mercredi 7 septembre 2016

Le monde de la défense réclame en cœur les fameux "2%"


Comme chaque année, la rentrée 2016 du petit monde de la défense était marquée par l'Université d'Eté de la Défense ces 5 & 6 septembre. Se déroulant cette année en plein Paris, à l'Ecole Militaire, et dans un contexte sécuritaire pour le moins tendu, l'édition 2016 aura été sur un plan politique, pleine d'ambition.

L'Université d'Eté de la Défense fait figure de rendez-vous incontournable pour tous les décideurs, qu'ils soient parlementaires, militaires, ou de la sphère privée. Chose rare, on y a même vu le Premier Ministre Manuel Valls cette année. Et pour tous ces acteurs, le constat est le même: il est temps, enfin, d'augmenter significativement l'effort financier en matière de défense en France. Un effort trop longtemps négligé, sacrifié même sur l'autel de l'austérité budgétaire, ce qui nous met presque dos au mur aujourd'hui, dans ce contexte sécuritaire alarmant dont plus personne n'oserait nier la gravité. 

C'est donc ainsi que de façon unanime, à droite comme à gauche de l'échiquier politique, un discours émerge pour réclamer un budget de la défense à hauteur de 2% du PIB, soit la norme théoriquement en vigueur au sein de l'OTAN.

Depuis les attentats de janvier 2015, la France a pourtant entamé, puis accentué, ce que l'on appellera un début de redressement avec une augmentation des budgets de 3,7% d'ici 2019, et notamment la fin des déflations d'effectifs (des hommes et des femmes plus que jamais nécessaires). Mais après les attentats de novembre 2015, même ces mesures sont jugées insuffisantes.
La question du budget à 2%, véritable serpent de mer dans le milieu, revenait alors de plus en plus souvent sur la table, comme dans un rapport parlementaire que cosignait d'ailleurs la Députée de la Gironde Marie Recalde.


Un budget à 2% du PIB = 41 milliards d'euros ?

Je pourrais afficher la longue liste de déclarations politiques prônant ce fameux pallier des 2%. Encore faudrait-il que l'on s'accorde sur ce que représente un budget à 2% (on retrouve rarement les mêmes modèles de calcul), et sur comment l'employer (la part du nucléaire, de la recherche, de l’équipement, des ressources humaines...).

Pour le Chef d’Etat-Major des Armées Pierre de Villiers en tout cas, qui selon les témoins aura été le grand animateur de l'UED, la réponse en matière de chiffres est parfaitement claire: le budget de la défense devra être de 41 milliards en 2020 ! Il se situe à 32,6 milliards aujourd'hui, un peu plus d'ici 2019 avec la hausse de 3,7% prévue.
Il s'agirait donc là d'une augmentation considérable ! 8 milliards d'euros supplémentaires pour un Ministère ! Inimaginable... Mais selon le CEMA, cet effort est non seulement nécessaire, il est aussi mérité après les durs sacrifice qu'ont dû consentir les armées pendant la crise: « Qui fait plus dans l’Etat français ? » a-t-il martelé lors de son discours (je conseille grandement la lecture ou le visionnage de la totalité de sa vive intervention).

Pour Patricia Adam, Présidente de la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale, moins "ambitieuse", c'est 4 milliards d'euros qu'il s'agira de trouver pour le budget annuel de la défense. 4 milliards qui dans le détail iraient:

  • à la modernisation de la dissuasion nucléaire* pour 1 milliard, ainsi que 300 millions d'€ pour la recherche dans le nucléaire militaire; 
  • aux ressources humaines qu'il faudra maintenir avec 1 milliard d'€ supplémentaire par an;
  • et 2 milliards pour acheter/renouveler et maintenir en condition opérationnelle les équipements.
Le constat est donc que nous disposons d'une armée performante, en particulier grâce à ses ressources humaines et leur professionnalisme, mais dont l'emploi, sur le plan des matériels notamment, doit être rendu largement plus confortable via un budget approprié.
Quant à un retour du service militaire, évoqué par le candidat Sarkozy, la France n'a ni les infrastructures, ni les moyens de le relancer aujourd'hui.


Une Europe enfin d'attaque ?

Une des grandes questions concerne bien évidemment l'impact du Brexit sur la défense européenne. Et les britanniques étaient bien représentés à Paris avec leur Secrétaire d'Etat à la Défense Michael Fallon. Une présence pour rassurer les alliés on le devine.
La Grande Bretagne quitte l'Europe certes, mais elle compte toujours y jouer son rôle stratégique, et surtout sortir du véritable marasme dans lequel se sont empêtrées ses armées après les aventures d'Irak et d'Afghanistan.

Sur le blog: Ce que change le Brexit dans notre alliance avec le Royaume-Uni



L’Allemagne, elle, même si toujours frileuse à l'engagement extérieur, opère actuellement une séance de rattrapage de ses carences militaires, qui sont il est vrai, assez lourdes. De 34,4 milliards d’euros aujourd'hui, son budget militaire devrait passer à 37 milliards (+8%), avec un objectif à moyen terme de 40 milliards d'euros. C'est ce qu'a annoncé son Secrétaire d’Etat à la Défense, Ralf Brauksiepe à Paris.
On retiendra avec amusement - ou agacement - que certains se servent de l'exemple allemand pour alerter sur un déclassement stratégique de la France en Europe. C'est qu'on y tient, à notre titre honorifique de "première armée d'Europe"...

Des alliés européens qui semblent donc s'inscrire dans la même volonté que les français, avec même pour les pays membres de l'UE l'embryon d'une véritable... révolution ! (voir ci-dessous) Mais derrière les paroles, il reste à espérer les actes.


*Les diverses (ré)affirmations de puissance militaire de la part, entre autres, de la Russie, de la Chine, ou encore de la Turquie, amènent les Etat-Major à se concentrer de nouveau sur le risque de voir se déclencher un jour un ou plusieurs conflits de haute intensité, et donc à ne pas seulement se focaliser sur la menace terroriste. Certains parlent d'un nouveau climat de Guerre Froide.


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