mardi 5 janvier 2016

SpaceX frappe fort en récupérant son lanceur. Quid des européens ?


La fin 2015 aura été marquée par un exploit retentissant. Le 21 décembre, SpaceX réussissait enfin - après deux essais infructueux - à récupérer entier son lanceur spatial Falcon 9 à son retour de mission. Une première qui ouvre une voie nouvelle et lucrative.

Les images sont impressionnantes: 20 minutes après son décollage de Cap Canaveral en Floride, le premier étage du lanceur Falcon 9 revenait se poser verticalement à la manière de la célèbre fusée de Tintin !
C'est l’équivalent d’un immeuble de 14 étages qui a "délicatement" atterri sur sa plate-forme après une chute à 1 300m seconde.

Pendant ce temps, 11 satellites étaient mis en orbite par le second étage de Falcon 9. 

L'idée vous l'aurez compris est de faire des économies. En récupérant et réhabilitant le matériel qui équivaut à 50 % du coût du lanceur, l'espoir est de pouvoir réaligner sur le pas de tir le même lanceur sur des périodes relativement proches, quelques mois.


Problème: le reconditionnement justement. On ne sait pas à ce jour, ni combien de temps il prendra, ni combien cela coûtera. Mais l'expérience américaine de la navette spatiale, dont la nature première était d'être réutilisable, démontre que l'opération ne sera probablement pas si rentable qu'on le rêve chez SpaceX.

De plus, le lanceur Falcon 9 doit consommer 40 tonnes d’ergols, son carburant, pour que le premier étage redescende intact. 40 tonnes donc qui ne vont pas dans la propulsion et limitent de ce fait le poids d'emport.

Néanmoins, la firme d'Elon Musk a prouvé au monde entier que cet exploit était réalisable, et c'est déja un nouveau un bénéfice pour l'image de marque de SpaceX, qui démontre une fois de plus son rôle pionnier. 


Airbus aussi a ses plans

Si comme nous venons de le voir la récupération du lanceur est une idée prometteuse quoiqu'imparfaite, suffirait-elle à donner un avantage significatif sur la concurrence ? 

Et par concurrence il faut bien sûr entendre les russes, chinois, ou même japonais (qui comptent se lancer à l'international avec Mistubishi), mais évidemment l'Europe avec sa championne à ce jour indétrônée Ariane 5. 

Le lanceur européen domine aujourd'hui légitimement le marché des satellites, mais le temps est venu de se doter d'une nouvelle version, Ariane 6, adaptée aux enjeux de demain. Enfin demain... SpaceX et autres nous montrent que nous y sommes déjà.

On sait déjà qu'Ariane 6 sera calibrée pour être adaptable vis à vis de ses clients, avec par exemple une version à 2 propulseurs, et une autre à 4. Mais Airbus (principal contributeur) a-t-il des solutions innovantes dans le domaine de la récupération ?
Et il se trouve en effet qu'Airbus DS développe actuellement sur son site des Mureaux (Yvelines) le concept Adeline (pour Advanced Expendable Launcher with Innovative Engine Economy). Les sites de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), de Getafe (Espagne) et Manching (Allemagne), sont associés et mènent des tests en vol depuis 2010.


Le projet Adeline est très différent de celui de SpaceX, et part d'une idée à la fois simple et pourtant très originale, comme vous pouvez le voir dans la vidéo de présentation ci-dessus: récupérer le premier étage constitué du moteur, de la baie de propulsion et de l'avionique, gràce à un drone à hélices.
En vérité, c'est la partie basse elle-même du lanceur qui se transforme en drone lors de sa retombée dans l'atmosphère. 

Cette solution permettrait, si elle était appliquée par exemple à Ariane 6 dans les années 2020 une économie de 30% sur le coût de lancement. Elle bénéficie surtout de multiples avantages en comparaison du procédé utilisé par SpaceX. Les moteurs seraient réutilisables des dizaines de fois, adaptables à tout lanceur à propulsion liquide, et surtout le module s'avère extrêmement léger avec ses seulement 2 tonnes de carburant.

Une autre idée très ambitieuse étudiée par les européens est celle des "Space Tugs", littéralement des remorqueurs de l'espace. Ces modules électriques (le monde du satellite vit actuellement la révolution du tout électrique) récupéreraient les satellites en orbite basse et les convoieraient eux-mêmes ensuite là où ils se doivent de graviter. Des sortes de fourmis ouvrières spatiales pourrait-on dire.... C'est ici le gain en carburant qui est recherché.

Quoiqu'il en soit, ces solutions ne seront pas prêtes pour la mise en service d'Ariane 6, au mieux en 2020, mais les projets existent, et sont déjà bien avancés.

MAJ:

Ce mardi 5 janvier, Arianespace d'un côté, et le centre spatial français le CNES, présentaient leurs voeux et leurs ambitions devant la presse. Elles ont également salué la performance de SpaceX.

On y apprenait donc que le CNES travaille sur un futur moteur réutilisable baptisé Prométhée, et a signé le 12 novembre dernier un contrat d’études avec Airbus Safran Launchers. Prométhée, moteur à carburant liquide, aurait une poussée de l’ordre de 100 tonnes et serait conçu pour être produit à une cadence d’environ une cinquantaine par an.

Objectif 2020.


1 commentaire:

  1. Personne ne pourra stopper Elon Musk, surtout pas une agence gouvernementale avec toute la paperasse et les magouilles qui vont avec.

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