mercredi 15 juin 2016

La France devient le 2ème exportateur mondial d'armement... non sans critiques


Voilà, grâce à une année 2015 exceptionnelle, la France passe devant la Russie et accédera d'ici 2018 à la deuxième marche du podium des exportateurs d'armement. 

Avions Rafale, satellites, hélicoptères, navires de guerre... nous l'avions tous déjà calculé, l'année 2015 sentait le cru record pour le monde de l'armement tricolore. Une analyse confirmée récemment dans un rapport sur les exportations d’équipements militaires remis au Parlement, qui énonce un chiffre "officiel" de 16 milliards d’euros.


Et c'est dans le même temps que l’institut britannique IHS Jane’s publie une étude sur le marché mondial de l’armement, lequel a connu une année record en 2015, avec un montant total de 65 milliards de dollars, soit une hausse de 6,6 milliards sur un an. Du jamais vu !
Un rebond dans le milieu qui s'explique principalement par deux facteurs: de richissimes monarchies du Golfe qui se renforcent face à l’instabilité ambiante dans la région; mais aussi et surtout, une Asie (et même Océanie) qui s'arme de façon à se positionner stratégiquement face à toute éventualité d'expansionnisme chinois.


L’industrie française de l’armement « de loin la grande gagnante »

Alors pourquoi ces succès français en particulier ? On en a souvent parlé sur ce blog, la première raison, nous pouvons l’attribuer à la refonte totale du processus de lobbying/négociations depuis l'élection de François Hollande en 2012. Au poste de Ministre de la Défense, Jean Yves Le Drian est devenu le partenaire préféré des industriels français, ne lésinant jamais sur les voyages imprévus chez les clients potentiels étrangers.
Sur le plan diplomatique, la France a également profité du retrait américain décidé par l'administration Obama, notamment du côté des monarchies sunnites. Les USA qui restent néanmoins largement les premiers exportateurs d'armement, et progressent même de 10%.
Dans ce contexte, la France a doublé son carnet de commandes à l’exportation, qui est passé de 36 à 55 milliards de dollars entre 2014 et 2015, nous révèle l'étude de IHS Jane’s. Elle doublera sous peu - et sans mal - l’Allemagne et la Russie « pour devenir le deuxième plus grand exportateur mondial d’équipements de défense » à partir de 2018.

Et pour illustrer cette réussite tricolore, il suffit de contempler le classement des plus gros acheteurs: l'Arabie Saoudite arrive en tête des importations d'armes avec 9,3 milliards de dollars; Arrivent ensuite l'Inde (4,3 milliards), l'Australie (2,3 milliards) et l'Egypte (2,2 milliards)... Vous ne remarquez rien ? Ce sont tout simplement ici parmi les meilleurs et plus emblématiques clients de la France ces deux dernières années.


Un succès qui attire de plus en plus de critiques

Presque logiquement, là où les industriels et l'Etat vantent la bonne forme du secteur et donc de l'économie (et donc de l'emploi), les antimilitaristes s'indignent. Mais pas seulement, puisque de grandes ONG accusent la France de fermer les yeux sur les violations de Droits de l'Homme de certains de ses clients. 

Selon un collectif pacifiste français, « pour masquer son échec économique, le gouvernement français développe la vente de matériels militaires et ses principaux clients sont les pétromonarchies du Moyen Orient. » Le collectif exige en outre que les budgets militaires nationaux soient en priorité « réaffectés à des secteurs qui profitent aux populations » et à «une dynamique créatrice d’emplois» (dans le même temps donc, le camp d'en face constitué des industriels et militaires demande des budgets supplémentaires, avec comme argument principal... l'économie et l'emploi).


Pour Amnesty International, ce salon est une "vitrine de la répression mondiale". Elle invoque principalement, et souvent à raison, le non respect des participants vis à vis des embargos sur les armes.

Et c'est ainsi que - nous en parlions hier - pendant que se déroule près de Paris le salon de l'armement EuroSatory, celui-ci a connu lundi une incursion de militants pacifistes qui ont arrosé à la peinture rouge sang le stand du Ministère de la Défense. Une peinture qui vint éclabousser le nouveau blindé Griffon, et le char Leclerc... comme un symbole (voir photos).
Un char Leclerc qu'on a d'ailleurs annoncé en partance pour le Sahel et l'opération Barkhane dans la journée de lundi, avant que l'information soit démentie, mais que l'on a surtout vu utilisé dans un conflit armé dont les médias parlent peu, mais qui déchaîne la colère des ONG humanitaires, le Yémen. Les Emirats Arabes Unis, seul client export du char français, y ont utilisé et y utilisent encore près de 200 de ces Leclerc.




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