mercredi 24 février 2016

La nouvelle guerre de Libye aurait-elle commencé ?

Images de liesse à Benghazi après la victoire contre l'EI le 23 février 2016
Source Twitter

Combats, mouvements et rumeurs se multiplient ces derniers jours autour de la Libye, proclamée nouveau front de la lutte contre le groupe Etat Islamique. Une conjonction d'événements qui renforce les présomptions concernant une intervention occidentale imminente. 

J'évoquais il y a peu le possible détour par la Libye du porte-avions CDG lors de son retour programmé pour Toulon. Et alors qu'on apprend justement ce mercredi 23 février que ce dernier quitte l'opération "Arromanche" dans le golfe persique pour rentrer en Méditerranée, d'autres informations semblent indiquer que les événements s'accélèrent sur le front Libyen, où l'EI a pris ses quartiers depuis plus d'un an déjà. 

Pour dire vrai, au moment même où j'écris ces lignes, on rapporte de violents combats dans la banlieue de la capitale Tripoli. Quatre personnes ont été tuées dans des affrontements entre le groupe djihadiste Etat islamique et des combattants du conseil militaire de la ville de Sabrata. 

Or, on sait donc que l'Armée de l'air française a effectué plusieurs vols de reconnaissance au dessus du territoire libyen, grâce notamment aux mouvements des ravitailleurs C-135 visibles sur des applications civiles et publiques de surveillance du trafic aérien. L'EMA ne le nie même pas.
Un blogueur local avançait même la participation de 4 Rafale de Mont-de-Marsan, et ce à plusieurs reprises depuis début janvier. Information à ce jour impossible à vérifier, même si dans les Landes, il y a l'escadron Normandie-Niemen spécialisé dans la... reconnaissance et le renseignement.



Les forces spéciales françaises déjà en nombre dans l'est libyen ?

D'autre part, et autrement plus significatif, le lieutenant Faraj Aqeim, le chef des soi-disant "forces spéciales de lutte contre le terrorisme et la corruption", a dénoncé ces derniers jours une ingérence française, confirmant même que près de 180 soldats des forces spéciales seraient présents sur la base aérienne de Banina, près de Benghazi.
Une autre annonce de ce type avait fuité il y a peu. Vous pourrez même trouver le détail ici sur le blog de Jean-Marc Tanguy (si avéré, c'est presque effrayant de précision).

La base de Banina, près de Benghazi (Cliquer pour agrandir)

Et notre lieutenant libyen de commenter: « Ceux qui sont responsables de la venue de ces soldats français en Libye devraient reconsidérer leurs actions et tenter de corriger la situation.» Il vise ici le camp du général Khalifa Haftar, un ancien officier déchu de Kadhafi, exilé aux USA et qui avait fait son retour lors de la chute du régime. Il est depuis devenu un véritable leader politique et militaire dans l'est du pays. Ce sont ses troupes qui ont libéré les quartiers de Benghazi tenus par l'EI ces dernières heures.



Aucun commentaire - bien évidemment - du côté de l'Etat Major des Armées, même si là, c'est directement du Ministre ou même du Président de la République que l'annonce pourrait venir à terme. Si jamais activité il y avait, cela ajouterait l'action clandestine de la France à celle des troupes américaines et britanniques, largement soupçonnées d’œuvrer en Libye au soutien et à la formation des troupes du général Haftar, qui s'est apparemment imposé comme l'homme de confiance aux yeux des occidentaux.


Forte activité américaine

Et pour trouver des signes encore plus flagrants, il faut regarder du côté américain, avec par exemple une série de frappes aériennes visant un camp d'entraînement djihadiste à Sabratha, à l’ouest de Tripoli. Selon le Pentagone, le raid mené le 19 février par des F-15E de l’US Air Force depuis la Grande Bretagne (avec survol autorisé du territoire français) a empêché de nouveaux attentats en Tunisie.
On pense d'ailleurs que Noureddine Chouchane, "cerveau" à l'origine des attentats du Bardo à Tunis et de Sousse en 2015, aurait été tué dans les bombardements, ainsi qu'une cinquantaine de membres du groupe terroriste.

Aussi, il faut probablement s'attendre à une intensification de ce genre de frappes dites d'opportunité. En effet, Washington et Rome viennent de conclure un accord permettant aux drones de l'USAF (et CIA ?) de décoller et frapper depuis la base américaine de Sigonella, en Sicile. 
Cependant, « ce n’est pas une décision liée à une accélération concernant la Libye », a précisé la Ministre de la Défense italienne Mme Pinotti. « Ces frappes éventuelles seront limitées aux opérations nécessaires en dernier ressort pour la  protection des installations et du personnel américain et de toute la coalition ».

Présumés soldats des forces spéciales US en Libye. 12/2015

On se souvient qu'en décembre dernier déjà, des militaires des forces spéciales américaines avaient été aperçus sur la base de Watiya, près de Tobrouk. Leur présence avait été trahie* par le réseau social Facebook, des libyens ayant publié des photos - visages découverts - de leur arrivée.... provoquant leur rapatriement immédiat ! 

La récente action américaine a connu un fort rejet de la part des officiels libyens, étant même condamnée par le gouvernement libyen à Al-Bayda, et qualifiée de « violation flagrante de la souveraineté de l’État libyen et des conventions internationales ». Et de déplorer qu’elle ait eu lieu « sans coordination ou discussion » préalable avec les autorités libyennes.

Pour rappel, les occidentaux ont juré de ne pas intervenir sans consensus à l'ONU et surtout sans demande des autorités libyennes officielles. Sauf qu'aucun gouvernement d'union nationale n'arrive à se former sur place, et le temps presse... Le pourquoi du comment de toutes ces manœuvres clandestines ?


*A ce sujet, voir chez le collègue de Mars Attaque la problématique des opérations spéciales dans un environnement satturé de médias. En effet, il serait temps d'envisager la question.


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