vendredi 1 avril 2016

Défense et Poissons d'avril - 5 bonnes blagues qui n'en sont pourtant pas.


1er avril oblige, un post de blog un peu décalé aujourd'hui, à mi-chemin entre l'humour et le billet d'humeur. Revenons en effet sur quelques affaires marquantes qui ont touché ou touchent encore le monde de la Défense. Cela aurait pu être des gags... et pourtant non.

Evidemment, il a fallu faire des choix et ce "Top 5" n'est pas exhaustif. Aussi, il ne concernera que des questions françaises. Pas de moqueries sur le JSF F-35 et son programme à 400 milliards de dollars donc; sur les fameux experts des plateaux TV; le légendaire second porte-avions; ou même la mythique Europe de la Défense !
Les paragraphes seront jalonnés de liens - en rouge - renvoyant vers des articles correspondant sur Pax Aquitania ou ailleurs le cas échéant.

Allons donc !

5
« L'A400M est un avion bien né. »


Voici une phrase prononcée par le délégué général de l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon, mais que l'on a souvent entendu sortir de la bouche d'autres décideurs, aviateurs ou ingénieurs. Une accroche souvent suivie depuis environ un an d'un fatidique "mais"... L'avion de transport tactique d'Airbus DS, rebaptisé "Atlas" dans notre Armée de l'air, apporte certes de fantastiques capacités à ses acquéreurs, en premier lieu la France, mais il peine cependant à sortir d'une période assez trouble.

Premier exemple dont j'ai souvent parlé sur ce blog en raison de la "colonie" d'hélicoptères Caracal basée en Aquitaine (quasiment tous quand ils ne sont pas "ailleurs"), la capacité de ravitaillement en vol du Caracal par l'A400M. La photo illustrant ce Top montre en effet l'avion ravitaillant deux hélicoptères des forces spéciales. Il s'agit en réalité d'un photomontage du constructeur datant de l'époque où cette capacité était bien comprise dans le cahier des charges. Il s'est finalement avéré que l'avion en était incapable, ses turbines générant trop de turbulences.
Et ce n'est pas tout, le largage latéral est compliqué par les mêmes problèmes de turbulences, la DGA n'est satisfaite "ni de la production, ni du développement" et le rapport parlementaire Récalde/Marty sur le MCO appuie sur le fait que la documentation livrée par Airbus est obsolète (ce qui n'aide pas à la disponibilité des 8 appareils déjà livrés à la France).

A l'étranger, l'armée allemande lui a trouvé près de 800 défauts. Enfin, il faut malheureusement ajouter le crash d'un appareil lors de sa phase de tests en sortie d'usine à Séville, coûtant la vie de tout l'équipage.

Cet avion "bien né" vit donc une enfance pour le moins chaotique. Ce n'est ceci dit pas exceptionnel pour un programme d'une telle envergure et nul doute que l'avenir sera plus calme pour l'A400M.

A titre personnel, je trouve que l'A400M Atlas est un magnifique appareil qui saura tout à fait - à terme - rendre les services que nous attendons de lui. La France devrait en recevoir une cinquantaine si tout va bien, ce qui révolutionnera largement ses capacités de projection.


4
Le budget de la Défense est trop élevé


Je passe rapidement sur ce qu'on appellera une aberration idéologique. La Défense coûterait trop cher à la France, elle est pourtant loin derrière les intérêts de la dette. Il faudra de plus que les défenseurs de cette thèse demandent aux hommes et femmes sur le terrain si ces derniers trouvent les crédits d'équipement satisfaisants et surtout suffisants pour assurer leur propre sécurité.

Sécurité toujours, celle des français donc. Les attentats ont eu pour effet de provoquer une réactualisation de la Loi de Programmation Militaire, budgets supplémentaires et fin des réductions d'effectifs - drastiques depuis 2008 - à l'appui. 
Il est bien malheureux que de tels événements soient à l'origine de cette prise de conscience tardive. Comme si la menace d'une guerre s'était éteinte en 1990 avec l'URSS.

A noter que des voix s'élèvent maintenant chez les parlementaires, à droite comme à gauche, pour un budget de la Défense avoisinant les 2% du PIB (environ 1,7% actuellement).


3
L'histoire d'amour ratée entre la France et les drones

La France et les drones militaires, cela aurait pu être une belle histoire, une très belle histoire même. Seulement voilà, politiques, militaires, industriels n'y ont pas cru, pendant que de l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis misaient eux de plus en plus sur ces systèmes, armés ou pas.

Et l'on commençait à peine à se réveiller quand vint le drame d'Uzbin en août 2008. La France perdit 10 hommes dans cette embuscade des Talibans en Surobi. Des hommes mal équipés, et surtout manquant de couverture aérienne. Un drame qui selon les experts aurait pu être évité si les troupes au sol avaient eu pendant leur progression la moindre idée des mouvements ennemis sur les crêtes qui les surplombaient.

Depuis c'est le branle-bas de combat. La France s'est bien sûr fournie en drones MALE américains MQ-9 Reaper, et signe aujourd'hui même un contrat avec Safran pour des Patroller destinés à l'Armée de Terre. 
De plus, la machine est lancée pour un programme MALE européen d'ici 2025, et un drone de combat franco-britannique, le FCAS, à l'horizon 2030. On restera au final dubitatif devant le fait qu'avec un telle industrie aéronautique, nous ayons pris presque deux décennies de retard...

Ah oui, attention: non le drone n'est pas un robot tueur autonome, et non le drone de combat ne remplacera jamais le pilote de chasse et son avion.

2
Le bashing franco/français du Rafale


Ah le Rafale ! Peut-être actuellement l'un des plus beaux porte-drapeaux de la France sur le plan stratégique. On ne le répétera jamais assez, un avion de chasse aujourd'hui, c'est un outil  militaire comme diplomatique. Et 2015, c'est trois contrats export pour le Rafale de Dassault Aviation (2 signés avec l'Egypte et le Qatar, 1 "annoncé" en Inde). 2015, c'est aussi une presse française dithyrambique sur ce joyau industriel, cette fierté nationale. Je n'invente rien !

Sauf que... c'est loin d'avoir toujours été le cas. Programme lancé en 1988, le  Rafale a été jugé tour à tour "trop cher" (programme = 43 milliards €), "invendable", "dépassé', ou encore comme un "mauvais avion". Ses échecs - pour des raisons plus politiques que techniques - à l'export dans les années 2000 en Corée, Maroc, Brésil, ou Pays-Bas ont enfoncé le clou... Les détracteurs pouvaient alors jubiler.


Mais le vent finit par tourner et le Rafale est maintenant reconnu mondialement comme ce qui se fait de mieux dans sa catégorie (la génération 4+). Le programme Rafale, c'est de l'aéronautique de pointe et 7500 personnes impliquées. Un chasseur qui de plus possède une marge de progression énorme.

Aujourd'hui, on recommence à critiquer le Rafale, mais sur sa clientèle peu regardante sur les libertés individuelles. Une autre problématique. Sur le plan industriel en revanche, la mode est désormais de se moquer du F-35 américain. Chacun son tour !


 1
 Louvois.

En première place pour finir, le logiciel de paiement des soldes "Louvois". Pardon, le scandale Louvois !

Lancé en 2011, le logiciel Louvois s'est très vite révélé être un désastre complet: retards de paiements, ou trop-perçus (350 millions d'euros à restituer !), des milliers de familles de soldats se sont retrouvées en difficulté financière. Devenu à la fois la honte et la hantise du Ministère de la Défense, Jean-Yves Le Drian fit du règlement du scandale Louvois la priorité de son mandat.

Le logiciel coûte chaque année entre 150 et 200 millions d'euros au Ministère de la Défense, et continue de faire des dégâts aujourd'hui.

Louvois sera remplacé par le logiciel "Source Solde", conçu par Sopra-Steria. Un marché à 128 millions d'euros tout de même. 
La Version 1.1 a été livrée le 22 mars 2016 pour les premiers tests. Le déploiement de Source Solde sera étalé de 2017 à 2019 (Marine, puis Terre, puis Air). Sueurs froides à prévoir.

Illustration trouvée sur armee-media.com

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