mercredi 14 décembre 2016

Bordeaux, centre névralgique pour l'avenir de Dassault Aviation


Discrètement, Dassault Aviation se réorganise en fonction de l'état du marché. Fort de ses succès export dans le militaire avec le Rafale, le groupe semble recentrer une partie de ses activités sur ses installations bordelaises.

Photos: Un Falcon et un Rafale devant l'usine d'assemblage de Mérignac - Dassault Aviation


Eric Trappier donnait le 30 novembre au quotidien régional Sud Ouest une interview sur l'actualité de Dassault Aviation, dont il est le PDG. Une interview que je vous invite à consulter ICI (abonnés seulement).
Il y était question de contrat export, indien notamment, mais aussi de l'état inquiétant du marché de l'aviation d'affaire, et de ce qui nous intéresse aujourd’hui, de réorganisation industrielle.

Le récent succès du Rafale en Egypte, au Qatar, puis enfin en Inde, vient compenser la mauvaise santé du marché des business jets. De 80/20% en faveur de la gamme Falcon, l'activité de Dassault Aviation s'est vue grandement rééquilibrée pour approcher les 60/40.
De plus, le Rafale a l'export est une bouffée d'air frais pour l'Etat français, qui via ses commandes maintenait l'activité de l'usine d’assemblage jusqu'en 2018. Désormais, la commande d'une dernière tranche de chasseurs n'est plus urgente... ce qui ne fait pas les affaires de l'Armée de l'air qui devra donc patienter un peu.

Sur le blog: Ventes, emplois... Tout roule pour l'armement "made in France"



On table sur la prochaine Loi de Programmation Militaire en 2020 pour aborder la question de la tranche 5 (la tranche "4" n'étant toujours pas complète). La France ayant à ce jour commandé 180 appareils, et prévoyant selon le dernier Livre Blanc 225 chasseurs en flotte, il manque théoriquement encore plus de 35 avions (si l'on compte les pertes) qui viendront remplacer les Mirage 2000 en fin de carrière.

Quoiqu'il en soit, les décisions industrielles ont été prises, et la cadence de production du Rafale est doucement en train de doubler, passant de un avion à deux par mois.


"Il est plus logique de créer des postes à Bordeaux plutôt qu'à Paris"

Une information n'a pas dû vous échapper dernièrement: Airbus, dont les carnets de commande sont pourtant remplis, lance un plan social. Et il y a derrière cela des logiques de compétitivité, d'agilité...

Dassault Aviation prépare également sa "transformation industrielle", mais comme le reconnait son PDG dans l'entretien avec Sud Ouest, "il est compliqué, en France, de fermer des usines. Nous avons fait le choix de spécialiser nos sites pour qu'ils soient plus efficaces. Nous en discutons avec les syndicats".
S'il ne devrait y avoir aucun dommage en terme d'emploi, on évoque désormais un effectif rajeuni après les 400 recrutements effectués dernièrement, qui devrait rester stable. Au moins à court terme.

Plusieurs activités de production ont déjà été rapatriées sur Bordeaux, depuis Biarritz, ou Poitiers...

Le bordelais reste donc plus que jamais le centre névralgique de cette organisation industrielle. Dassault Falcon Services, centre de maintenance des avions de la gamme, y a été inauguré le 16 octobre, et comme vous le remarquez, aucun Rafale vendu à l'étranger - contrairement à ce que l'on pensait depuis des années - ne sera fabriqué hors de France.
Eric Trappier semble bien être l'artisan majeur de ce développement, et ne souhaite pas s'arrêter là: "Nous avons un bassin d'emploi important à Bordeaux. Nous avons des surfaces disponibles. Et des hangars où nous mettons nos avions. Je souhaite que nos ingénieurs de soutien, d'études et de production se rapprochent des avions. (...) Nous sommes chez nous ici, avec Thales en face, et des accès améliorés. Nous avons un écosystème militaire particulièrement développé à Mérignac".

Lire sur le blog: A Bordeaux, Thales prépare l'aéronautique du futur


Et d'appuyer cette logique à travers la politique de ressources humaines de l'entreprise: "Il est logique de créer des postes à Bordeaux plutôt qu'à Paris. Je pense à notre direction générale du soutien militaire mais pas seulement. Toutes les autres directions de Dassault vont devoir dire quels services elles veulent transférer à Bordeaux. (...) Il s'agit bien dans mon esprit de plusieurs centaines de salariés de chez Dassault qui pourraient être transférés à Bordeaux. Nous y travaillons".

Voilà pour les déclarations. Reste à savoir avec quelle facilité ces manœuvres pourront être effectuées, on ne décentralise pas si simplement en France !
Il faut dire que l'agglomération bordelaise, avec son aéroport à l'activité croissante jouxtant les usines d'assemblage, et sa LGV qui la mettra à 2h10 de Paris dès juillet 2017, sait montrer ses arguments. D'autant plus que la commune de Mérignac retravaille complètement les accès de son aéroparc afin de le décongestionner.


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