mardi 31 mai 2016

Casques bleus. Le désenchantement ?


Le 29 mai, le monde célébrait la "Journée internationale des casques bleus", dans une indifférence assez générale il faut le dire. Pire, ces missions de maintien de la paix onusiennes se font aujourd'hui le plus souvent remarquer pour leurs méfaits et non plus pour leurs réussites... 

Alors que je découvrais - ou plutôt redécouvrais - l'existence de cette manifestation instituée par les Nations Unies en 2002 afin de rendre hommage à tous les hommes et à toutes les femmes (plus d'un million !) qui ont servi dans des opérations de maintien de la paix dans le monde entier, le résultat d'une simple recherche sur internet était assez lourd de sens: quasiment aucun article publié dans les grand médias, hormis par RFI... ce dernier étant intitulé "Journée internationale des casques bleus: juger et punir leurs abus et exactions".

Le même jour, on apprenait même qu'une nouvelle attaque meurtrière au Mali faisait 5 morts dans un convoi de la MINUSMA assuré par des casques bleus togolais. Une semaine à peine après que 5 casques bleus tchadiens aient été tués et 3 autres grièvement blessés par les djihadistes d'Ansar Dine.

A ce titre, 3 400 soldats de la paix ont perdu leur vie en servant sous le drapeau des Nations Unies depuis 1948 (dont 129 l'an dernier). Aujourd'hui, ce sont plus de 124 000 militaires, policiers et civils, qui sont déployés dans 16 opérations de maintien de la paix sur quatre continents.


Une image dégradée

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l'ONU a constitué cette force censée garantir la sécurité collective. Une idée noble, avec un bilan global honorable. Le problème est que depuis une vingtaine d'années, l'image des casques bleus a été largement dégradée. L'article de RFI en est la preuve.

Dans 16 missions de maintien de la paix dans le monde, en 2015, l’ONU a recensé soixante-neuf cas de viols. Pour l'ONG Human Right Watch, ces abus sont de plus en plus fréquents en raison de l’impunité qui touche les casques bleus... 
L'ONU, qui devrait être pour les populations civiles symbole de protection et de transparence devient donc un bourreau supplémentaire. Les dégâts en terme d'image sont catastrophiques pour l'institution "Casques bleus".

Un casque bleu norvégien à Sarajevo

Les grandes opérations de maintien de la paix (OMP) qui ont marqué les années 90 (Bosnie, Somalie, Rwanda...), dont les résultats furent parfois bien contestables. voire catastrophiques, avaient déjà entaché l'idée qu'avec la fin de la Guerre Froide, la communauté internationale pourrait enfin se concentrer à résoudre les crises grâces aux OMP.


Et ces affaires semblent avoir eu une conséquence néfaste: la peur pour certains Etats de s'engager dans des missions humanitaires aux implications politiques risquées, même dangereuses. Et puis il y eut le 11 septembre.


Où sont les occidentaux ?

Revenons donc au début du XXIème siècle, pour constater un changement net: le retrait drastique des armées occidentales des opérations de maintien de la paix. D'importants contributeurs ont ainsi fait fondre leurs effectifs militaires au sein de l'ONU. Je citerai en exemples marquants la France et le Canada.

Car comme je le disais dans le précédent chapitre, 2001, c'est le début de la guerre globale contre le terrorisme. Un grand mouvement d'offensive qui verra le président américain Georges W. Bush réclamer le soutien matériel de nombreux alliés. Des Etats qui comme le Canada changeront alors drastiquement de politique stratégique.
La menace terroriste globalisée prenait alors la première place au sein des préoccupations sécuritaires des chancelleries occidentales.

Lire aussi sur le blog: Quelles ambitions stratégiques pour le Canada ?


Deuxièmement, un autre phénomène à ne surtout pas négliger, la crise des budgets. Les OMP de l'ONU font certes l'objet de financements particuliers, mais elles sont néanmoins consommatrices d'hommes et de matériels. Un luxe que dès le milieu des années 2000, les armées engagées dans les lourdes opérations irakiennes ou afghanes ne pouvaient plus se permettre...


Ci-dessous le comparatif entre les contributeurs financiers et contributeurs en hommes:


A la vue de cette infographie, on constate d'une part que les grandes nations - USA loin en tête - sont naturellement les premières à financer les OMP de l'ONU.
D'autre part, que celles-ci ne sont pas parmi les principales contributrices en moyens militaires, contrairement à certains pays pourtant pas forcément en vue sur la scène diplomatique, mais qui semblent s'être fait une spécialité des OMP. C'est le cas de l'Inde, du Pakistan, ou plus étonnant du Bangladesh ou du Népal.

On réalisera de surcroît que les africains semblent enfin s'engager dans les mécanismes de sécurité collective. Essentiellement sur leur continent vous le devinez. Il faut dire qu'ils y sont grandement encouragés par les occidentaux, l'Union Européenne en particulier, qui leur offre formation ou parfois, logistique.


La France en retrait... mais surtout en avant !

Traditionnellement, la France a toujours été de près ou de loin impliquée dans les opérations de l'ONU. Il s'agit tout simplement d'un choix diplomatique... et stratégique. Néanmoins, comme les canadiens, les militaires français sont aujourd'hui moins nombreux au sein des casques bleus. Seule reste au Liban l'opération "DAMAN" où sont déployés dans le cadre de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) près de 900 soldats. Ils contribuent à l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité des Nations Unies qui vise à stopper le conflit israélo-libanais.

Un choix diplomatique disais-je, preuve forte de solidarité avec l'ami libanais.

L'armée française au Liban au sein de la FINUL
L'Armée de Terre a même déployé des Leclerc au Liban, ici à un checkpoint avec des soldats israéliens

En Afrique par contre, la stratégie française se porte désormais sur une coopération militaire directe avec les casques bleus, sous mandat de l'ONU, mais de façon autonome. Nos armées se placent en quelque sorte comme la pointe de la lance, se concentrant sur les actions offensives contre les groupes armés. C'est le cas au Mali, ou en RCA.
En RCA, où cela n'épargne pas les soldats français de l'opération Sangaris de connaître les problématiques bien particulières des OMP, comme le stress post-traumatique dû à l'interposition entre des communautés ethniques ou religieuses...



Evidemment, un tel sujet sur l'évolution des Casques bleus mériterait plus que ce simple article de blog. Cela ferait d'ailleurs un beau sujet de mémoire pour tout étudiant en droit ou relations internationales ! 
Le fait est que cette évolution ressemble pour moi à un miroir de celle de la géopolitique mondiale de ces vingt dernières années. On pourra certes regretter un relatif désengagement des grandes puissances, mais en n’omettant pas que la conséquence directe n'est autre qu'une extension des responsabilités dans le mécanisme de sécurité collective, en Afrique notamment.

Malgré les accrocs, les opérations de maintien de la paix continuent de faciliter la stabilisation et le règlement d'un nombre impressionnant de crises dans le monde. Même dans le silence des médias.


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