jeudi 19 novembre 2015

Ruée de candidats vers les armées. Quels autres moyens de servir ?


C'est un phénomène qu'ont connu les USA à la suite des attentats du 11 septembre. L'intérêt pour le métier militaire est décuplé depuis les attentats. Il l'était déjà depuis les attaques de janvier dernier, mais désormais, c'est du jamais vu. 
Mais tout le monde n'aura pas l'opportunité d'intégrer les forces. De plus, il ne faut pas oublier les autres moyens de servir le pays.

Qu'on ne s'y trompe pas, la France ne devient pas une nation militariste et sécuritaire en cette année 2015. Traditionnellement, les armées bénéficient d'une forte côte de popularité parmi la population française, une opinion favorable à 80% (chiffres juin 2015) ! 
L'armée est porteuse de valeurs qui sont la rigueur, l'unité, l'entraide, le service, le combat... des valeurs qui rassurent, et provoquent donc le consensus.

Ceci dit, entre une opinion favorable et la volonté de servir dans les forces, il y a un monde. 

Mais cette semaine, c’est du "jamais vu". Les demandes reçues sur le site internet sengager.fr (recrutement Armée de Terre, pour l'Armée de l'air c'est air-touteunearmee.fr, et etremarin.fr pour la Marine) du Ministère de la défense ont triplé. Selon les chiffres officiels, ce sont 1 500 nouvelles demandes qui sont formulées, contre 500 avant les derniers attentats, soit un triplement donc. Cela arrive dans l'ensemble du territoire national, et dans certains CIRFA (bureaux de recrutement), on parle même d'affluence multipliée par 7 !!!

Et 2015 marquera l'histoire des armées, car cette année a vu la fin des grandes diminutions d'effectifs (et de budget) enclenchés dans les années 2000 et constantes depuis. Après "Charlie", pour de raisons opérationnelles, la Loi de Programmation Militaire a été revue et actualisée afin de réduire ces diminutions. Depuis lundi et le congrès de Versailles, ces diminutions sont gelées jusqu'à 2019, date de la prochaine LPM. 



De ce fait, les régiments Terre auront embauché 15 000 jeunes en 2015, contre 10 000 en 2014. Pour l'année prochaine, ce sera 16 000 recrutements.



Oui mais ! Attention à l'embouteillage

Traditionnellement, les campagnes publicitaires, plutôt nombreuses, ont un effet dopant sur les recrutements. Il faut maintenant y ajouter cet "effet attentats".

Je parle ici essentiellement de l’Armée de Terre, car c'est elle qui est la plus touchée par les changements, et aussi les différentes fluctuations en matière de ressources humaines. C'est elle aussi qui a la faveur des engagés volontaires, notamment les plus jeunes, parfois sans diplôme. 

Et en raison du profil des engagés volontaires, c'est à dire en CDD pour les trois quarts d'entre eux, l'Armée de Terre a continuellement besoin de renouvellement.

Elle aura reçu 160 000 candidatures en 2015 (contre 120 000 en 2014). A partir de là, seulement 60 000 passeront les tests d'évaluation  (physique, médicale, psychologique), et  35 000 seront déclarés aptes. Enfin, il n'en restera que 15 000 qui intégreront les forces. Autrement dit, le chiffre recherché.

L'effet attentat comme nous l’appellerons va-t-il engendrer des déceptions ? A Bordeaux, il y a deux semaines, les généraux d'Etat Major m'assuraient que ce que cherchent aujourd'hui les jeunes, c'était avant tout le "sens du service", le "sentiment d'utilité", de la rigueur, de la cohésion, et comme depuis toujours, un certain désir d'aventure, de voyage.
Or, on constate cette année que toutes les lettres ou messages de motivation commencent par ces mêmes mots: "Suite aux événements qui frappent la France..."

Alors premièrement, face à un intérêt qui croît de façon si brusque, les trois armées ne pourront jamais - et j'insiste - absorber autant de demandes. Au mieux cela leur offre un meilleur panel de candidats, qualitativement parlant.
Deuxièmement, attention à l'ascenseur émotionnel: S'engager demande quelques sacrifices et une vraie conscience des réalités. C'est d'ailleurs un problème actuel des générations "Y" et "X". En effet, nombreux sont ceux qui abandonnent avant la fin de leur contrat, pour des raisons personnelles, ou simplement par désillusion.



Alors quoi faire pour se rendre utile dans l'immédiat, et tous les jours ?

Oubliez toutes les propositions loufoques que vous entendrez, du type rétablissement du service militaire obligatoire. Les armées françaises sont entièrement professionnalisées depuis bientôt 20 ans, et c'est en cela qu'elles sont parmi les plus compétentes au monde.
C'est ainsi que leur échelle, leur format, sont calculés selon des missions et des besoins bien précis. De plus,  il faut équiper adéquatement ces hommes et femmes, ce qui avec les matériels ultra-modernes d'aujourd'hui prend du temps et de l'argent, et souvent des difficultés donc.

Le recrutement dans les armées fonctionne donc comme un gigantesque entonnoir et l'offre ne grandira pas - jusqu'à preuve du contraire - en même temps que cette nouvelle demande.

Il existe toutefois, pour patienter, plusieurs autres moyens  de servir la France en ces temps de crise.


          1 - La réserve opérationnelle

La réserve opérationnelle est composée de volontaires qui souscrivent un contrat d'une durée de 1 à 5 ans. Le recrutement se déroule entre 17 et 30 ans, et les recrues reçoivent un enseignement militaire de base. Etre réserviste implique un service de 30 jours par homme et par an. Au 31 décembre 2014, la réserve opérationnelle était composée de 54 860 personnes, gendarmerie nationale incluse.
La LPM actualisée prévoit une augmentation du nombre de réservistes des armées (de 28 000 à 40 000 réservistes opérationnels, dont 24 000 pour l’armée de terre, soit 60% des effectifs).

A long terme, c'est là que les efforts devront être faits. Comme on le répète trop souvent, la réserve en France peut largement être améliorée. C'est obligatoire, le déploiement de plus de 10 000 militaires sur le sol français dans l'opération Sentinelle nous le prouve... ce n'est pas leur cœur de métier.

François Hollande a d'ailleurs annoncé lundi une probable refonte de la réserve opérationnelle, voire pourquoi pas la constitution d'une Garde Nationale

         
          2 - Une formation au secourisme

Une possibilité prioritaire, tout simple, mais désormais vitale, est selon moi d'être formé au secourisme ! La sécurité civile assure des formations dans toute la France. Les français sont très en retard dans le domaine et c'est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.


          3 - le don du sang

Ces images vous auront sûrement marqué, dès samedi matin, lendemain des attaques, les files d'attente de donneurs étaient impressionnantes (9474 candidats samedi 14 novembre !). Et heureusement, les stocks nationaux ont suffit à traiter la crise.

Certes la demande est forte cette semaine car il faut reconstituer ces stocks, mais c'est également au quotidien, toute l'année, qu'il y a besoin de dons du sang.

Pour toutes les informations, rendez-vous sur www.dondusang.net


           4 - La réserve citoyenne

Enfin, la Réserve citoyenne de l’Éducation nationale. Lancée le 12 mai 2015, elle offre à tous les citoyens la possibilité de s‘engager bénévolement pour transmettre et faire vivre les valeurs de la République.


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