lundi 23 janvier 2017

Ce métal stratégique, l'acier français



Jeudi dernier, lors du 3ème débat télévisé dans la cadre de la primaire de "La belle alliance populaire", le candidat Arnaud Montebourg chargeait la décision du gouvernement actuel en faveur du HK-416, le fusil d'assaut allemand qui remplacera le Famas dans les armées françaises. L'occasion pour nous de préciser quelques détails.

L'argument n'a visiblement pas fait mouche (cf les résultats de la primaire), mais une fois encore, un homme politique français est monté au créneau pour critiquer la décision de doter l'armée française d'un nouveau fusil d'assaut, de fabrication allemande.
Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Economie et du Redressement productif, et porte-étendard politique du "Made in France" a en effet critiqué un de ses adversaires, Manuel Valls, pour avoir choisi l'armurier allemand Heckler & Coch comme fournisseur de l'armée française: « J’ai un reproche à faire au gouvernement qui a été dirigé par Manuel Valls. Le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de faire travailler une entreprise étrangère, sans même lui demander de venir le fabriquer en France » . Et d'invoquer l'enjeu de souveraineté nationale: « Je trouve que c’est une atteinte à notre souveraineté ».


Lire sur le blog: Le HK-416F remplace le FAMAS dans l'armée française



C'est n'est certes pas la première fois (plusieurs députés s'en étaient offusqués lors de l'annonce au mois de septembre dernier, Arnaud Montebourg également) que ce sujet fait débat, mais en se penchant bien sur la production du fusil d'assaut allemand, dont la qualité est unanimement saluée, on s'aperçoit que ce dernier est assemblé sur une base française, à savoir l'acier !

HK France avait pourtant cité la France dans son communiqué de victoire... pour son acier: « Le HK416 est une arme robuste, fiable et précise (...) avec des matériaux de qualité dont les meilleurs aciers français qui lui confèrent sa légendaire robustesse. » Une information anormalement passée sous les radars, et cela est bien dommage.


« This is a betrayal of British ­steelworkers. »

La future classe de SNLE britanniques Trident, fabriquée avec de l'acier français - BAE Systems

Cette tendance au protectionnisme - je ne vous apprends rien - est loin d'être l'apanage de nos hommes politiques français, comme, sur le même sujet, en témoigne cette citation: « C'est une trahison des ouvriers métallurgistes britanniques ». Voici une phrase du secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’acier britanniques, Roy Hickyss, en octrobre 2016. "Trahison", le mot est lâché.

La cause ? Le nouveau programme de sous-marins Trident de la Royal Navy. Si 85 % des composants de ces bâtiments stratégiques seront produits à travers le Royaume-Uni, l’acier destiné à la coque épaisse devrait être fourni par la société Industeel (filiale d'ArcelorMittal) basée elle, en France !

Pour Roy Hickuss, « c’est une claque au visage des travailleurs de l’acier britanniques déjà sous pression. (...) Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises que les grandes infrastructures devaient être réalisées avec de l’acier britannique. Maintenant, nous avons un ministre de la Défense qui se vante de découper de l’acier fait à l’étranger. »

D'un point de vue français donc, nous n'avons point à rougir.

Derrière les annonces, tout n'est donc jamais tout noir, ni tout blanc, même en matière de défense nationale où les matières premières ont toujours été d'une importance stratégique ! Prochainement, nous essaierons lors d'un exercice de "débunkage" de nous pencher sur le cas du très fameux Rafale saoudien, celui dont tout le monde parle, mais que personne n'a jamais vu.


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