jeudi 26 novembre 2015

Les pays européens vont soutenir la France.. à leur mesure

Angela Merkel, Matteo Renzi, et François Hollande

Après les attentats du vendredi 13, la France invoquait l'article 42-7 du Traité UE, la fameuse clause de solidarité. Depuis François Hollande a rencontré les trois principaux dirigeants de puissances militaires européennes, et obtenu leur soutien relatif. Voyons pourquoi. 

La défense collective européenne est une de ces chimères qui donnent des cheveux blancs à tous les spécialistes. Dans la situation actuelle, plusieurs facteurs expliquent que nos alliés sur le continent tardent à réagir. Des raisons simplement et clairement expliquées ICI sur le blog Bruxelles 2.

Mettons de côté la Grande Bretagne qui joue militairement dans la même cour que la France, mais jusqu’à maintenant le plus souvent dans la roue américaine. David Cameron, après son passage à Paris et ses annonces de lundi, a prononcé son discours pour réclamer des frappes en Syrie devant la Chambre des Communes. Un vote aura lieu la semaine prochaine.

Mercredi, François Hollande rencontrait Angela Merkel, espérant peut-être enfin réveiller l'Allemagne et ses moyens, et on apprenait donc que d'une part, Berlin va proposer des avions de reconnaissance Tornado ainsi qu'une frégate pour lutter contre Daesh, mais d'autre part surtout, que l'Allemagne va envoyer 650 soldats au Mali.

Des troupes européennes sur les autres fronts anti-terroristes, c'est justement ce dont la France a besoin afin de soulager son effort de guerre, en Afrique particulièrement. Seul souci, comme le fait justement remarquer Jean-Dominique Merchet sur son blog, ce déploiement allemand était en réalité planifié depuis le mois d’août afin de relever le contingent hollandais. Les Pays-Bas qui alignent d'ailleurs des moyens lourds (hélicoptères Apache) au Mali dans le cadre onusien de la MINUSMA.
On reproche énormément à l'Allemagne son manque d'implication dans les affaires militaires, notamment car on le compare à sa puissance économique. Cependant il faut bien comprendre que culturellement comme stratégiquement l'Allemagne n'est pas prête à jouer l'offensive.
De plus, si on cumule toutes les missions de formation menées par la Bundeswehr (Afghanistan, Irak, Kosovo...), ce sont tout de même plus de 3000 militaires qui sont déployés en OPEX.


Pour l'Italie, la menace est désormais en Libye

Ce jeudi matin, c'est le président du Conseil italien, Matteo Renzi, qui était reçu par le Président français. L'Italie a bien évidemment apporté son soutien politique à la France dans sa lutte contre Daech, mais dans les faits, celle-ci est extrêmement préoccupée par deux problématiques, disons plus tangibles.

Premièrement les réfugiés. L'Italie est en première ligne et demande des décisions sur la question depuis le début de la crise. C'est pourquoi ce matin, les deux dirigeants ont notamment plaidé pour accord avec la Turquie.

Deuxièmement, la plus grande préoccupation de l'Italie est la Libye. Matteo Renzi déclarait ce matin qu' « il sera fondamental pour tous de donner la priorité absolue, nous en avons parlé (...) à la Libye qui risque d'être la prochaine urgence »
Et je l'évoquais déjà cet été, avant que l'intervention française en Syrie ne "vampirise" médiatiquement son action au Sahel, l'instabilité en Libye doit demeurer une priorité absolue pour les européens !
Ce pays, néanmoins très différent de la Syrie ou de l'Irak, est aujourd'hui une cible prioritaire du groupe état islamique qui compte en faire sa base arrière pour déstabiliser l'Afrique du nord. Ceci sans même évoquer la question des passeurs de réfugiés sur la côte libyenne... réfugiés qui arrivent directement sur l'île italienne de Lampedusa.

On comprend bien là que si l'Italie engage des moyens militaires, ce sera concernant la problématique libyenne plutôt que syrienne. Cela n'en reste pas moins logique, ou judicieux, à mon sens.


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