lundi 5 décembre 2016

Après l'espace... l'Union Européenne met les bouchées doubles pour la défense


La Commission Européenne vient de présenter un "plan d’action européen de la défense". La mesure principale est un fonds dédié aux programmes de défense qui devrait être doté de 5,5 milliards d’euros par an à partir de 2020, et qui aura pour but de soutenir l'industrie européenne. 

Illustration: l'Airbus A400M, un avion "européen". Photo Airbus Military.


Nombreux sont ceux qui parlent de révolution, tandis que d'autres - certes plus rares - tentent d'alarmer sur une militarisation croissante de l'Europe... on peut l'interpréter de plusieurs façons mais les faits sont bel et bien là: le plan d’action européen de la défense présenté par la Commission ce 30 novembre est sans égal dans la longue histoire de la défense européenne (depuis 1954).

En effet, une tendance claire semble se mettre en place en cette fin d'année 2016, une tendance qui verrait l'Europe, en tant qu'entité, enfin prendre conscience de ses lacunes stratégiques, et donc se décider à agir.
Et pour construire une Europe de la défense efficiente, et indépendante sur le plan stratégique, il faut les deux éléments que sont une politique, et une base industrielle et technologique de défense (BITD).

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Alors quand on connaît les difficultés de l'Union politique, et que l'on fait la comparaison avec le fort potentiel de son industrie, qui représente 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, on comprend que les efforts soient portés en priorité sur cette BITD, la commission désirant en effet, selon ses termes, créer « un effet de levier à ces efforts et les consolider, afin de relever les défis de sécurité et de soutenir l’industrie européenne de la défense ».


Création d'un Fonds européen de la Défense

En matière de dépenses militaires, l'Europe représente 200 milliards d'euros (2015), soit le 3ème budget au monde derrière les USA et la Chine. Pourtant, l'état des forces ne reflète pas ce chiffre, pour la simple et bonne raison que chaque Etat finance l'ensemble de ses armées, parfois de ses programmes d'armement.
Le but d'une défense européenne serait non pas, et c'est une erreur communément répandue, de constituer une armée "de l'UE", mais de jouer sur les forces de chaque Etat membre pour harmoniser au mieux les outils militaires, en premier lieu sur le plan industriel.

C'est pourquoi un Fonds européen de la défense sera mis en place dès 2020, et bénéficiera de 5,5 milliards d’euros par an, dont 500 millions pour la recherche. La Commission fera en outre la promotion des investissements dans les chaînes d’approvisionnement de la défense et contribuera au renforcement du "marché unique de la défense".
Elle encouragera également les synergies entre les domaines civil et militaire, les innovations duales. Il faut savoir par exemple que chaque euro investi dans la défense génère un retour de 1,6 dans le monde civil.

Si le volet "recherche" aura 500 millions d'euros, le volet "capacités" lui, touchera la majorité du budget de ce fonds, avec 5 milliards d’euros par an.

Les PME ne sont pas oubliées, puisque la Banque européenne d’investissement (BEI) pourra fournir des prêts, des garanties et des produits en capitaux propres pour le développement des activités duales.

Après cette annonce, nous devrions en apprendre plus sur les mesures à venir dès 2017, et pourquoi pas, c'est même probable, lors du sommet européen consacré à la défense qui aura lieu ce mois-ci.


ET AUSSI...
L'Agence Spatiale Européenne reçoit 10,3 milliards d'euros 
Les ministres en charge de l'espace des 22 pays membres de l'Agence spatiale européenne (ESA), plus leurs homologues slovènes et canadiens ont affecté 10,3 milliards d'euros "à des activités et programmes spatiaux reposant sur la vision d'un 'espace uni européen' à l'ère 4.0".
Et ce sont 1,4 milliard d'euros qui vont être consacrés à deux grands programmes spatiaux: 1 milliard à la poursuite de l'exploitation de la station spatiale internationale (ISS), et 400 millions à la mission ExoMars 2020 qui prévoit l'envoi d'un robot mobile sur la planète rouge, à charge pour lui de forer le sol martien pour tenter de trouver des traces de vie passée. 
D'autres programmes ne sont pas oubliés, notamment les plus rentables dans le satellitaire.
Enfin, pas de surprise du côté des lanceurs Ariane. L'ESA peut ainsi aborder sereinement la fin de carrière d'Ariane 5, puis à partir de 2020 et jusqu'en 2023, la phase de transition avec Ariane 6. Le développement du futur moteur oxygène-méthane à très bas coût, "Prometheus", est également supporté.

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