jeudi 14 janvier 2016

La BA 106 de Bordeaux/Mérignac, prochainement «Smart Base» ?

La base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac, qui jouxte l'aéroport.

La base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac fêtera ses 80 ans en 2017. Forte de 3200 personnels, c'est une enceinte interarmées, plateforme, opérationnelle, état-major... toutes ces raisons justifiant l'étude du passage au format/concept de « Smart Base ».

Ce mercredi 13 janvier était l'occasion pour le Colonel Christophe Michel, commandant de la BA 106, de présenter ses voeux à la presse accompagné des chefs de groupement. L'occasion également de rappeler les missions et engagements des personnels de Mérignac, ainsi que l'agenda à venir.

Car la BA 106, si elle demeure peu médiatisée, absence d'escadron de chasse oblige, concentre un nombre impressionnant de groupements:

  • Le Commando Parachutiste de l'Air n°30,
  • La SIMMAD (maintenance aéronautique),
  • Le GAAO (groupement aérien d'appui aux opérations),
  • Le GAIA (groupement aérien des installations aéronautiques),
  • L'Escadron de transport 43 "Médoc",
  • Le CMCC (centre militaire de coordination et de contrôle),
  • Le GAA (groupement d'appui à l'activité),
  • La Musique des Forces Aériennes de Bordeaux,
Le GAAO en 2013 au Mali
  • Et enfin, je le mets à part, le Commandement des Forces Aériennes

Inutile donc de préciser que les militaires - pas forcément aviateurs, la base comporte 200 marins et une centaine de pax de l'Armée de terre - de la BA 106 sont de tous les engagements, y compris sur le territoire national puisqu'ils participent au dispositif Vigipirate à Bordeaux, en renfort à Toulouse, et également la mission Sentinelle à Paris.

Je ne précise pas plus ici les missions spécifiques de différents groupements, il faudrait en effet plus qu'un article, et vous pouvez justement les trouver dans de précédents posts sur le blog. S'agissant des OPEX, on rappelera néanmoins la présence du CPA 30 sur tous les théâtres pour la mission SAR (Search and Rescue), ou celle du GAAO à Madama au Niger et en Jordanie.

Mais outre les opérations extérieures, ou intérieures, la BA 106, c'est aussi une enceinte intégrée à l'aéroparc de Mérignac, une enceinte de plus de 3000 personnels, accompagnés de 2500 familles... tout un écosystème qui s'intègre en totale osmose avec celui de la proche banlieue ouest-bordelaise.


Une Smart Base, qu'est ce que c'est ?

Comme toutes les bases aériennes françaises, la BA 106 est désormais au format " Base XXI" (Base aérienne du 21e siècle) dont l'objectif était à son lancement de renforcer la performance opérationnelle, avec notamment une ouverture vers les partenaires que ce soit les autres ministères (c'est le cas chaque été à Bordeaux où stationnent des Canadair de la Sécurité Civile), les industriels, ou le monde universitaire...

Mais certains veulent aller encore plus loin: c'est le concept de "Smart Base", tout droit importé des USA. Actuellement mis en place et testé sur la BA 105 d'Evreux, ce format entend intégrer les nouvelles technologies, innovations, notamment celles liées aux objets connectés, qui pourraient améliorer la capacité opérationnelle d’une base tout en l’ouvrant davantage vers l’extérieur, et donc le monde civil, pour renforcer le lien armée-nation de façon naturelle.

Le CPA30, groupe commando de la base, la quittera probablement en 2017

Et Bordeaux/Mérignac présente un profil presque idéal, à tel point que des études sont déjà en cours et que militaires et élus - on est sur la 6ème circonscription de Marie Récalde - se rencontreront très prochainement pour juger de la viabilité du projet.
Parmi les réalisations déjà en bonne voie, une application de covoiturage destinée aux militaires des deux bases aériennes du département, la BA 106, et la BA 120 de Cazaux qui accueille ne l'oublions pas 2700 personnels. Autres idées, un restaurant, un cinéma, une crèche, mettre à disposition les installations sportives (la base est déjà impliquée depuis des années dans les événements sportifs locaux !) ou éventuellement ouvrir les pistes au fret civil... nombreuses sont les possibilités imaginables.


Quelques limites cependant 

En effet, économiques premièrement. Sur la base d'Evreux, un incubateur pour start-up a été mis en place, chose qui serait inutile, et même contre-productive à Bordeaux, agglomération qui possède déjà ses clusters, incubateurs, et principalement dans les domaines numériques et aéronautiques. Sachant également que la base accueille déjà deux salons qui ont le vent en poupe, UAV et ADS Shows dont les prochaine édition se tiendront à la rentrée 2016.
De plus, la Smart Base est un concept américain, pays où les bases aériennes peuvent comprendre jusqu'à 20 000 personnels ! Pas sûr qu'avec des effectifs 10x moindres, on puisse attendre les mêmes retombées économiques chez nous...

Deuxièmement, la sécurité bien sûr. Le contexte actuel n'aide pas à l'ouverture, et j'en veux pour preuve les sacs de sable à l'entrée de l'enceinte et les futurs travaux "assez lourds" qui viendront réaménager les accès à la base aérienne. « C'est certain, il faudra changer les comportements », m'assure le colonel Michel.

Autre problème, inattendu celui-ci qui tend plutôt vers des causes touchant aux RH. La BA 106 abritant par exemple des structures de commandement, la principale et non des moindre étant le CFA et ses 800 personnels, elle comporte un fort taux d'officiers, avec une carrière, de hautes qualifications, et donc conséquence directe un certain âge. Pour faire simple, il y a peu de jeunes recrues sur la base aérienne 106 !
Et ceci implique le plus souvent une famille, moins de mobilité, ou des horaires aléatoires en raisons de responsabilités importantes... Une problématique pas si anodine quand on désire ouvrir la base ou tout simplement faire tourner un service de covoiturage.


Lieux emblématique de ce poumon de l'aéronautique militaire qu'est l'ouest bordelais, la BA 106, forte de sa vitalité et avec son projet de "Smart Base" dans les cartons, a de quoi apporter encore longtemps sa contribution au dynamisme de l'agglomération. 

PS: le musée aéronautique de la base, qui dispose de modèles uniques comme le Mirage IV se cherche un nouvel écrin... A bon entendeur !

La BA 106 c'est aussi beaucoup d'histoire, avec les Mirage IV des FAS

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