lundi 18 juillet 2016

L'art du « show of force »

F-16 turcs - crédits/photos : CAPTURE

Le putsch n'aura finalement pas eu lieu en Turquie ce 15 juillet 2016. Et ce malgré une tentative et des affrontements qui auront coûté la vie à près de 300 personnes.
Mais attardons nous aujourd'hui sur une chose, à savoir la méthode. En effet, les militaires putschistes ont rapidement pris le contrôle de centres névralgiques du pays, en comptant notamment sur le soutien aérien des chasseurs F-16 qui survolaient alors les villes à très basse altitude. C'est ce que l'on appelle le « show of force ».

Vendredi 15 juillet, dans la soirée, le monde a pu suivre en direct et avec inquiétude de surprenants événements en Turquie. En effet, pendant plusieurs heures, une partie de l'armée turque a pris position et bouclé les deux principales villes du pays, Istanbul et Ankara. Une véritable tentative de coup d'Etat pour renverser le régime du Président Erdogan... qui allait finalement échouer au bout de la nuit devant la mobilisation populaire.

Et depuis, ce sont une centaine de hauts gradés, principalement de la gendarmerie et de l’armée de l’air, qui ont été accusés puis arrêtés, et non moins de 6000 autres personnes principalement des militaires, mais également des juges de la Cour Suprême...
En bref, c'est le Président Erdogan qui sort comme grand vainqueur de cette épreuve, et une partie du monde s’inquiète de l'avenir de la Turquie.

Revenons donc sur le déroulé des événements, en particulier dans le ciel ce soir là. 

Alors que les ponts étaient déjà fermés par les soldats, le premier élément qui sembla signaler une situation réellement sérieuse fut justement l'emploi d'avions de chasse au dessus des grandes villes. Et à très très basse altitude. Une chose tout à fait exceptionnelle.
Des F-16 qui multiplièrent les passages devant les yeux médusés - et probablement paniqués - des habitants. Les yeux... et les oreilles ! Car en effet, ces chasseurs allèrent même jusqu'à passer le mur du son afin de provoquer d'assourdissants bangs supersoniques.



Pourquoi un tel spectacle ? Pour impressionner justement, c'est là tout le but d'un « show of force » (démonstration de force en français).

Et comme le faisait très judicieusement remarquer le collègue du blog Défens'Aéro (MAJ: qui publie d'ailleurs ce lundi un article complet sur l'implication des forces aériennes dans la tentative de coup d'Etat) vendredi soir, on peut très bien voir que certains F-16 des putschistes ne sont alors pas armés pour l'attaque au sol. Leur emploi est donc purement psychologique. Mais ça, les gens au sol n'en n'ont pas la moindre idée sur le moment !


Si ces F-16 n'utiliseront aucune arme*, ce ne sera pas le cas de l'aviation loyaliste qui avec ses propres F-16, abattra un hélicoptère dans la nuit, puis détruira plusieurs chars à l'aube près du Parlement à Ankara, la capitale. Parlement qui avait lui même été visé par les putschistes durant la nuit, tout comme le QG de la police...



Une pratique courante en opération

Alors le « show of force », qu'est ce que c'est ? Il s'agit d'une opération militaire (ou sécuritaire) destinée à mettre en garde ou d'intimider un adversaire en mettant en valeur sa propre capacité de coercition ou sa détermination à réagir en cas de provocation.

Cette stratégie est le plus souvent effective lors que l'on bénéficie d'une large supériorité matérielle sur l'adversaire, qui ne se risquera pas alors à subir une riposte démesurée. C'est ainsi que dans un conflit asymétrique, l'action de guérilla doit être menée en fonction du temps de réponse de l'aviation adverse.


Aussi sur le blog: Le Close Air Support vivra !


La coalition internationale en Afghanistan a largement usé du show of force face aux talibans, qui savaient quand stopper leurs harcèlements sous peine de subir un bombardement particulièrement meurtrier. A la fin des années 2010, le temps de réponse de l'aviation occidentale en Afghanistan approchait des 10 minutes seulement (12 exactement), contre près de 90 minutes au début du conflit !

Les nombreux retours d'expérience nous apprennent d'ailleurs que plus un chasseur fait de bruit, plus l'effet est drastique (merci donc bimoteurs les F-15 et Rafale !). La pratique veut aussi parfois que l'appareil lâche des leurres anti-missiles pour simuler l'utilisation d'une de ses armes.
On sait également enfin que la simple apparition d'hélicoptères américains Apache suffisait à faire battre l'ennemi en retraite.





En Tuquie vendredi, si le show of force a un temps fait son oeuvre, et fait croire au monde que la prise de contrôle était totale, il semble bien que les putschistes aient été au final bien trop minoritaires dans l'armée pour faire illusion sur plusieurs heures. Et que sans soutien populaire, acquis pour de bon au président - élu - Erdogan, le coup d'Etat était mort-né.


*pas de méprise, les putschistes ont bien fait usage de leurs armements, que ce soit les chars M60 ou Léopard, les hélicoptères de combat Cobra (contre la foule et la police), et probablement aussi les avions F-16 sur des cibles stratégiques.

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