lundi 18 janvier 2016

A Ouagadougou, les forces spéciales françaises en 1ère ligne. Encore...

Forces spéciales françaises vendredi 15 janvier à Ouagadougou

L’attaque terroriste qui a fait 29 morts, selon un bilan provisoire, vendredi soir à Ouagadougou, au Burkina Faso, a vu pour la seconde fois en moins de deux mois l'intervention directe des forces spéciales françaises, et ce dans l'urgence, en zone urbaine, et devant la presse internationale... Mais est-ce bien ici leur rôle ?

Comme à Bamako, le 20 novembre dernier, ce sont finalement les opérateurs des forces spéciales françaises qui ont réglé la crise tard dans la nuit à "Ouaga", officiellement en soutien des soldats burkinabais. Dans l'hôtel Radisson Blu de Bamako les Commandos marines avaient donné l'assaut, vendredi il s'agissait a priori des bayonnais du 1er RPIMa (NB: "pas que" me signale t-on). 
Comme au Mali, ils étaient accompagnés de quelques membres des FS américaines (Delta Force sûrement, les témoignages divergent pour le moment). Et comme au Mali, ce sont les occidentaux qui étaient visés au Splendid.

Ce vendredi, l’assaut a finalement été donné vers 2 h du matin et s’est terminé à 6 h 30. Aucun blessé parmi les commandos français, américains, ou burkinabais.

L'Etat Major des armées a alors réagi assez largement depuis samedi matin, en communiquant sur l'intervention des forces spéciales françaises - chose rare - et sur le succès de cette dernière (voir analyse ici sur le blog de Guerres & Influences), jusqu'à même ce dimanche où l'Armée de terre utilisait l'opération pour faire sa promotion.


Outre ce qu'on appellera désormais dans la blogosphère le "couac de la cagoule" (les opérateurs français - et américains - sont apparus devant les photographes à visage découvert et l'EMA a dû intervenir auprès des médias pour que des photos déjà publiées soient floutées... mais le mal était fait), cette nouvelle intervention française dans une capitale africaine pose plusieurs questions....

Bien évidemment la première qui vient à l'esprit est qu'en est-il des forces de sécurité locales ? On se rappelle comment l'armée malienne s'était effondrée en 2012 devant un ennemi qui ne semblait finalement pas si impressionnant. Depuis, plusieurs programmes de formation ont été lancés, par les européens et les américains.
Pourtant rien ne semble avoir changé... Et si ce sont les forces spéciales du dispositif Sabre qui ont agi à chaque fois, à Bamako le 20 novembre, le GIGN avait été appelé et était même en route depuis la France !

Deuxièmement, est-ce le rôle de nos forces spéciales d'agir dans des opérations de libération d'otages à l'étranger ? Ces interventions n'étaient évidemment, de par leur nature, pas planifiées et relèvent donc de l'opportunité. Français et américains ont répondu à une demande d'assistance... et si l'on se réfère au paragraphe précédent, étaient visiblement les mieux à même d'opérer.

Justement, le 15 janvier, une vidéo présentait le CTLO du 1er RPIMA
La Task Force Sabre: Qu'est ce que c'est ?
"Sabre" est un dispositif du COS (commandement des opérations spéciales) présent au Sahel depuis 2008. D'abord en Mauritanie, puis au Niger... pour finalement s'étendre à tous les pays du "G5 Sahel" avec Serval en janvier 2013. C'est également à ce moment là que les moyens de la TF Sabre ont quasiment doublé. Elle rassemble aujourd'hui près de 450 hommes, intégrés dans l'opération Barkhane. Le QG de Sabre se trouve justement à Ouagadougou, au Burkina.

L'échec de Barkhane ?

En réalité, le fait que par deux fois le combat ait été amené en ville, avec pour cibles les ressortissants étrangers, montre une évolution notable de la situation sécuritaire au Sahel. L'échec de l'opération Barkhane, principale OPEX française (qui avait disparu des médias en 2015 au profit du conflit Syrie + Irak) rassemblant presque 4000 hommes et couvrant un territoire grand comme l'Europe ? L'échec non. Ses limites, clairement.

Les opérations Serval puis Barkhane ont largement réduit les capacités des djihadistes, et alors que les yeux étaient braqués sur le sud de la Libye, on redécouvre ces derniers dans les villes, autrefois épargnées !
Un peu le syndrome de la ligne Maginot pour les soldats français, qui s'évertuent à pourchasser des fantômes dans le désert, et se retrouvent maintenant avec un ennemi qui agit dans leur dos contre des civils. Attention à l'impact sur le moral.

Une nouvelle phase semble débuter dans la région. Les attaques de Bamako, puis maintenant Ouagadougou, ont toutes les deux été revendiquées par Al-Mourabitoune et Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Ces deux organisations rivales ont annoncé leur rapprochement en décembre 2015.

Les fronts se multiplient, et le risque est que la fatigue s'installe, même chez nos si chères forces spéciales.


Diaporama des photos d'opérateurs français et américains.
Cliquez pour agrandir.





Les forces burkinabaises, soutenues ou en soutien ?

PS: Burkina Faso toujours, au même moment vendredi, dans le nord du pays, deux octogénaires australiens disparaissaient. Nous avons maintenant la confirmation qu'ils sont aux mains du groupe AQMI. Le retour des enlèvements, si fréquents avant l'opération Serval  ?


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire