jeudi 3 novembre 2016

Encore et toujours le MCO


En plein tunnel budgétaire, chaque automne sonne l'heure des auditions parlementaires à Paris. Des séances souvent très instructives, où l'on oublie parfois la pratique de la langue de bois.
Au coeur des (nombreuses) préoccupations, le maintien en condition opérationnelle.

Photo: démonstration de MCO sur Rafale lors du salon ADS Show à Mérignac.


S'il y a bien un sujet "fil rouge" qui revient tous les ans sur le dessus de la pile, c'est celui de la disponibilité des matériels de nos armées. Un dossier qui attire énormément l'attention sur la forme, beaucoup moins quand il s'agit d'en étudier les problématiques de fond.

Mais penchons nous sur les bilans annuels donc: s'il y a du mieux (voir plus bas) le résultat final ne peut toujours pas objectivement être qualifié de satisfaisant. Surtout quand on imagine les implications sur le terrain. Car on parle bien ici de machines... et de ceux qui les utilisent pour des missions de guerre. 


Le Député (LR) de la Haute-Marne François Cornut-Gentille tire notamment à boulets rouges en direction du Ministère de la Défense qui selon lui ne serait pas transparent sur les mauvais chiffres de la disponibilité des matériels.

[Apparté] Un même Député qui prend un ton alarmiste alors que j'écris ces lignes:




En audition à l'Assemblée, le DGA, Laurent-Collet Billon s'en est même pris directement au groupe Airbus ce 12 octobre, à travers NHI (NHIndustries): "Je ne suis pas responsable du MCO des hélicoptères, et ce depuis une quinzaine d’années. Cela dit, NHI n’est pas réputé pour être un industriel particulièrement performant." Le délégué général pour l'armement évoque ici la situation dantesque du NH90 Caïman qui paye son développement et sa production chaotique (une quinzaine de versions différentes pour presque autant de clients).
Et le DGA de caresser les militaires de l'autre main: "La réponse traditionnelle, quand l’industriel n’est pas à la hauteur, c’est d’essayer de former un des ateliers industriels de l’aéronautique (AIA) à l’entretien de l’appareil. Il se trouve que les performances des ateliers sont variables. Par exemple, l’AIA de Bordeaux est très performante et nous pensons que cet AIA aura une activité de soutien de moteurs d’avions exportés."


Le Rafale premier de la classe

Du côtés des avions, ce n'est guère mieux. Le MCO des Atlantique 2 serait même catastrophique au point d'irriter le ministre Le Drian comme rarement. S'agissant de l'A400M, les voyants sont toujours dans le rouge, mais on espère une amélioration drastique.

[Seconde aparté, en direct de l'Assemblée, et sur l'ATL2 et le Caïman justement] Retranscription des propos en séance du Députée (PS) Gwendal Rouillard, par Jean Marc Tanguy.




Bref, l'ambiance générale est à la morosité... Cependant, la lumière - encore une fois ? - vient du Rafale: en effet, le chasseur de Dassault a vu selon les dires du CEMAA, le général Lanata, son activité en opération passer au delà des 90% ! Et plus de 60% en métropole. Ce qui nous donne une augmentation de 7% en 2016.
En optant il y a 30 ans pour un avion multirôle unique, qu'elle maîtrise parfaitement aujourd'hui, la France a donc fait un choix plus que payant.

Encore une fois, on notera que si le MCO est une des grandes préoccupations des armées modernes, la France, qui vit une période de transition entre d'antiques matériels hétéroclites et de nouveaux très modernes donc complexes, est plutôt transparente sur le sujet. Et elle a le grand mérite de travailler constamment sur des solutions.
Au mois de septembre à Bordeaux, lors du Salon ADS Show, consacré au MCO de défense, militaires et industriels réfléchissaient d'ailleurs ensemble à des solutions innovantes:


Chez les alliés, américains notamment (ne parlons pas de l'Allemagne) où des voix s'élèvent au sujet de la chute de disponibilité des avions de l'US Air Force, la situation est bien plus opaque.


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