vendredi 20 mai 2016

Y a-t-il la place pour 3 avions de chasse en Europe ?



Saab présentait le 18 mai le premier prototype de son chasseur Gripen E, celui là même qui avait remporté le contrat brésilien devant les Rafale et F-18. Avec l'Eurofighter Typhoon et le Rafale donc, l'Europe propose sur le marché trois avions de chasse... ou de quoi se tirer un missile dans le pied.

Voici le Gripen E, ou Gripen NG (nouvelle génération) ! Le premier prototype présenté ce mercredi par le groupe Saab. Une évolution du monomoteur suédois, plus puissante, plus "lourde", prévue pour un pilote pour l'instant, mais qui proposera bientôt une version "F" biplace.

Mais que viennent faire Saab et la Suède au milieu des géants de l'aéronautique ? Eh bien leur stratégie est pourtant très claire: proposer un appareil à la mesure des Etats qui ne peuvent se permettre l’achat des coûteux Rafale, Eurofighter, ou autre F-35...
Et cela fonctionne puisque le Gripen a déjà été vendu à l'Afrique du Sud (28), à la Thaïlande (12), à la Hongrie (14), République tchèque (14), Suisse (22, mais contrat annulé par référendum)....
Saab est également en lice en Indonésie, en Belgique, Finlande, Croatie, Bulgarie, Danemark.

Et ce nouveau modèle, la Suède en a déjà commandé 60, et le Brésil 36.

Vous l'avez compris, le Gripen, grâce à un bon rapport qualité/prix, permet à Saab de se placer à la fois sur de gros marchés en concurrence avec français, américains ou russes, tout comme chez des clients plus modestes, en Europe de l'est par exemple.
Le prix catalogue de l'appareil, estimé à environ 30 millions d'euros est un gros avantage. Il est en effet deux à trois fois moins cher que ses contemporains, pour des performances relativement honorables.


Lire aussi sur le blog: Quel avion de chasse pouvez-vous vous payer ?

Le groupe suédois espère ainsi vendre 450 Gripen sur les vingt prochaines années, un objectif ambitieux mais raisonnable. Saab réalise toutefois que cette politique ne sera pas viable à long terme sur un marché ou chaque génération d'appareil implique des investissements démultipliés. Un groupe avec seulement 3 milliards d'euros de CA aura du mal, seul,  à accrocher le prochain wagon.


Trop d'avions, trop de concurrence.

En service depuis 1996 en Suède, le Gripen s'est depuis révélé être une véritable épine dans le pied pour les autres chasseurs multirôles de 4ème génération, notamment les européens Rafale (Dassault Aviation) et Eurofighter Typhoon (BAE/Airbus). Côté français, on se remémorera bien évidemment le traumatisme brésilien de 2013. Alors que français et américains pensaient jouer un duel et partaient particulièrement confiants en proposant au Brésil leur Rafale et F-18, c'est finalement le petit chasseur suédois qui fut élu.

Mais cela pose bien sûr une question fondamentale: s'il est rassurant de voir que l'on sait faire des avions de chasse en Europe, cette multiplicité n'est elle pas au final un gros handicap pour le vieux continent ?

Trop souvent en effet, les industriels européens s'affrontent dans une guerre économique autour du monde. Europe, Amérique du Sud, Asie, et surtout Golfe persique... les chancelleries et lobbies redoublent d'activités et de propositions attrayantes afin d'imposer leur avion de chasse. Si le Rafale vit par exemple aujourd'hui ses heures de gloire, le Typhoon lui a longtemps mené la vie dure, grâce à l'influence diplomatique tantôt britannique, tantôt allemande du consortium Eurofighter.

Alors quand on se dit que Rafale et Typhoon devaient au début des années quatre-vingt n'être qu'un seul et même avion...

Rafale et Typhoon côte à côte durant l'exercice franco/britannique Griffin Strike - Photo Royal Air Force

La prochaine génération avec deux avions... et des drones ?

En se basant sur la tendance actuelle, que l'on illustrera à travers deux cas, on peut légitiment penser que l'avenir est à la coopération industrielle et donc à la mutualisation des moyens en Europe.

Deux exemples donc: d'une part le rapprochement franco-allemand dans le terrestre entre Nexter Systems et Krauss-Maffei Wegmann fin 2015, dans le but de proposer une prochaine génération de blindés (transport et char de combat) commune en Europe;
Et d'autre part la coopération franco-britannique dans le domaine des drones de combat, avec le fameux FCAS, qui dans l'idéal est la genèse d'un projet encore plus ambitieux, un avion européen de 5ème, voir plus probablement 6ème génération. Un chasseur qui viendrait donc remplacer nos deux bimoteurs Rafale et Typhoon.

On évoque ici une certaine logique - presque inéluctable - de mutualisation des moyens techniques et surtout financiers, mais il faudra pour cela surpasser de nombreux problèmes inhérents à la coopération multinationale. Le RETEX des programmes Eurofighter et A400M sera en cela déterminant.

Alors en imaginant le tableau pour l'horizon 2040, nous aurions donc en Europe un "gros" chasseur européen, ainsi qu'un drone de combat, sans oublier un drone MALE (le projet MALE 2025).
Ceci-dit, j'évoquais effectivement il y a quelques lignes un second avion de prochaine génération...

La réponse est à chercher du côté des suédois, mais aussi de l'Allemagne. La voie empruntée par Saab est intéressante, se positionner sur des marchés intermédiaires, qui pourraient se multiplier à l'avenir.
Intéressante à tel point que l'Allemagne a tout récemment évoqué l'idée du développement d'un chasseur de petite taille qui ciblerait justement ces marchés.


Ce qui amène à conclure ce petit exercice de prospective avec un catalogue européen optimisé de la façon suivante:

  • Un bimoteur de 5 ou 6ème génération (Dassault + BAE ?)
  • Un monomoteur germano-scandinave
  • Le drone FCAS franco-britannique
  • Le drone "MALE 2025"


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire