mercredi 18 novembre 2015

Quelle riposte militaire dans l'immédiat ?

Des Mirage sur la Une guerrière du journal propriété
de Ruppert Murdock ce lundi 

Dès dimanche, et tous les soirs depuis ce jour, la France bombarde intensément la capitale de l'EI, Raqqa, en Syrie. C'est la réponse militaire directe qu'a choisi le chef des armées François Hollande. Inventaire des options.

La lutte militaire contre Daesh, je ne vous l'apprends pas, n'est pas née ce week-end avec les attentats en France, ou même avec ceux de janvier. Il y a depuis deux ans de nombreux pays, pour la plupart coalisés autour des USA, qui procèdent à des frappes contre l'état islamique, en Irak surtout, puis en Syrie. 

A ceux-ci s'ajoute la Russie qui depuis Septembre est accourue au secours du régime de Bachar el Assad. On a reproché aux russes de s'en prendre plus aux rebelles modérés (ou du moins hors Daesh) qu'à l'EI, chose qui semble maintenant changer puisque le Kremlin a - enfin - reconnu que c'est bien un attentat qui a frappé l’Airbus russe en Egypte fin octobre.

Bref, si la lutte semblait se dérouler "mollement" aux yeux du monde, depuis Paris, tout a changé. France, Russie, et Etats-Unis sont ensemble passés à la vitesse supérieure, oubliant pour le moment leurs différends diplomatico/stratégiques.

Mais concentrons nous sur les moyens et options françaises pour le moment.


Les frappes aériennes

2 Rafale de l'Armée de l'air au dessus de l'Irak en 2014

Chaque soir depuis dimanche, 10 chasseurs français, Rafale et Mirage, survolent et bombardent la capitale de l'EI, Raqqa, à grand renfort de drones américains (+1 britannique). Dès qu'ils laissent le ciel libre, ce sont les russes et leurs bombardiers stratégiques qui les relèvent.


Ceci est LA réponse française aux attaques du "vendredi 13", la réponse qui doit montrer à Daesh et au monde que la France ne se laissera pas faire. Très bien. La presse ultra conservatrice américaine applaudit (photo en Une). Mais quels sont les réels effets ?

La France bombardait l'EI en Irak depuis 2014, puis la Syrie depuis peu, en choisissant toujours avec précaution ses cibles. A vrai dire, ce que nos avions cherchaient, c'était surtout du renseignement.
Alors va-t-on continuer à frapper tous les soirs, à ce rythme. Non il faut un objectif clair, une stratégie. De ce que l'on sait, Raqqa est en train de se vider, l'électricité et l'eau y sont coupés. A voir si cela impactera les capacités de Daesh.

Notons également que quelques jours avant les attaques de Paris, l'Armée de l'air a détruit un terminal pétrolier, afin de viser l'un des nerfs de la guerre, le pétrole (qui rapporte du cash). L'idée est intéressante. Et c'est une stratégie que la Russie annonce aujourd'hui même vouloir suivre désormais.


Le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle



Le PA-CDG, navire amiral de la Marine Nationale, a appareillé ce matin depuis Toulon. Direction la Méditerranée Orientale. Ses 18 Rafale M et 8 Super Etendard rejoindront la force de frappe aérienne déjà en action. Les capacités françaises vont donc tripler, ce qui permettra de mettre toujours plus de pression sur l'ennemi.

Le déploiement du Charles de Gaulle était prévu de longue date, mais pas dans cette configuration de guerre de haute intensité. Il est ici au maximum de ses possibilités d'emport.

A ses côtés, dans le groupe aéronaval, un sous marin nucléaire, des frégates, et des navires britanniques, belges, australiens. La marine russe a de plus "ordre" du président Poutine de coopérer pleinement avec le vaisseau français.

Il faut bien comprendre ici que le porte-avions ne nous fera pas gagner la bataille. Mais outre son apport stratégique, il se présente comme le héraut de la riposte. La couverture médiatique de son appareillage était d'ailleurs mondiale aujourd'hui.


Les forces spéciales ?

Des soldats d'élite français au Sahel

Nous entrons là dans le domaine du secret et de l'hypothétique. L'emploi de forces spéciales implique une chose: Poser des hommes, et souvent les hélicoptères qui vont avec, sur le sol ennemi, et donc prendre des risques incommensurables... En particulier quand on connaît la barbarie de Daesh et sa maîtrise de la propagande dans les médias.

Ceci dit ce n'est pas impossible. La France possède un superbe outil en la matière et sait l'utiliser, comme on le constate surtout dans les années récentes.

Enfin, il est probable que des FS françaises aient déjà mis les pieds en Syrie depuis le début du conflit en 2011, pour des missions de renseignement. Mais désormais, nous parlons de riposte, de guerre ouverte, et donc de coups de force impliquant l'offensive.

Les américains, qui étaient d'abord réticents, ont usé de ces moyens dernièrement pour prendre d'assaut une prison de l'EI où étaient enfermés des combattants kurdes. Ils y ont toutefois perdu un opérateur... preuve s'il en fallait que ces opérations sont d'une dangerosité extrême.



Utiliser des drones armés ?


Un MQ-9 Reaper non armé de l'Armée de l'air au Sahel

Dans la situation actuelle, si nous étions les USA, nous pourrions déployer des dizaines de drones armés afin d'imposer une pression implacable sur les soldats et commandants de l'EI.

Malheureusement, nous n'avons pas ces moyens. Ou du moins pas encore, car il n'y aurait rien d'étonnant à ce que le pays change catégoriquement de politique en matière de drone armé et d'assassinat ciblé, et ce bien plus vite que prévu.

Cependant, même avec des moyens exceptionnels, des achats sur étagère, ou même prêts de matériels américains (le drone européen ne verra pas le jour avant 2025), bref en imaginant le meilleur des scénarios... la formation de nos pilotes prendrait des mois, voire des années.

Oublions donc cette option en ce qui concerne le court terme. A long terme elle arrivera. Selon mon humble expertise, la conjoncture favorise très majoritairement l'arrivée du drone armé dans les forces françaises (un article était prévu cette semaine, il devrait paraître ici la semaine prochaine).


Armer les ennemis de Daesh ?

De canons livrés par la France aux kurdes en août 2014

Enfin, et puisqu'une offensive terrestre en Syrie est hors de nos moyens (étant donné le contexte, nous ne sommes pas à l'abri de surprises toutefois), il convient à mon sens d'appuyer une stratégie qui a pour le moment fonctionné, à savoir le soutien opérationnel des Peshmergas kurdes.

En effet, fournir des armes lourdes et des formations aux kurdes a eu pour effet immédiat de stopper la grande offensive de l'EI à l'été 2014. Rappelez vous la bataille de Kobane. Aujourd'hui, les kurdes parviennent encore à gagner du terrain sur les forces de Daesh.
Seulement voilà, les kurdes se battent pour le Kurdistan, du coté de la frontière irakienne comme syrienne, mais n'iront pas reprendre le cœur du territoire contrôlé par l'EI pour Bachar el Assad .

S'agissant des autres groupes armés, islamistes modérés ou armée syrienne libre, l'entrée dans le conflit de la Russie, ajoutée au support iranien du régime, semblent avoir sonné, si ce n'est pas leur défaite, au moins le glas de leurs succès militaires. Et je n'évoque même pas les différents échecs des services secrets occidentaux, en particulier de la CIA, auprès de ces groupes...


Evidemment, tout ce que j'affirme ici n'est efficace que si l'on regarde cette action sous le prisme de l'immédiateté. Il est clairement établi maintenant que la solution à long terme passera par la politique, car personne, mis à part les syriens, n'ira mettre un pied - ou même une roue - à Raqqa.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire