vendredi 26 août 2016

Imaginons les armées françaises de 2050 - [BONUS] Espace

Archives TIME des années 80, et de la "guerre des étoiles" de Donald Reagan


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Voici un épisode "bonus" dira-t-on de notre série estivale sur le futur des armées françaises. Un épisode un peu spécial car il aurait pu faire partie de la seconde partie consacrée aux vecteurs et champs de bataille du futur... mais un épisode dont la thématique du spatial mérite finalement sa propre mise en lumière.

La "guerre des étoiles", on en parle depuis la Guerre Froide, elle aura même sur un gigantesque coup de bluff américain sous Reagan réussi à couler en partie l'économie de l'URSS. Pourtant, nous n'en avons même pas vu les prémices, faute de technologies adéquates.

Non, la lutte pour l'espace et ses ressources débute bel et bien dans ce XXIème siècle où la science semble être entrée sur une véritable autoroute dont les limites de vitesse seraient constamment repoussées.

La France est un acteur majeur dans le domaine spatial, mais il me sera cependant difficile, contrairement à d'habitude de trouver des exemples de projet. En effet, sont surtout connus à ce jour, et dans les grandes lignes, les projets américains... ou chinois.


La "guerre des étoiles" se gagne d'abord avec des satellites

NOAA Photo Library - CC BY 2.0

L'Homme - américain - a bien sûr marché sur la Lune, ce fut une grande victoire de la Guerre Froide, et une date illustre de l'Histoire. Mais la vraie victoire, stratégique celle-ci, ne serait elle pas celle de l'URSS lorsque pour la première fois, le 4 octobre 1957, elle réussit à mettre sur orbite le premier satellite artificiel de notre planète, "Sputnik 1" ?

Plus d'un demi-siècle plus tard, les systèmes satellitaires, civils ou militaires, ainsi que la sécurité des transmissions sont devenus des enjeux planétaires de premier ordre, absolument vitaux même. De la dissuasion nucléaire, aux systèmes de type GPS, notre société mondialisée toute entière dépend des satellites.

Et c'est dans ce contexte que la Chine vient justement de lancer un satellite "quantique" expérimental. Traduction: ce dernier utilise le domaine particulièrement pointu de la cryptographie quantique pour rendre ses données inviolables. Mieux, toute "intrusion" ou tentative de piratage serait instantanément détectée.
Nous tenons donc là la technologie satellitaire de demain, des données théoriquement inviolables, et donc la garantie d'une position stratégique assurée.

La Chine attache une très grande importance à l'espace et notamment aux satellites. On se rappellera que celle-ci a de nombreuses fois tenu à rappeler qu'elle avait mis au point des missiles anti-satellites, dans le but de montrer à l'adversaire américain qu'aussi puissant soit-il, sa technologie reste à la merci des armes chinoises...


Et si les constellations de satellites militaires ont longtemps été le Graal pour les puissances qui peuvent se les offrir (la France aura réalisé ce manque pendant la Guerre du Golfe en 1991, avant de progressivement réussir à le combler), une autre voie s'ouvre aujourd'hui grâce par exemple à de curieux drones de renseignement volant à très haute altitude.

Vue d'artiste des Zephyr T et Zephyr S d'Airbus Defence & Space

Ainsi le Royaume-Uni vient-il de commander un troisième exemplaire du Zephyr 8 d'Airbus Defence & Space, ce drone HALE (haute altitude longue endurance) d'ISR stratégique qui vole si haut et si longtemps grâce à l’énergie solaire qu'il peut remplacer le satellite de renseignement sur un théâtre de basse intensité.

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La haute atmosphère, porte de l'espace

Le SR-72 de Lockheed Martin
Car la haute atmosphère est la porte de l'espace, et donc un enjeu également. La raison première est qu'elle permet les vols à vitesse hypersonique, qui pourraient faire la dissuasion nucléaire de demain.

Aussi, les USA sont en pointe dans ce domaine et le champion toute catégorie de l'armement, Lockheed Martin, a même dévoilé récemment le projet du SR-72 (oui nous parlons bien du successeur du légendaire SR-71 Blackbird), un drone militaire hypersonique pouvant voler à Mach 6... soit 7350 km/h !

Autant dire qu'à une telle vitesse et altitude, ce vecteur est un cauchemar pour les systèmes de détection et surtout d'interception.

Le planning prévoit un démonstrateur en 2018, et une mise en service du SR-72 dans les années 2030.

Un projet qui prend en compte les travaux d'un concept encore plus ambitieux: nom de code HTV-2 pour "Hypersonic Technologic Vehicle 2".

Hypersonic Technology Vehicle 2 (HTV-2) de Lockheed Martin

Le HTV-2 est un des programmes les plus impressionnants de la DARPA. Il s'agit d'un drone armé hypersonique qui pourra théoriquement voler dans la haute atmosphère à une vitesse équivalente à 22 fois le mur du son, donc Mach 22... soit 27 000 Km/h !

Encore une fois, on retrouve Lockheed Martin à la manœuvre pour cet engin qui sera armé de futurs missiles de croisière à haute vélocité (High Speed Strike Weapon), nucléaires ou conventionnels. En somme, il s'agit là d'une alternative très crédible aux missiles balistiques.

Imaginons un conflit de haute intensité à l'horizon 2050. De tels drones seraient capables de porter des frappes en territoire ennemi à l'autre bout de la planète, en moins d'une heure, et à une telle vitesse que les radars de défense aérienne ne pourraient les accrocher, ou même les voir venir...

Une technologie pas tout à fait maîtrisée encore, comme le montre l'échec du second vol d'essai le 11 août 2011, mais qui préfigure certainement de l'armement de pointe de demain.
Inutile de préciser que la DARPA, la NASA et l'US Air Force supportent avec enthousiasme ces recherches.

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Un champ de bataille hostile à l'homme

Revenons tout d'abord sur les propos d'Eric Trappier, PDG du français Dassault Aviation en 2015. Il évoquait les travaux à fournir sur l'avion de chasse européen de demain: « Un important travail de préparation reste à effectuer en même temps que les mentalités doivent changer, de façon à être capable de répondre à des questions comme celle de savoir, par exemple, si les avions de combat de demain devront aller dans l'espace ».

Des avions de combat dans l'espace ? C'est à ce jour techniquement peu probable. En effet, vous n'aurez pas manqué de remarquer qu'outre les satellites, je ne cite que des drones jusqu'à maintenant.
Car tout semble aller contre la physionomie humaine à peine tente-t-on de quitter l'atmosphère terrestre: manque ou absence d'air, températures négatives, plus de gravité... des limites bien connues par les astronautes dont la résistance physique est mise à rude épreuve durant les séjours prolongés en orbite.

Aussi, la disparition des règles aéronautiques traditionnelles laisse penser que nous pourrions abandonner nos ailes et fuselages aérodynamiques pour adopter des architectures plus... pragmatiques.

Concept de drone de combat spatial - Documentaire Guerre spatiale (série The Universe/2011)

Le visuel ci-dessus propose par exemple des drones armés à la forme cubique capables d'effectuer des virages à 90° et des rotations dans toutes les directions. Des mouvements que ne supporterait pas le corps humain pour qui une accélération à plus de 10G serait fatale.

S'agissant de l'armement, l'absence d'air dans l'espace rend les canons traditionnels difficilement utilisables, sauf à les rendre hermétiques comme des missiles. Seront donc privilégiées les armes à énergies comme les lasers (au fait, pas de bruit dans l'espace !), où le railgun dont nous parlions en première partie de ce dossier.
Un armement pas nécessairement destructeur puisqu'il pourrait aussi consister à capturer/aborder des satellites ennemis pour en prendre le contrôle ou les neutraliser. L'Agence Spatiale Européenne travaille déjà sur ce concept dans le but de réparer des satellites en orbite.

L'espace sera donc - jusqu'à ce que la technologie me fasse mentir - le royaume des drones ou plus probablement des systèmes autonomes, et non celui du chasseur tel que nous le connaissons. On commence alors à comprendre que les stratégies sur ce champ de bataille sont encore à théoriser.


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2050, le Moyen Age de la technologie spatiale

Alors, si l'on devait ne serait-ce que débuter à penser ce champ de bataille en puissance qu'est l'espace, est-ce à dire que nous entrerions dans le domaine de la science-fiction ?
En réalité pas tout à fait, car si nous ne sommes pas encore capables de nous passer de lanceurs, ou de fabriquer un avion piloté qui évoluerait dans l'espace, nous pouvons être quasiment certains d'une chose, la prospection concernant les ressources minières du système solaire a d'ores et déjà commencé.


Il ne faudra en effet que quelques décennies pour que des compagnies privées arment des "cargos" spatiaux capables d'aller s'amarrer à des astéroïdes gorgés de métaux rares comme le platine. Des vaisseaux miniers lents et fragiles, loin de leur port d'attache. Cela ne vous rappelle rien ? Peut-être le temps où les pirates sévissaient sur les mers du globe ?
Combien de temps par exemple avant qu'un Etat (ou un organisme) ne s'en prenne aux transports logistiques de son adversaire. Ce dernier qui devra alors penser la protection de ses approvisionnements.

Il s'agira aussi d'adapter le droit.

Que penser également des théories aujourd'hui qui annoncent la fin des porte-avions en raison de l’avènement d'avions de chasse ou drones supersoniques ? Qu'en penser quand on imagine que nous aurons besoin dans l'espace de bâtiments amiraux susceptibles de servir de base ou de relais pour des vaisseaux plus petits...


Je m'arrête ici, nous sortons du cadre du dossier et non que cet exercice de prospective ne soit pas stimulant, il faut reconnaître que si l'on se prend souvent à parler de l'espace comme d'un enjeu déterminant de ce siècle, nos technologies nous obligent encore à nous concentrer sur nos éternels théâtres que sont la terre, la mer et le ciel.


PS: l'IEP de Bordeaux et plus précisément la Chaire "Défense & Aérospatial" organise le mardi 6 septembre une conférence publique qui aura justement pour thème "L'espace, champ d'affrontement du futur".

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