jeudi 3 décembre 2015

Feu vert pour l'exploitation (privée) des ressources de l'espace !

Un des projets de Deep Space Industries

Le président américain Barack Obama a entériné une nouvelle loi qui permettra à l'avenir aux américains (comprendre le secteur privé) d'exploiter les minerais constituant les astéroïdes. C'est là une première contradiction radicale avec la conception juridique que l'on avait de l'espace.

L'année dernière la sonde européenne Rosetta réalisait l'exploit de se placer en orbite autour de la comète Tchouri, puis d'y déposer le robot Philae. Une grande première dans l'histoire de la conquète spatiale. Depuis Philae a envoyé de nombreuses données déterminantes et arrive même encore à se réactiver ponctuellement.

On sait donc maintenant aborder un corps céleste tel les astéroïdes et comètes, et on sait surtout que ceux-ci renferment des métaux rares !  Le platine par exemple. Selon certains géologues, on pourrait trouver autant de platine dans un astéroïde que tout ce qui a été extrait sur Terre depuis l'origine de l'humanité !
D'autant plus qu'il en passe près d'un millier par an dans le voisinage de la Terre.

S'agissant de la loi américaine, le Competitiveness Act (HR 2262), il faut bien comprendre que l'on ne parle pas ici de droit de propriété - même si c'est une premier pas - mais d'exploitation. Les entreprises qui arriveront donc à atteindre ces filons auront le droit d’acquérir toutes ses ressources exploitables. "Premier arrivé, premier servi" donc !

Et dans ce domaine, deux - futurs ? - géants vont s'affronter: Planetary Resources*, dont l'un des cofondateurs et coprésidents est Larry Page, le fondateur de Google; et  Deep Space Industries*, qui mise tout sur ce marché véritablement sans limites. Son but est d'envoyer dans un premier temps des petites sondes spatiales de 25 kilos pour explorer, puis d'ici dix ans des engins de forage conçus pour l'exploitation minière.

Et nul doute que ces entreprises pourront compter sur l’émergence des lanceurs privés comme SpaceX.

Sur le blog: L'explosion de Falcon-9 ne freinera pas la privatisation du marché des lanceurs spatiaux



Comme l'Antarctique, l'espace est une propriété de l'humanité

Il s'agit bien là d'une petite révolution. Ou peut être une immense révolution. Cela, l'avenir, les siècles prochains même, nous le diront.

Car en effet, jusqu'à ce jour, l'espace jouissait d'un modèle juridique particulier, fondé en partie sur le consensus de 1967, conclu à l'origine par les USA et l'URSS pendant la Guerre Froide, et que la France a d'ailleurs signé en 1970.

Ce traité fait de l’espace une propriété universelle.

Dans les grandes lignes, le traité prévoit une liberté d'accès des Etats à l'espace extra-atmosphérique, il y interdit la mise en place d'armes nucléaires ou de toute autre forme d'arme de destruction massive, il impose aux États de prêter assistance aux astronautes, quelle que soit leur nationalité...
La Lune, qui possède son propre accord (1979) est une Res Nullus, au même titre que l'Antarctique ou les eaux internationales par exemple. Juridiquement, cela interdit à quiconque, et donc en premier lieu les Etats, de se l'approprier.

C'est pourquoi on ne parle pas encore de propriété, mais d'exploitation. Le risque serait d'ouvrir là une boîte de Pandore, source des conflits armés et économiques de demain.

Mais à ce jour, ces lointaines problématiques ne semblent pas préoccuper les décideurs américains. Pour le sénateur de Floride et candidat à la primaire républicaine, Marco Rubio«Partout dans notre économie, nous devons éliminer les règlements inutiles, qui coûtent trop cher et rendre plus facile la création d’emplois pour les innovateurs américains. […] Ce projet de loi est une victoire importante pour la côte spatiale de la Floride et pour toute la communauté spatiale.»

Il ne faisait guère de doute que le cosmos ne resterait pas éternellement vierge des ambitions commerciales des grandes compagnies. C'est un phénomène bien connu désormais: face à la contraction des budgets publics en la matière, le champ est libre pour la sphère privée. Grâce à l'innovation, l’allègement des lanceurs et des satellites par exemple, ces activités sont désormais à la portée de ces acteurs. D'autant plus que la récompense a de quoi attiser les appétits...


On semble donc se diriger vers une nouvelle ruée vers l'or. A une autre échelle cependant, car l'espace a pour lui son infinité. Mais c'est peut être aussi ce que pensaient les premiers colons du nouveau monde...


*Je vous invite à aller visiter les sites internet des deux compagnies. Leurs concepts sont réellement novateurs et touchent même parfois à la science-fiction.


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