vendredi 15 avril 2016

Mort de trois soldats français au Mali. Mais où est donc le blindage ?


Ce mardi 12 avril, on apprenait qu'un soldat français perdait la vie au Mali après que son véhicule, en tête de convoi, ait sauté sur une mine. Malheureusement, le lendemain, deux autres militaires blessés dans l'explosion succombaient à leurs graves blessures. Ce bilan de trois victimes simultanées est le plus important depuis 2008, et pose la question de la protection face aux explosifs.

Photo de Une: Un blindé Aravis ouvre un convoi français en Afghanistan en 2010. Crédits ECPAD.


Mickaël Poo-Sing, Damien Noblet et Michael Chauwin, du 511e régiment du train d'Auxonne, en Côte-d'Or, ont trouvé la mort mardi 12 avril 2016 entre Kidal et Tessalit, dans le nord Mali, alors qu'ils occupaient le VAB (véhicule de l'avant blindé) de tête d'un convoi logistique d'une soixantaine de véhicules. Le blindé a explosé sur une mine antichar, provenant semble-t-il des stocks libyens [MAJ] une bombe artisanale de 60 kg. 

Aussi, mercredi prochain, un hommage de la Nation aux trois soldats sera rendu dans la cour des Invalides à Paris. La cérémonie sera présidée par François Hollande en personne. A noter qu'avant cette cérémonie, le traditionnel passage sur le pont Alexandre III permettra au plus grand nombre de saluer les dépouilles de ces trois jeunes militaires.


Si l'intervention au Mali (opération Serval) et l'opération Barkhane qui suit depuis dans la bande sahélo-saharienne sont d'indéniables succès sur le plan militaire, il ne fait pas de doutes malheureusement que la situation n'est pas tout à fait pacifiée. D'une part des opérations de contrôle et d’interception des GAT (groupes armés terroristes) ou trafiquants sont régulièrement menées dans le nord du Niger. Ce sont celles-ci qui attirent aujourd'hui le feu des médias.
D'autre part, au Mali, où est concentré un nombre non négligeable des troupes françaises mais aussi de l'ONU (la MINUSMA est à 95% de son potentiel, environ 10 000 hommes), les combattants des groupes terroristes Al-Mourabitoune ou Ansar Dine, se montrent encore très actifs. Leur mode d'action est désormais la guérilla avec un recours très important aux mines et autres engins explosifs improvisés, les fameux IED.

Depuis août 2015, près d'une dizaine de véhicules de l'armée française auraient sauté sur des mines ou des engins explosifs artisanaux. Un soldat des forces spéciales avait même été tué à Kidal après l'explosion de son véhicule de patrouille.

Nous serions donc revenus dans une guerre asymétrique comme nous l'avons connu en Afghanistan où la France a perdu 90 hommes ?

Je n'irai pas jusqu’à comparer l'intensité de ces deux zones de conflits. En Afghanistan la menace IED était bien plus importante et les accrochages avec les talibans permanents. Après l'embuscade d'Uzbeen en août 2008 (10 morts coté français), une impulsion avait été donnée pour renforcer les moyens d'attaque et surtout de protection de l'Armée de Terre, largement déficitaires. Ce sont par exemple les kit RPG-net sur les VAB, les blindés Aravis ou Buffalo pour les démineurs, où le "système d'ouverture d'itinéraire miné", un impressionnant véhicule (quelques photos en fin d'article).


Six Aravis en route pour le Sahel

Et pour Barkhane donc ? Pas vraiment non. Ces véhicules surblindés, et donc allourdis, n'ont jamais été envisagés au début de l'opération, dans laquelle prime la mobilité.
Mais devant la recrudescence des embuscades à l'IED, l'Etat Major des armées a tout récemment décidé de renforcer la protection des équipes EOD (explosive ordinance disposal/ les démineurs !) par l'envoi de six Aravis, pour relever les VAB justement.

Problème, ces Aravis, qui sont à ce jour les seuls MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) made in France, l'Armée de Terre en dispose en tout et pour tout d'une quinzaine au sein du 13e Régiment du Génie... Contre 4000 VAB. Le calcul est malheureusement vite effectué.

Maigre consolation, 200 VAB sont en cours de modernisation chez RTD, nous l'évoquions la semaine passée. Ceux-ci, les derniers à sortir de l'usine de Limoges, sont notamment renforcés au niveau du châssis et bénéficient de moyens de détections avancés. Ils sont baptisés "ULTIMA Génie".

À noter que le problème est le même à la mission de l'ONU, où il y a un énorme déficit capacitaire en matière de transports de troupes protégés.


Attendre la prochaine génération de blindés

Que faire alors ? Détection et protection sont les maîtres mots et heureusement, la prochaine génération de véhicules de transports blindés est en marche, grâce au programme SCORPION. Nos 4000 vénérables VAB seront en effet remplacés à partir de 2018 par le EBMR (engin blindé multi-rôles) Griffon, bientôt fabriqué chez RTD à Limoges.


Ce blindé multi-rôle se veut totalement adapté aux conflits modernes. Il sera en ce sens équipé des dernières technologies de protection et de détection. Réellement une nouvel ère en terme de blindage.
Et de 2018 à 2033, le groupement d’entreprises Nexter/RTD/Thales devra livrer 1.668 Griffon à l'Armée de Terre. Des véhicules que l'on s'attend à voir très rapidement en opérations dès lors (rien en revanche s'agissant des actuels 4x4 VBL qui eux sont censés durer une décennie de plus. Ils sont pourtant tout aussi régulièrement victimes des IED. Avec les mêmes dommages).

Le Griffon n'a pour le moment été vu qu'en "hologramme" lors de sa présentation, ou en maquette. Sûrement faut-il s'attendre à une présentation conjointe des constructeurs  sur le stand du Ministère de la Défense lors du  salon européen de l'armement terrestre, Eurosatory, dont la prochaine édition se déroule en juin 2016. Cela ne pourrait pas mieux tomber...



Quelques équipements spécialisés de l'Armée de Terre

2010, dans la vallée de Jagdalay au sud du village de Yakha China une cache de munition est découverte grâce à un contact local. L'élément opérationnel de déminage (EOD) sécurise la zone - Crédits : SIRPA Terre/ADJ A. Karaghezian
le 1er régiment de chasseurs (1er RCA) de Canjuers a effectué une mise en œuvre du système de leurrage massique mécanique et infrarouge (LEMIR) - Crédits : SIRPA Terre/SCH F. Raisin
Le système d’ouverture d’itinéraire miné (SOUVIM) en 2010 dans la vallée de Tagab.
Crédits : SIRPA Terre/ADJ A. Karaghezian
Exercice d'ouverture d'itinéraire : le système d’ouverture d’itinéraire miné (SOUVIM)  
Crédits : SIRPA Terre/CCH J-B Tabone
Déplacement du convoi du détachement d'ouverture d'itinéraire piégé (DOIP) du 13e régiment du génie (13e RG) de Valdahon composé ici de véhicules blindés hautement protégés (VBHP) Aravis et d'un Buffalo 
Crédits : SIRPA Terre/CCH A. Dumoutier
Le Buffalo et le système de leurrage massique, mécanique et infrarouge (LEMIR) lors d'une extraction d'explosif 
Crédits : SIRPA Terre/CCH J-B Tabone



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