vendredi 22 janvier 2016

La Russie a-t-elle mené une mission de guerre robotisée en Syrie ?


Plusieurs témoignages laissent entendre qu'une unité de combat robotisée mise en oeuvre par la Russie a récemment appuyé une offensive des forces loyalistes en Syrie. Plus que la technologie, c'est l'envergure qui surprend. Un pas décisif dans la robotisation du champ de bataille ?

Cela n'a echappé à personne que la Russie est revenue sur le devant de la scène, non seulement sur le plan géopolitique, mais aussi - et c'est bien sûr intrinsèquement lié - sur plan militaire. D'abord en Ukraine "non-officiellement", puis en Syrie cette fois ci sans pudeur (et même dans un ballet médiatique digne des plus grandes heures de l'armée américaine), où elle exploite ses derniers armements pour venir en aide au régime de Bacher el Assad.

Et c'est ainsi qu'on apprend avec détails, ici grâce au chercheur en mathématiques Thierry Berthier, qu'une unité de combat robotisée a pris part à une opération militaire et a même directement contribué à reprendre une zone tenue* par le groupe "État Islamique" (EI/Daesh) près de Lattaquié, où se trouve d'ailleurs la principale base russe en Syrie.

Ce groupe de combat aurait été constitué de: 

  • 6 robots Platform-M
  • 4 robots de type Argo,
  • Des mini drones aériens d'observation.
Argo, lourd d'1 Tonne et capable de tirer à la mitrailleuse ou grenade

Si l'on en croît l'article précité, les robots, commandés à distance par des opérateurs russes ont mené l'offensive afin de débusquer les djihadistes. Ces derniers ont, par réflexe, dévoilé leur position en tirant sur ces curieux assaillants.
C'est alors que les machines et leurs opérateurs ont pu détecter l'origine des tirs (ce genre de système est employé dans les armées modernes depuis les années 90. Ex: l'anti-sniping à Sarajevo) et  ainsi répliquer lourdement.
Enfin, les soldats de l'armée syrienne sont intervenus pour sécuriser la zone.

Bilan: une offensive couronnée de succès, avec peu de pertes (4 blessés), et "plusieurs dizaines de combattants de l'EI tués lors de l'assaut". Combien de vies humaines aurait coûté une telle mission contre une place fortifiée en zone urbaine dans une situation classique ? Sans parler de l'impact moral sur l'adversaire...

Evidemment, tout cela paraît idyllique et plaiderait presque pour un emploi massif de la méthode. Mais ne vous détrompez pas, les systèmes cités comme le Platform-M, présenté en grande pompe cet automne, ne demandaient que l'occasion d'être employés.
Ces "robots", lourdement armés, ne sont pas à proprement parlé autonomes puisque des techniciens sont toujours dans la boucle et valident les ordres de tir par exemple. On est encore très proche du simple drone mais les russes comptent leur attribuer une autonomie croissante, pour toujours plus d'efficacité au combat.

Le robot Platform-M armé de grenades anti-char et d'une mitrailleuse

Les systèmes létaux autonomes: l'avenir de la Russie ?

Sur le plan industriel et stratégique, on sait la Russie particulièrement intéressée par la robotisation du champ de bataille, et pas vraiment embarrassée de considérations éthiques avouons-le.
Dans cette optique, elle bénéficie des formidables acquis en ingénierie et robotique que lui ont apporté la Guerre Froide et la conquête de l'espace. Les essais fructueux du système d'intelligence artificielle Unicum semblent démontrer que les russes se placent d'emblée dans la roue des américains. A ce titre, là où les USA se sont imposés dans l'imaginaire collectif avec leurs drones Prédator et Reaper, la Russie a t-elle la volonté d'afficher ses "mini-chars" comme portes-étendards ?

Et si l'on écoute les déclarations sur le sujet, l'idée d'autonomie est largement mise en avant, contrairement aux occidentaux qui eux favorisent pour le moment la doctrine du contrôle humain final et systématique.
On évoque même à Moscou la possibilité de "droniser" la prochaine génération de chars lourds...


Nous en savons donc relativement assez peu sur cet événement, en attendant éventuellement un jour un RETEX. Il est néanmoins tout à fait probable que la Russie emploie de tels robots de combat et/ou drones aériens en Syrie. Demeurent évidemment les questions d'ordre juridique ou éthique, et les inquiétudes concernant les victimes civiles potentielles... mais nous sommes  probablement d'ores et déjà devant le conflit armé le plus "robotisée" de l'histoire. 

Aujourd'hui, c'est déjà demain. 


*Je n'ai pas pu vérifier cette information selon laquelle l'ennemi traité était bien Daesh et non pas un autre groupe rebelle. Les informations distillées par les Etats Majors russes sont en effet assez... vagues.


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