mardi 2 février 2016

Modern Express - Mais qui surveille le Golfe de Gascogne ?

Le Modern Express ne s'échouera finalement pas. ©Marine Nationale

Ouf ! Le Modern Express ne viendra pas s'échouer sur le littoral aquitain, plus précisément les plages des Landes. La délicate opération de remorquage du roulier qui dérivait depuis le 26 janvier dans le Golfe de Gascogne est une réussite. Mais la question se pose maintenant: la côte aquitaine est-elle sous bonne garde ?

Les conditions étaient beaucoup plus calme hier matin pour la tentative "de la dernière chance" comme on l'appelait du côté de la Préfecture Maritime de l'Atlantique. Et c'est une franche réussite ! Ce n'était pourtant pas gagné et même risqué pour les équipes de la Marine Nationale et de la compagnie privée spécialisée qui avaient pour mission de fixer une remorque (câble de remorquage) au roulier en perdition. Avant tout, bravo à eux !

Rappel: Un cargo à la dérive au large de La Rochelle. La Marine Nationale veille




Et rien ne vaut mieux qu'un communiqué officiel de la Préfecture Maritime de l'Atlantique: 


Navire de commerce en détresse dans le Golfe de Gascogne - communiqué n°12
01/02/2016

Point de situation, 1er février 2016 à 18h00
Le remorqueur Centaurus éloigne actuellement le navire « Modern Express » de la côte. Il fait route vers l’ouest à 2 nds (env 4 km/h), et se situe à 65 km de la côte.
Avant d’être remorqué, le navire s’est rapproché jusqu’à 42 km des côtes, à 11h45.
Le navire est maintenant suffisamment éloigné pour ne plus craindre d’échouage sur les côtes des Landes.
Nous avons été informés par les autorités espagnoles qu’elles ont accepté la demande de l’armateur d’accueillir le navire à Bilbao. Le convoi pourrait atteindre les approches du port mercredi matin.
Les moyens du dispositif resteront en place autour du convoi.
Moyens sur zone :
- La société « SMIT SALVAGE », mandatée par l’armateur pour faire cesser le danger, avec une équipe de spécialistes à bord d Primauguet,
- Deux remorqueurs espagnols, le Centaurus et le Ria de Vigo, affrétés SMIT SALVAGE,
- La frégate de lutte anti-sous-marine Primauguet, avec un hélicoptère Lynx à son bord,
- L’Abeille Bourbon, le remorqueur affrété par la Marine Nationale,
- Le bâtiment de soutien, d’assistance et de dépollution (BSAD) Argonaute affrété par la Marine Nationale, avec des moyens spécialisés dans la lutte anti-pollution.
Météo sur zone :
Vent de force 4 (20 à 28 km/h) Mer houleuse (houle de 3m à 3m50)

Le Modern Express est désormais en route pour Bilbao où il devrait se refaire une santé d'ici quelques temps. A priori, tout est bien qui finit bien donc...


Plus de remorqueur de la Marine Nationale dans le sud-ouest

Si vous êtes lecteur régulier de ce blog, vous aurez naturellement remarqué que sont souvent mises en avant les Armées de l'air (surtout) et de terre (forces spéciales), mais rarement la Marine malheureusement. La raison est simple, il n'y a plus d'ancrage (sic) de la Marine en Zone de Défense et de Sécurité Sud-Ouest - il y a cependant des marins dans les Etats Majors par exemple.

En effet, la dernière implantation a fermé en juillet 2015, c'était la base de l'Adour à Anglet (64). Elle comportait 2 patrouilleurs, l'Athos et l'Aramis. On pourra le regretter, mais avouons le, la zone du Golfe de Gascogne n'est plus vraiment stratégique pour la défense de la nation.
Un argument à nuancer, et comme le faisait remarquer très justement mon collège de Mars Attaque aujourd'hui sur Twitter, il n'y a plus non plus de remorqueur sur la zone !

Cliquez pour agrandir

En 2011, le retrait britannique du remorqueur Anglian Monarch du détroit du Pas de Calais obligea la France à relocaliser l'Abeille Languedoc à Boulogne-sur-Mer alors que ce remorqueur de haute mer veillait sur le Golfe de Gascogne. Depuis lors, ce dernier est resté orphelin de remorqueur.

Dans notre cas d'espèce, la dérive du Modern Express a été appréhendée par l'Abeille Bourbon, remorqueur de la Marine dépêchée depuis Brest et à qui il a fallu 19 heures pour arriver sur site.
Que l'on s'entende, le Modern Express en perdition aurait pu représenter une menace pour la côte française, une menace pour des infrastructures, une menace écologique... et il est quasiment certain qu'avec une remorqueur présent à La Rochelle comme ce fut le cas il y a des années, l'intervention aurait pu se faire dans les premières heures suivant l'appel de détresse de l'équipage.

L'Abeille Languedoc, à La Rochelle jusqu'à 2011 ©Marine Nationale

La France dispose de 4 remorqueurs de haute mer: l'Abeille Liberté basé à Cherbourg, l'Abeille Bourbon à Brest, l'Abeille Flandre à Toulon et donc l'Abeille Languedoc à Boulogne. Rien au sud de la Bretagne donc, comme si cette zone était tacitement laissée à la charge des espagnols*.

Lire aussi sur le blog: Défendre sa ZEE , et si les systèmes autonomes étaient la solution ?


Alors les côtes basques, landaises, girondines ou charentaises méritent-elles l'investissement ? Car c'est bien cela dont il s'agit, le budget manque pour assurer la surveillance continue d'une zone considérée comme moins à risque que la Manche. Les tempêtes d'hiver de ces dernières années sur la côte Atlantique auraient tendance à prouver le contraire. Avant le Modern Express, un cargo espagnol, le Luno, ne s’était-il pas échoué à Anglet lors de la tempête Petra en février 2014 ? Il serait peut-être nécessaire de se reposer la question...


*le secours en mer est aujourd'hui largement internationalisé en Europe. La preuve avec l'harmonisation des outils de surveillance en mer entre la France et la Grande-Bretagne, via le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Falmouth. C'est lui qui a traité l'appel de détresse du Modern Express mardi 26 janvier, et transmis celui-ci au Salvamento Maritimo espagnol qui s'est chargé du sauvetage des 22 membres d'équipage.


MAJ: Après une question au gouvernement à l'Assemblée Nationale de la part du Député Jean-Pierre Dufau, le Secrétaire d'Etat en charge des transports, de la mer et de la pêche Alain Vidalies, a confirmé que l'éventualité d'un remorqueur prépositionné à La Rochelle était en cours de réflexion:


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