vendredi 12 août 2016

Imaginons les armées françaises de 2050 - 3/ Fantassin

Les mules bipèdes de ECA Group

III/ Imaginons les armées françaises de 2050 - Fantassin

[Bonus] Imaginons les armées française de 2050 - Espace

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Troisième partie et (presque) conclusion de notre dossier estival l'armée française du futur. Partie dans laquelle nous nous intéresserons à ceux qui font gagner les guerres, les hommes. Et plus précisément les fantassins.

De l'Antiquité aux conflits de ce début de siècle, la guerre a évolué, adopté plusieurs formes selon les contextes stratégiques ou les révolutions technologiques. Au coeur des combats demeure le soldat.
Un soldat qui, si l'innovation l'a rendu toujours plus performant, doit aussi affronter des armements à chaque fois plus redoutables.

Ce siècle est bien parti pour être le grand tournant dans l'emploi et surtout le soutien du fantassin, grâce à deux domaines en particulier: robotique et cybernétique.


La robotique au service de l'homme

LS3 (AlphaDog) de Boston Dynamics. Concept art.

C'est ce dont nous avions rêvé durant une grande partie du XXème siècle, mais c'est finalement dans le nouveau siècle que les robots arriveront sur le champ de bataille. Point de "Terminator" ici, même si la problématique commence à sérieusement préoccuper les experts (on pense d'ailleurs que la Russie emploie ou a employé des systèmes létaux autonomes en Syrie).



C'est pourquoi nous évoquerons les robots comme aide/assistant du soldat. Les travaux actuels montrent en effet que la robotique sera bientôt à même de fournir des mules et exosquelettes capables de soulager le fantassin de très très lourdes charges.
Citons par exemple les différents modèles de quadrupèdes développés par Boston Dynamics avec l'aide de la DARPA aux USA. Le fruit d'années de recherches afin de trouver enfin... l'équilibre ! Les résultats sont impressionnants aujourd'hui (ils savent courir !).


En France aussi, les recherches vont bon train. Eca Group, spécialiste de la robotique et de la simulation, et pionnier français de la filière de robotique humanoïde, a pu développer avec la DGA des projets de robots "assistants" du combattant. Des prototypes présentés au public lors du salon de la sécurité MILIPOL en novembre 2015 et qui pourraient voir le jour sous deux à trois ans.


On savait déjà que se développaient en France des projets d'exosquelettes, visant à permettre au soldat de porter de très lourdes charges. Mais on passe ici à la vitesse supérieure avec une "MULE" bipède: « Nous envisageons un robot qui soit capable de transporter de lourdes charges pour le compte de soldats ou d'employés de sites industriels. Nous étudions aussi un robot brancardier, capable d'aller chercher des blessés sur un champ de bataille ou sur des terrains dégradés après un séisme par exemple », explique Guénaël Guillerme, directeur général d'ECA Group.

L'objectif est une mise en service entre 2020 et 2025, y compris dans le domaine civil pour la surveillance de sites sensibles. Déjà demain.



Autre exemple, voici en image ci-dessous le premier exosquelette européen, développé par la PME française RB3D, soutenue encore par la DGA et son dispositif de financement RAPID (régime d’appui à l'innovation duale). 

Nous n'en sommes pas encore à l’exosquelette armé (attention cependant, l'innovation a tendance à vite nous surprendre ces derniers temps...), et vous l'aurez deviné, l'utilité d' Hercule - c'est son nom - réside dans sa capacité à assister le soldat pour le port et la manipulation de charges lourdes. Ses concepteurs avancent comme points forts une grande autonomie, la fluidité des gestes qu’il autorise et un emploi très facile favorisé par l’absence de capteurs. 
Des atouts certains vis à vis de la concurrence, notamment en ce qui concerne la batterie, un des futurs "nerfs de la guerre".

L’exosquelette de RB3D

Tout comme l'exemple précédent, le prototype affiche des caractéristiques techniques qui permettent d'imaginer des fonctions militaires comme civiles. Comptons sur une mise en service dans les toutes prochaines années.

Une chose est donc certaine, d'ici à 2050, la robotique aura fait des progrès exponentiels, et il devient facile d'imaginer des exosquelettes ou des mules bien plus impressionnantes, et probablement équipés d'armements lourds de type mitrailleuses ou lance-grenades.

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Réalité augmentée


Passons à la réalité augmentée, technologie qui fait actuellement une entrée fracassante sur les marchés de l'audiovisuel. Lunettes, lentilles de contact, pare-brises de votre véhicule... la réalité augmentée est prête à s'imposer dans le civil... et faire un bond en avant dans le militaire !

Présente dans le casque des pilotes de chasse ou d'hélicoptères de combat depuis quelques temps déjà, le stade supérieur est en passe d'être atteint. J'illustrerai cela avec un exemple, celui du système "IronVision" de l’israélien Elbit Systems.
Le casque doté de la visière IronVision est avant tout destiné aux équipages de char, et permet littéralement de voir en dehors du blindé, comme si les parois étaient transparentes. Voir mais aussi viser puisque le casque est en liaison directe avec l'armement, comme sur les aéronefs les plus modernes.




Absolument révolutionnaire, cela en fait le système de réalité augmentée le plus avancé au monde, qualifié par ses concepteurs de "Game Changer" (littéralement "qui change la donne").

Un mot également sur les écrans tactiles, qui envahissent le monde militaire. Cette innovation, une fois n'est pas coutume, venue du monde civil, s'impose peu à peu du cokpit jusqu'au "touchpad" du fantassin... Apportant avec elle des problèmes inédits ! En effet, les équipes en charge des essais sur le démonstrateur de drone de combat nEUROn de Dassault Aviation confiaient récemment que l'interface tactile ultrasensible du poste de commande avait une très fâcheuse tendance à attirer... les mouches.

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Bienvenue dans l'ère du transhumanisme ?



C'est un fait, les drones ont déjà conquis le monde, puis bientôt ce seront les robots - vraiment - autonomes qui envahiront le champ de bataille. Le fantassin aura lui progressivement appris à opérer avec eux... et contre eux.

Mais la vraie révolution pourrait être ce que l'on appelle le "transhumanisme", une nouvelle ère pour l'Homme durant laquelle émergerait une sorte de classe sociale "augmentée" grâce à la cybernétique. Des progrès touchant directement la biologie humaine dont les balbutiements sont aujourd'hui les exosquelettes ou notre fameuse réalité augmentée.
On ne parle pas ici de génétique, mais bel et bien d'améliorations technologiques des capacités humaines, dont le but ultime serait l'immortalité offerte par un corps biomécanique. Véritable révolution philosophique vous dites ?

Et fatalement, la thèse du super-soldat occupe le premier plan.

La science-fiction aborde le sujet depuis fort longtemps déjà*, l’avenir de la guerre appartient-il au "soldat augmenté" ? Pharmacologie, nanotechnologies, interfaces cerveau-machine, membres cybernétiques... ces nouvelles sciences ouvrent le champ des possibles et poussent vers la création de fantassins ultra-performants. 
Plus qu'agir avec les machines, ils feront corps avec elles, et développeront de véritables synergies au service des stratégies recherchées.

Tant de problématiques sur lesquelles on planche en France, comme c'est le cas par exemple au sein du Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Quand on y réfléchit, on réalise que nous sommes déjà bien loin au delà de notre fameux système FELIN (fantassin à équipement et liaisons intégrées) et de ses lourds équipements électroniques, qui incarna pendant des années ce projet de soldat français du futur.

Une chose est certaine: tout comme l'est l'emploi des drones et celui des systèmes létaux autonomes, la question du soldat augmenté impactera la façon de faire la guerre, et donc le droit. C'est pourquoi l'intervention des pouvoirs publics sera - ou néanmoins devra être - dans nos sociétés démocratiques une condition sine qua non


Conférence du comité Armée du Futur de l’ANAJ-IHEDN : Comment imaginez-vous la Défense de demain ?



On arrête ici pour ces réflexions qui ne manqueront pas d'agiter l'avenir. Nous conclurons ce dossier estival sur le futur de nos armées avec un épisode "bonus" consacré à l'espace, qui risque de nous projeter un peu plus loin que 2050... 


*Voir ces jours-ci la sortie du jeux vidéo "Deus Ex - Mankind Divided" (Ubisoft), dernier opus d'une série qui a su traiter le sujet de transhumanisme avec brio.


1 commentaire:

  1. Trois articles interessants. Que l'on aurais aimer voir aller plus loin.

    (Je pense aux nouveaux champs ouverts par l'aspect réseau/cyber, puis limites physiques (sous marin-espace) pour terminer sur le lien entre limite physique et limite techno.)

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