mardi 10 novembre 2015

Monarchies du Golfe, c'est la crise ! Pour l'armement français aussi ?

Les chars Leclerc émiratis sur le front au Yémen © Reuters

Dans un Moyen-Orient qui semble sombrer chaque jour un peu plus dans le chaos, deux blocs s'opposent. Pour vulgariser, nous avons d'une part l'arc chiite, et de l'autre un bloc sunnite. Ce dernier, dont font partie les monarchies pétrolières du Golfe, commence à pâtir fortement de son engagement au Yémen, et surtout de la chute du prix du brut. Indirectement, c'est la France qui risque d'y perdre. 

Le salon aéronautique Dubaï Air Show se tenait ces derniers jours dans le cité éponyme et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'est avéré pauvre en annonces.
Mis à part peut-être un contrat de 1,27 Mds de dollars pour deux avions de surveillance Bombardier Global 6000 pour les EAU, les grands de l'armement sont repartis sans coup d'éclat.

Et ceux-ci ont découvert sur place une nouvelle conjoncture, dont on n'avait pas encore réalisé (sic) l'existence en Occident.

Premièrement le pétrole donc. La chute exceptionnelle du cours du baril de pétrole en un an (aujourd'hui à moins de 50$) inquiète réellement, d'autant plus que ces bas prix pourraient perdurer des années. L'inquiétude ambiante pousse à ajuster les budgets, à tel point que certains contrats d'armement espérés de longue date pourraient voir leur conclusion retardée.

Deuxièmement, on savait déjà les pays producteurs handicapés par la chute spectaculaire des cours du brut, mais on constate en plus que le conflit au Yémen concentre toute l'attention des richissimes monarchies du Golfe, et ce chaque jour un peu plus.
Une coalition de pays arabes intervient en effet depuis le mois de mars dernier au Yémen, afin de repousser la rébellion des Houthis, ethnie chiite soutenue par l'Iran. Menée par l'Arabie Saoudite, cette coalition - sunnite donc - comprend les EAU, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, ou encore l'Egypte... et même le Maroc !


De grands contrats d'armement en stand-by ?

Or, on pourrait penser de prime abord que des pays en guerre achèteraient plus d'armement... Sauf que les bases du Golfe se remplissent depuis 20 ans de matériel occidental ultra moderne, comme les chars Leclerc français que les EAU ont envoyé au Yémen récemment.

Au contraire même, cet engagement commence à coûter cher à la coalition rassemblée derrière l'Arabie Saoudite. Cher en hommes, et très cher en matériel ! Du peu d'informations et d'images que l'on reçoit du conflit, on sait que les saoudiens ont perdu des hélicoptères Apache, des chars américains M1A1 Abrams, de nombreux blindés... et le Maroc un chasseur F-16 !

Les Houthis ont même reconquis des positions dans le sud du Yémen, à l'occasion d'une nouvelle opération pour s'emparer de la ville d'Aden. C'est ainsi que la situation, proche de l'enlisement, inquiète, en premier lieu les EAU, un pays très fortement engagé relativement à la taille de son territoire et de sa population...



Une nouvelle donne dont un autre pays sortirait comme grand perdant, sur le plan diplomatique, mais (et c'est lié) surtout commercial: la France.
Notre pays a en effet noué des relations plus que cordiales avec les monarchies sunnites du Golfe, profitant de surcroît de la politique américaine dans la région. Un exemple, le nucléaire iranien: là où les USA ont joué un rôle facilitateur, s'attirant les foudres des saoudiens, tandis que la diplomatie française était intransigeante...

Une relation de donnant/donnant - critiquable et critiquée - qui profite à notre commerce extérieur, notamment à l'aéronautique civile/militaire, et aux domaines de la sécurité/défense. L'Arabie Saoudite dépense en effet des milliards en France, tout comme le Qatar achète des Rafale, et le EAU des Mirage et des chars Leclerc.
Et justement, le EAU étaient annoncés comme le prochain client du Rafale, avec un contrat monstre de 60 appareils ! Une occasion en or pour la "Team Rafale". Mais vous l'avez compris, cela risque de prendre un peu (les négociations étant en phases finales) plus de temps que prévu pour ce fameux 4ème contrat qui était espéré avant la fin de l'année*. La concurrence (Eurofighter) y voit même une opportunité de revenir dans le dossier !

La position française serait donc fragilisée si la situation stratégique et financière de ses alliés venait à empirer (le soutien actif russe à la partie chiite n'arrange rien). Assez pour revoir sa politique dans la région ?


*Pour patienter, il faudra peut-être se contenter de l'officialisation du 3ème contrat Rafale, avec l'Inde... et ça tombe bien, selon les dernières rumeurs les négociations ont avancé tout récemment et on apprend même ce jour que François Hollande est invité à New Delhi fin janvier. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire