mercredi 10 février 2016

La nouvelle modularité de l'hélicoptère Tigre

Un hélicoptère Tigre, avec 2 bidons de convoyage, au Mali en 2015/ EMA

Doctrine d'emploi des forces, nature du conflit armé et réalité du théâtre d'opération, ou tout simplement budget amènent souvent à la modifications des systèmes d'armes en cours de vie. Un constat que l'on peut appliquer à l'hélicoptère de combat franco-allemand Tigre.

Au détour d'une photo ou vidéo apparemment anodine, on découvre parfois un curieux détail, qui devient même intrigant, et amène à réaliser quelques déductions, qui deviendront réflexions.


L'endurance d'abord !

Les forces françaises publiaient ce dimanche 7 février la vidéo d'un hélicoptère Tigre de l'opération Sangaris en Centrafrique. Des images presque banales, si ce n'est qu'on remarque un détail intéressant:



Deux détails en fait, puisque l'on découvre d’emblée l'utilisation d'un tapis anti-poussière, mesure devenue obligatoire après la constatation des dégâts d’usure catastrophiques causés par le sable - ou l'herbe à chameaux - en Afrique sur les turbines de Caracal en particulier. Un cauchemar pour le MCO (maintien en condition opérationnelle) !

Mais je m'égare. Le détail qui nous intéresse surtout ici c'est la présence d'un bidon de convoyage sous l'ailette gauche de ce Tigre HAD.
Un tigre HAD (appui-destruction) puisqu'il est équipé sous son ailette droite de 2 missiles  anti-chars Hellfire. 2 sur 4, mais nous y reviendrons.

La conclusion est simple à la vue de ces images. On privilégie désormais l'endurance à l'emport d'armement lourd. C'est en effet la seconde fois que je constate sur des images que des missiles ou roquettes sont sacrifiés au bénéfice du carburant. La photo illustrant cet article, publiée par le Ministère de la Défense dans le courant de l'année 2015 montrait déjà un Tigre amputé de ses paniers de roquettes et de ses missiles Mistral. Seul le - redoutable - canon de 30mm reste, et sur la dernière vidéo en RCA, le canon et 2 missiles Hellfire.
De base un Tigre a une endurance d'environ 3h30 et 800 km et les bidons de convoyage allongent ce rayon à 1300 km.

Lire aussi sur le blog: Quelques pistes sur le futur NH90 Caïman des forces spéciales


Il faut tout simplement voir ici une adaptation de l'ALAT (aviation légère de l'Armée de terre) à ces opérations sur des théâtres de moyenne, voire "faible" intensité, où la présence dissuasive compte plus que l'action armée.


Un armement moins lourd... mais mieux proportionné

Alors je parle dans le titre de nouvelle modularité, mais il est surtout question de choix. Il faut savoir que le Tigre, conçu à l'époque de la Guerre Froide a bénéficié dès le départ de capacités multi-rôles: anti-char, anti-air, canon guidée de 300 mm, et des roquettes...


Les roquettes justement, peut être la piste la plus prometteuses testée à ce jour. La DGA réalise depuis 2014 sur le centre d'essais des Landes des tirs de roquettes à guidage laser (RGL) du fabricant TDA Armements SAS, filiale de Thales
Ces roquettes de 68 mm possédant un kit de guidage pèsent 8,5 kg, avec une portée d’environ 7 km. En comparaison, le missile Hellfire pèse 45 kg, a une portée de 8 km, mais est aussi beaucoup plus cher avec un coût unitaire de 70 000 $. La roquette coûterait elle trois fois moins cher... mais toutefois dix fois plus qu'une roquette classique non guidée. Sachant que le Tigre pourrait en emporter simultanément... 44 !


Si nous revenons à notre vidéo "Touch & Go" du Tigre en RCA, on constate que non seulement il sacrifie un plot de 4 missiles pour du carburant, mais également que sous son ailette gauche, il n'emporte que 2 missiles sur 4. Il faut reconnaître que le missile anti-char n'a pas la côte en Afrique, en raison surtout du manque de cibles adaptées. La cible typique en effet aujourd'hui est le 4x4 pick-up du djihadiste ou rebelle, le missile à guidage laser devient de fait surdimensionné.

C'est pourquoi, outre le canon de 30 mm et ses 450 obus, la roquette guidée devrait facilement s'imposer dans le futur. Offrant une réponse plus proportionnée face aux menaces présentes sur ces théâtres, une précision sub-métrique, et - c'est non négligeable - un avantage économique sur le missile, on peut s'attendre à la voir équiper le futur standard MK3 de l'hélicoptère Tigre, ou même le récent MK2.

Attention cependant à ne pas perdre avec la solution hybride de la roquette guidée l'effet "show of force". On l'a d'ailleurs vu au Mali en 2013, l'emploi de roquettes classiques est particulièrement efficace en matière de "Close Combat Attack".



Endurance + létalité proportionnée = toujours plus de drones ?

En additionnant ces exemples, on arrive à en conclure qu'endurance et armement proportionné sont des leitmotivs devenus bien courants aujourd'hui dans les armées et chez les industriels. Ces derniers ne s'y trompent pas dans les concepts de l'avion de chasse de 6ème génération où les mots "endurance", "autonomie" (et bien sûr "furtivité") ressortent en priorité - et ce malgré le baroud d'honneur du vieil A-10.

Une problématique encore plus flagrante en France quand on parle de la question d'armer des drones MALE, en l’occurrence nos Reaper basés au Niger. Pourquoi ne pas réaliser une frappe d'opportunité sur un convoi djihadiste depuis un drone qui était en l'air bien avant, et le restera bien après l'action ? 
Plusieurs bénéfices: d'une part on évite le coûteux déplacement d'un chasseur ou hélicoptère - rarement seul - pour un objectif à faible valeur stratégique, et d'autre part la permanence offerte par l'endurance du drone (24h pour un MALE) permet d'éviter les dommages collatéraux, puisque grâce au flux vidéo en temps réel, la prise de décision est facilité.

Lire aussi sur le blog: Le jour où la France armera ses drones


Eh bien s'agissant de notre roquette guidée citée dans le paragraphe précédent, elle est justement testée sur un drone à voilure tournante destiné à la Marine, le TANAN de DCNS/Airbus DS. Un appareil pouvant rester 10h en vol et emporter 4 roquettes guidées.
L'image de ce "drone hélicoptère" équipé des mêmes roquettes que le Tigre est symbolique bien sûr, mais elle augure peut-être d'un futur pas si lointain.


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