vendredi 22 juillet 2016

La DGSE perd 3 opérateurs clandestins en Libye

Les photos illustrant cet article n'ont volontairement aucun lien avec la DGSE et renvoient à l'intervention des forces spéciales françaises lors de la prise d'otages de Ouagadougou en janvier 2016.

Trois militaires français, engagés dans des opérations de renseignements, sont morts dans un "accident d'hélicoptère" en Libye. Ils appartenaient au Centre parachutiste d'instruction spécialisée de Perpignan.

La rumeur s’intensifiait depuis dimanche, des militaires français auraient trouvé la mort en Libye, dans les environs de Benghazi, après le crash de l'hélicoptère qui les transportait. Dès mardi soir, et l'affirmation - probablement vérifiée - de l'agence American Press concernant cette affaire, il ne faisait plus guère de doute.
Si l'on se doutait alors que l'Elysée ou le Ministère de la Défense serait avare en détails, les questions qui demeuraient alors étaient encore de savoir si la France, qui opère en Libye de façon officieuse depuis plusieurs mois pour enrayer l'avancée de l'EI dans cet "Etat failli" en proie aux luttes entre milices, reconnaîtrait enfin officiellement y mener des opérations militaires...

Et la réponse est tombée ce mercredi matin, via un communiqué laconique du Mindef: « Trois sous-officiers français décédés en service commandé en Libye », c'est tout. C'est finalement le Président Hollande qui un peu plus tard précisera qu'il s'agissait bien d'un "accident" d’hélicoptère.


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On sait maintenant de source sûre que ces sous-officiers appartenaient au très secret Service Action de la DGSE, seul à même de conduire des opérations clandestines à l’étranger. L’hélicoptère (MI-17 probablement) fait lui partie des forces du général Haftar, que la France soutient militairement, et aurait bien été abattu par un missile sol-air SA-7 tiré par une milice locale islamiste, celle-même qui a revendiqué en premier lieu ce fait d'arme.

De plus, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie a fait publier un communiqué dans lequel elle rend hommage à ces hommes, et déclare: « C'est avec beaucoup d'émotion et de tristesse que je viens d'apprendre que les trois militaires français tués en Libye appartenaient au Centre parachutiste d'instruction spécialisée de Perpignan. »

Pour la discrétion (la fameuse SECOPS), on repassera...



Forces spéciales ou DGSE: une différence dans la communication de l'Etat

Ce que l'on sait donc maintenant, c'est d'une part que la France reconnaît enfin mener des missions de renseignement (voire plus, d'assistance) en Libye, et d'autre part que si ce n'est les forces spéciales, le COS, la DGSE y est présente en nombre.

Tout - absolument tout - ce qui concerne le Service Action de la DGSE est classé secret défense, y compris donc les informations touchant aux opérations. C'est notamment pourquoi, contrairement aux hommes des forces spéciales tombés au combat, les autorités françaises n'ont communiqué ni l’identité, ni le grade, ni le régiment des trois militaires (exceptée donc notre élue du Sud Ouest).
Ce que l'on sait, administrativement parlant du moins, c'est que le "SA" comprend environ 800 hommes (outre les 5000 de la DGSE), capables d'agir partout dans le monde, et surtout là où on ne s'y attend pas. Il est constitué d'une élite de vétérans des forces spéciales et a la charge de la planification et de la mise en œuvre des opérations clandestines.

Mais revenons à notre annonce. Une communication a minima donc, où ni une entité (la DGSE), ni un gouvernement (ou simplement l'Etat Français en temps que personne morale), ni même la famille d'un défunt ne doivent paraître impliqués.

Aussi sur le blog: Des français en Libye (suite)


Et on note à ce sujet une différence avec les opérations spéciales menées par le COS. En effet, là où pour un soldat des forces spéciales, dont l'identité demeure secrète pendant ses années de service, l'annonce de sa mort est traditionnellement relayée par un communiqué de l'Elysée dans les heures qui suivent, ou plus généralement le lendemain (après la famille, les proches), on constatera que lorsqu'il s'agit de la DGSE, le communiqué tombe plusieurs jours après l'incident, et via le Ministère de la Défense (cette fois-ci, il a fallu réagir aux annonces qui se succédèrent mardi soir dans la presse française).

Pour faire simple, assurer les honneurs aux morts pour la France, tout en essayant de ne pas trop attirer l'attention.
On avait pu observer ce procédé particulier en 2006, quand un opérateur du Service Action avait été tué à Bassora en Irak. Le Ministère de la Défense avait alors mis 6 jours pour réagir.

Remarque: cas particulier lorsqu'en janvier 2013, le SA mène lui même un assaut en Somalie pour tenter de libérer l'un des siens, Denis Allex (pseudonyme), et perd pendant la mission un commando. La communication gouvernementale traite alors l'affaire comme une libération d'otage classique. Il faut dire que celle-ci impliquait de lourds moyens navals, aériens, et même les américains. Pas vraiment discrète vous le comprendrez.


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