sur une base qui peut en cas de problème recueillir les Rafale français du porte-avions Charles de Gaulle, qui croise à proximité.

C'est donc un changement de posture stratégique qui s'annonce de l'autre côté de la Manche. En effet, littéralement rincé - et ce n'est pas peu dire - par les guerres en Irak et en Afghanistan, il est temps pour le Royaume-Uni de refaire surface. David Cameron lance même dans une tribune parue dans le Telegraph que le pays doit se comporter « comme Churchill, et non comme Chamberlain (...) Nous ne pouvons laisser à d’autres la charge et les risques de protéger notre pays ».

Français Hollande et David Cameron, le 23/11, à l'Elysée

Joint Force 2025: un programme d'investissement de 17 milliards d'euros 

On apprend donc avec la présentation de ce Livre Blanc de la Défense ("Stratégic Defence and Security Review 2015") que la Grande-Bretagne va augmenter ses dépenses dans le domaine. Et si David Cameron présente ce plan comme une réponse face à la menace des radicaux islamistes, il ne faut pas y voir une fulgurante réaction découlant des événements sur le continent. Non ce plan était à l'étude depuis plusieurs mois et vise en particulier à redonner un coup de jeune à l'ensemble des forces armées.


Ce plan quinquennal dont l'une des conséquences sera un investissement supplémentaire de 12 milliards de livres (17 milliards d'euros) sur les 10 ans à venir portera les dépenses de sécurité et de défense à 178 milliards de livres. En voici le détail ci-dessous:


CLIQUEZ POUR AGRANDIR


On y découvre "Joint Force 2025", l'armée britannique de demain (sur le papier la N°1 en Europe). Plusieurs carences seront en principe comblées, dans la composante aérienne principalement:

  • 9 avions de surveillance maritime P-8 Poséïdon (Boeing) pour contribuer à la protection de sa force de dissuasion nucléaire. C'est une grosse lacune actuellement ! Les britanniques ont même dû faire appel dernièrement à un Atlantique 2 de la Marine Nationale pour traquer un sous-marin russe au large de l'Ecosse, là où sont basés les SNLE UK.
  • Accélérer l'acquisition (bon courage) des 42 chasseurs F-35 Lightning II (Lockheed Martin) qui seront la force de frappe aéronavale déployée sur les porte-avions britanniques. Il en faudra 24 opérationnels d'ici 2023. Au total ce sont 138 F-35B qui ont été commandés pour la RAF et la Royal Navy.
  • Les chasseurs Eurofigher Typhoon (BAE/Airbus) vont être modernisés afin de rallonger de 10 ans leur durée de vie, jusqu’en 2040.
  • Londres va aussi investir dans de nouveaux drones de surveillance.
  • 13 nouvelles frégates pour la Royal Navy, dont 8 "Types 26" (BAE Systems).
  • Le coût de remplacement des sous-marins nucléaires devrait atteindre 31 milliards de livres, soit 6 milliards de plus que l'estimation précédente.
  • Enfin, 2 brigades d'intervention rapide de 5000 soldats vont être constituées.
Le parallèle est facile à faire avec la France*, mais on peut dire sans trop s'avancer que le Royaume-Uni part d'encore plus bas après les terribles coupes budgétaires et de personnels que son outil de défense a subi depuis 2010.
De plus, on peut penser que le pays, grâce à la Royal Navy, retrouvera le devant de la scène lorsque ses deux grands porte-avions de 65 000 tonnes, les HMS Queen Elisabeth et Prince of Wales, nouveaux fleurons de la flotte, seront intégrés aux environs de 2020. Très coûteux (au départ 5,16 milliards d'euros, mais la facture avoisine maintenant les 8 milliards), ce programme est censé redonner le prestige que le Royaume-Uni est en droit d'attendre de lui-même sur les mers du globe, tradition oblige.

Afin d’absorber ces dépenses, en contrepartie donc, il est prévu une réduction de 30% des effectifs civils du ministère de la Défense.


Sentinelle ferait-elle des émules ?

Côté sécurité intérieure cependant, on peut légitimement penser que les attentats de Paris ont un effet direct. Le Ministre des Finances, George Osborne, a annoncé dimanche que la Grande-Bretagne comptait augmenter de 30% ses dépenses consacrées à la lutte antiterroriste.

Si comme en France, le renseignement tire son épingle du jeu (MI6, MI5, GCHQ), avec l'embauche de 1900 personnels supplémentaires soit une hausse de 15% des effectifs, on apprend surtout avec le Livre Blanc que sur le même principe que l'opération Sentinelle en France, la Grande-Bretagne réfléchit à un nouveau dispositif d'urgence face aux attentats, qui verrait 10 000 militaires - d'astreinte - se déployer rapidement dans tout le pays en cas de menace, ou le cas échéant durant ou à la suite une attaque.


Si le Royaume-Uni semble donc bien se préparer à une "relance stratégique", toujours rien du côté des allemands en revanche, qui prépare eux aussi un Livre Blanc. En France, on espère un miraculeux soutien militaire en Afrique... mais nous en saurons plus mercredi après la rencontre en Angela Merkel et François Hollande.


*Depuis le traité de Lancaster House en 2010, français et britanniques sont engagés dans la constitution d'une force expéditionnaire commune. Celle-ci sera opérationnelle en 2016.
De plus, les deux puissances militaires majeures de l'Europe se lancent dans des programmes d'armement communs qui concerneront les missiles, les drones de combat, et peut-être même un futur avion de chasse.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire