mercredi 27 juillet 2016

Doucement, l'A400M comblerait-il ses lacunes ?

Un saut en haute altitude à Pau en 2014 - EMA

Entre le le 13 et le 26 juin, Airbus Defence & Space et le Ministère de la Défense ont mis en œuvre des campagnes d'essais dans le sud-ouest afin de valider les capacités de l'A400M Atlas en matière de parachutage de troupes. En parallèle, c'est la possibilité de ravitailler en vol les hélicoptères qui réapparaît à l'horizon...
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les "imperfections de naissance" de l'appareil l’en empêchaient jusque là.

L'avion militaire de transport tactique d'Airbus, qui volait pour la première fois en 2009 déjà, a connu bien des péripéties techniques - donc financières - depuis. Et s'il est entré en service dans les forces aériennes de nombreux pays dont la France, l'A400M a encore et toujours tendance à plomber les résultats d'Airbus et est même comparé à une épée de Damocles pour le groupe.

S'il ne faudra donc pas compter sur grand monde pour confirmer que l'avion est effectivement "bien né" (c'est la formule officielle), on ne peut que souhaiter que sa croissance se fasse dans de meilleures conditions, et qu'il arrive ainsi à maturité au plus vite.


Prêt pour le saut à haute altitude des forces spéciales

Les principales limitations s'agissant du saut en parachute depuis un A400M ont été découvertes en même temps que les fortes turbulences provoquées par ses quatre moteurs TP400, elles-mêmes qui rendent dangereux le ravitaillement en vol des hélicoptères.
Toutefois, un parachutage utilisant la rampe de chargement/largage arrière de l'appareil pose bien moins de difficultés. L'A400M peut par exemple larguer du fret militaire ou humanitaire, compétence validée à Cazaux en 2014.

C'est ainsi que s'agissant de l'insertion de chuteurs opérationnels des forces spéciales, il ne manquait plus que la validation, des tests ayant déjà été effectués dans le passé. Et le blog Defens'Aero nous apprend que c'est avec l'avion MSN31 que la France a validé depuis l'aéroport de Pau la mise en oeuvre du Saut Opérationnel à Grande Hauteur (SOGH).
Attention le SOGH "à la française" est à ne pas confondre avec le fameux saut HALO (High Altitude-Low Opening), qui lui s'effectue sans oxygène depuis une hauteur pouvant avoisiner les 12 000m, là où le SOGH se situera "seulement" entre 1200 et 4000m.

Le saut en HALO sera lui expérimenté sur A400M et normalement validé prochainement. Il est maîtrisé en France par une bonne partie des unités du COS comme le 13e RDP ou le 1er RPIMa, mais aussi au service action de la DGSE, ou chez les Groupement de Commandos Parachutistes...


Insertion tactique... mais aussi largage massif !

D'autre part, et c'est surtout ce qui inquiétait la défense française, l'Airbus A400M pourra t-il un jour réalisé des largages de troupes parachutistes conventionnelles ? En effet, comme je le disais plus haut, celui-ci (qui n'est pas en chute libre, mais ouverture automatique des parachutes) est rendu dangereux par les quatre turbines, un problème qu'avaient aussi connu - et jamais résolu il me semble - les américains en lançant le C-17.

La campagne de juin impliquait cette opération, mais depuis un côté seulement. Qu'on se le dise malheureusement, tant que ces portes latérales n'auront pas été modifiées, le largage simultané restera impossible.

Ce sont les hussards du 1er Régiment de Hussards Parachutistes de Tarbes qui ont fait partie des premiers à expérimenter le saut en ouverture automatique depuis l'A400M, avec une quinzaine de vols d'essais puis de certification, et environ 300 largages Le régiment nous livre d'ailleurs quelques photos sur Facebook.




Tous ces essais ont été supervisés par la DGA bien sûr, mais aussi le CEAM (Mont-de-Marsan) et ses différents moyens, la STAT (section technique de l'Armée de Terre), et l’Ecole des Troupes AéroPortées (ETAP) de Pau.

La question du largage par les deux portes demeure toutefois une inquiétude majeur pour l'Etat Major français, qui fait partie des rares dans le monde à l'employer dans des opérations modernes, comme ce fut le cas pendant l'opération Serval au Mali en 2013, et régulièrement depuis au Sahel, à la frontière Niger/Libye principalement.


La question du ravitaillement en vol des hélicoptères bientôt réglée ?

Abordons enfin le sujet bien connu maintenant du ravitaillement en vol des hélicoptères, en l’occurrence des Caracal. Si vous suivez ce blog, vous savez depuis l'hiver 2015 que c'est un sujet qui fâche, à tel point que par désarroi - disons le comme ça - le Ministère de la Défense a préféré commandé sur étagères 4 C-130J aux Etats-Unis, dont 2 spécialement conçus pour le ravitaillement.

Mais chez Airbus, les grandes manœuvres sont lancées avec l'aide de l'ONERA, l'agence de nationale de recherche pour l'aéronautique.
Des essais en souffleries qui démontrent selon l'organisme que le problème de turbulences pourrait être réglé un allongement des nacelles de ravitaillement de 24m de long à 37m.

Des études qui ont semble-t-il rassuré Airbus DS, dont les équipes travaillent déjà avec la société anglaise Cobham sur des nacelles de ravitaillement modifiées. C'est Fernando Alonso, directeur du programme A400M qui révélait cette information au début du mois.

L'ONERA teste actuellement ces prototypes de nacelles dont la principale limitation pourrait venir d'une baisse significative de la pression d’injection du carburant en raison des tuyaux.
Dans le meilleur de cas, les tests en vol avec les hélicoptères Caracal de l'armée de l'air commenceront en fin d'année.


En attendant ces éventuelles innovations et la réception de nos propres KC-130J (pas avant 2018-19), il reste heureusement l'aide de l'US Air Force. même lors du défilé du 14 juillet !


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